Un gazoduc «carboneutre» pour transporter du gaz albertain

Le projet de gazoduc dépend directement de la construction de l’usine de GNL Québec et du terminal maritime.
Photo: Woodside Energy Ltd. via Agence France-Presse Le projet de gazoduc dépend directement de la construction de l’usine de GNL Québec et du terminal maritime.

L’entreprise qui souhaite construire le gazoduc qui alimentera l’usine de GNL Québec promet de « viser la carboneutralité ». Elle vient d’ailleurs de recevoir 2 millions de dollars d’une organisation albertaine afin de développer des « technologies » pour électrifier le fonctionnement de la conduite. Gazoduq a aussi confirmé au Devoir qu’elle est en discussion avec Hydro-Québec dans le but d’obtenir un approvisionnement de la société d’État.

Disant vouloir « développer un projet qui minimise son impact sur l’environnement », l’entreprise a annoncé jeudi qu’elle s’engage à ce que le gazoduc qui transportera le gaz naturel en provenance de l’Alberta soit carboneutre. Cette conduite de 780 kilomètres, construite essentiellement en territoire québécois, doit acheminer le gaz jusqu’à l’usine de liquéfaction Énergie Saguenay, qui produira chaque année 11 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié.

Pour mettre en œuvre son « approche innovante » et « viser la carboneutralité », Gazoduq compte sur « l’instauration de mesures technologiques novatrices », dont l’électrification des compresseurs qui seraient utilisés tout le long du gazoduc pour « pousser » le gaz.

Selon ce que prévoit l’entreprise, trois postes de compression seraient implantés le long du tracé. Normalement, ces installations utiliseraient des turbines alimentées au gaz naturel. Chaque poste de compression émettrait ainsi, chaque année, jusqu’à 165 000 tonnes de gaz à effet de serre (GES), selon ce qu’on pouvait lire dans la description du projet déposée en 2019 à l’Agence d’évaluation d’impact du Canada. Ces 495 000 tonnes de GES équivaudraient aux émissions de plus de 200 000 voitures supplémentaires sur les routes du Québec.

Gazoduq espère toutefois ramener son bilan de GES à zéro, si on ne tient pas compte des émissions de GES découlant de l’exploitation, principalement par fracturation, du gaz naturel qui sera transporté de l’Alberta au Saguenay. Celles-ci devraient atteindre chaque année plus de sept millions de tonnes de GES, soit l’équivalent de 2,8 millions de voitures.

Financement albertain

Gazoduq a annoncé jeudi qu’elle a reçu du financement de l’organisation Emission Reduction Alberta, qui travaille avec l’industrie pétrolière et gazière à des projets pour réduire les émissions de gaz à effet de serre du secteur. Gazoduq a précisé au Devoir que le montant reçu s’élève à près de 2 millions de dollars. Cette somme servira notamment au développement des compresseurs, ainsi qu’à différentes autres mesures liées au « plan pour atteindre la carboneutralité ».

L’entreprise a également confirmé son souhait d’obtenir un approvisionnement en énergie renouvelable provenant du réseau d’Hydro-Québec. « Nous sommes effectivement en communication avec Hydro-Québec à ce sujet depuis un certain temps et avons formulé une demande en alimentation électrique, comme c’est le cas pour de nombreux développements industriels réalisés au Québec », a-t-on indiqué dans une réponse écrite.

L’usine de liquéfaction Énergie Saguenay, de GNL Québec, a également entamé des démarches auprès de la société d’État afin d’obtenir un approvisionnement. L’usine ambitionne d’ailleurs elle aussi de viser la carboneutralité pour ses installations industrielles au Québec. Sans cela, les émissions de gaz à effet de serre et la pollution atmosphérique générées par l’usine pourraient entraîner des « dommages » environnementaux évalués à plus de 1,6 milliard de dollars, selon le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques.

Pour le porte-parole de Greenpeace, Patrick Bonin, l’annonce de Gazoduq est « une vaine tentative d’écoblanchiment d’un des pires projets d’hydrocarbures de l’histoire du Québec ». « Il n’est pas difficile de rendre carboneutre et de verdir un tuyau, alors que ce qui importe vraiment c’est le carburant qui circulerait dedans. Ignorer ce qui passe dans le gazoduc en prétendant qu’il est carboneutre, c’est l’équivalent d’avoir une usine de tabac qui interdirait de fumer sur place et prétendait que son produit ne provoque pas le cancer », a-t-il fait valoir.

Difficultés et évaluation

L’entreprise Gazoduq, qui est contrôlée par les mêmes intérêts financiers américains que le projet d’usine GNL Québec, a connu des difficultés financières au cours des derniers mois. L’an dernier, elle a dû procéder à des licenciements et en novembre, son président, Louis Bergeron, a quitté son poste.

Le projet Gazoduq, qui traverserait essentiellement des milieux forestiers et des milieux humides ainsi que certains habitats d’espèces menacées, rencontre de l’opposition, même si des gens d’affaires et des municipalités l’ont appuyé ouvertement. C’est le cas par exemple de la municipalité de La Tuque, qui s’est fait promettre une somme annuelle de 10 millions de dollars pour le passage du gazoduc sur son territoire, soit le tiers de son budget annuel.

On ne connaît pas, pour le moment, les détails concernant les répercussions environnementales du projet, puisque le processus d’évaluation environnementale est en cours. Gazoduq a indiqué jeudi que l’étude d’impact du projet est actuellement en préparation.

Le gouvernement fédéral et celui du Québec ont d’ailleurs convenu de mener une évaluation conjointe. Celle-ci devrait se faire une fois que l’évaluation provinciale du projet d’usine de liquéfaction, menée par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement, sera terminée. Le rapport des commissaires est attendu en mars.

Le gouvernement Legault avait fermé la porte à une évaluation globale de tous les éléments du projet GNL Québec, même s’ils sont étroitement liés. La décision définitive concernant l’autorisation de construction de ce gazoduc d’un mètre de diamètre appartient uniquement au gouvernement du Canada, puisque la conduite traverserait la frontière entre le Québec et l’Ontario. Le nouveau gazoduc serait en effet connecté en Ontario au réseau de TC Energy (anciennement TransCanada), avant de traverser l’Abitibi et de se rendre au Saguenay.

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