Charbon: l’Alberta fait marche arrière devant les contestations

La ministre de l’Énergie de l'Alberta, Sonya Savage
Photo: Amber Bracken La Presse canadienne La ministre de l’Énergie de l'Alberta, Sonya Savage

Face à une importante vague de contestations, l’Alberta a suspendu 11 concessions accordées permettant l’exploitation à ciel ouvert de mines de charbon le long des Rocheuses et favorisant le projet Grassy Mountain. Cependant, tout le monde ne semble pas convaincu par la nouvelle.

« À la lumière des préoccupations soulevées ces derniers jours, le gouvernement annule 11 concessionsrécemment octroyées », a déclaré, le 18 janvier, la ministre de l’Énergie, Sonya Savage. Elle a tenu également à préciser que les concessions issues de la vente aux enchères tenue en décembre 2020 seront aussi annulées.

En juin dernier, le gouvernement de l’Alberta avait décidé, sans consultation publique, de ne pas renouveler une régulation environnementale, vieille de 45 ans, protégeant les flancs des montagnes Rocheuses de l’extraction de charbon à ciel ouvert.

Une nouvelle passée quasi sous silence qui a entraîné une réaction en chaîne : le rassemblement de 100 000 signatures en début de semaine.

« La raison pour laquelle les gens sont mécontents en Alberta, c’est qu’ils ont changé la réglementation de la politique de 1976, ça a été fait discrètement, un vendredi après-midi, avant un long week-end. Les Albertains ont l’impression qu’ils viennent juste d’être mis au courant », met en contexte Blake Shaffer, professeur d’économie et en législation publique à l’Université de Calgary.

Une décision qui ne va pas aider à ramener la confiance des Albertains dans un climat social déjà détérioré.

Certains voient dans l’annonce de la ministre Savage une manière détournée de calmer le jeu, comme le prétend Leor Rotschild, directeur de l’association professionnelle Canadian Business for Social Responsability. « C’est un écran de fumée. Ils ont mis sur pause certains accords, mais pas tous. On ne sait pas non plus combien de temps cela durera. Je pense que c’est un moyen pour eux d’essayer d’étouffer la mauvaise presse », déclare l’écomilitant.

D’autres vont même plus loin, remettant en cause les réelles intentions du gouvernement. « Dire que le gouvernement conservateur a « inversé ses plans d’expansion de l’exploitation du charbon dans les montagnes Rocheuses » est vraiment inexact. Les 11 concessions annulées couvrent 1 854 hectares, soit 0,13 % de la surface concédée par le Parti conservateur depuis l’annulation de la politique charbonnière », a twitté, Laurie Adkin, professeur en sciences politiques à l’Université de l’Alberta.

Un faible pourcentage qui laisserait entendre que la suspension de cesententesne protège au final qu’une portion infime de l’ensemble des terres détenues par le gouvernement albertain. Qu’adviendra-t-il de l’utilisation du reste de ces terres ? Aujourd’hui, l’annulation de la politique charbonnière de 1976 de Peter Lougheed permet à des projets miniers d’avoir accès à des régions des montagnes Rocheuses jusqu’alors inexploitées.

La cheffe du Parti néodémocrate, Rachel Notley, a lancé un appel clair à Jason Kenney: « a politique charbonnière de Peter Lougheed s’est construite sur des années de consultation et a protégé notre précieux environnement pendant des décennies. Nous demandons à Jason Kenney et à l’UCP de rétablir cette politique et de s’engager à mener une consultation publique solide avant tout changement futur. »

Vrai ou faux recul du gouvernement ?

De son côté, la ministre de l’Énergie s’est voulue rassurante concernant les mesures d’exploitation. « Je tiens à être tout à fait claire : selon les termes actuels, comme c’était le cas en vertu de la politique sur le charbon de 1976, les permis ne permettent pas l’exploration, le développement ou la production sans un examen réglementaire complet. Les mêmes règles s’appliquent maintenant, comme avant », affirme-t-elle.

Cependant, la ministre a aussi ajouté: « Cette décision n’a aucune incidence sur les projets de charbon existants actuellement à l’étude. » De quoi inquiéter les opposants au projet minier Grassy Mountain.

Le projet, s’il aboutit, produirait 4,5 millions de tonnes de charbon métallurgique par an, et ce, durant 25 ans. Cela signifierait aussi la « décapitation » d’une partie des Rocheuses et des risques de pollution de l’eau potable.
Selon Blake Shaffer, professeur d’économie à l’Université de Calgary, « mettre certaines ententes en suspens ne résout pas le problème principal : l’annulation de la régulation environnementale de 1976, faite sans consultation ».

Le 19 janvier, une contestation a été lancée à la Cour du Banc de la Reine de Calgary par des éleveurs de la région, appuyée par des militants de l’environnement, des Premières Nations et des municipalités, tous inquiets des répercussions de cet élargissement du droit de l’extraction de charbon sur leurs communautés. De son côté, le gouvernement de Jason Kenney a affirmé qu’il n’avait pas à mener de consultations publiques concernant cette politique et demande le rejet de cette contestation judiciaire.