Ottawa maintient son appui au pipeline Trans Mountain

L’expansion du pipeline Trans Mountain, qui coûtera plus de 12 milliards de dollars, est financée par Ottawa.
Photo: Jason Franson La Presse canadienne L’expansion du pipeline Trans Mountain, qui coûtera plus de 12 milliards de dollars, est financée par Ottawa.

Même si un nouveau rapport de la Régie de l’énergie du Canada remet en question la nécessité du projet d’expansion du pipeline Trans Mountain et la construction de Keystone XL, le gouvernement Trudeau a réaffirmé mercredi son appui aux projets d’exportation de pétrole des sables bitumineux.

Dans son rapport « Avenir énergétique du Canada en 2020 », publié mardi, la Régie de l’énergie du Canada (anciennement connue comme Office national de l’énergie) constate que la mise en œuvre attendue de politiques climatiques plus ambitieuses au Canada et ailleurs dans le monde aura une influence sur la demande pour le pétrole et le gaz naturel canadien.

L’organisme fédéral chargé d’évaluer les grands projets de transport d’énergie au pays évoque ainsi un « scénario Évolution », qui anticipe une « intensification des mesures de lutte contre les changements climatiques ». Un scénario d’autant plus plausible que plusieurs États ont déjà signifié leur intention de respecter les objectifs climatiques ambitieux de l’Accord de Paris et que le gouvernement Trudeau a présenté la semaine dernière un projet de loi pour atteindre la « carboneutralité » d’ici 2050.

Or, en se basant sur une telle hypothèse, la Régie de l’énergie du Canada (RÉC) anticipe « une réduction de la demande pour les combustibles fossiles » à l’échelle internationale. Dans son « scénario Évolution », l’organisme fédéral estime que le pic de production pétrolière du Canada serait atteint en 2039, à 5,8 millions de barils par jour. La production gazière plafonnerait pour sa part en 2040. Par la suite, « la production de pétrole brut et de gaz naturel fléchit lentement durant la dernière décennie de la période de projection », soit la décennie 2040-2050.

 

Trans Mountain caduque ?

Cela signifie que les besoins de transport de pétrole vers les marchés d’exportation devraient diminuer au cours des prochaines décennies. Comme on peut le constater dans un graphique publié dans le rapport de la RÉC, la croissance des besoins de l’industrie pétrolière pour l’exportation prévue au cours des prochaines années serait comblée par le seul remplacement du pipeline « Ligne 3 » d’Enbridge, qui a reçu les approbations nécessaires au Canada et aux États-Unis. Le remplacement de ce pipeline de 1660 kilomètres permettra d’exporter chaque jour 760 000 barils de brut albertain.

La demande de transport de brut serait toutefois trop faible pour justifier la réalisation du projet d’expansion du pipeline Trans Mountain, racheté en 2018 par le gouvernement fédéral pour 4,5 milliards de dollars à la pétrolière texane Kinder Morgan. Les travaux de construction de 12,6 milliards de dollars, financés par le gouvernement Trudeau, ont cependant déjà débuté.

Selon ce qui est inscrit dans le rapport de la RÉC, le nouveau pipeline Trans Mountain devrait être complété en 2022. Il pourrait alors transporter 890 000 barils par jour, contre 300 000 actuellement avec le pipeline construit dans les années 1950 et qui demeurera en fonction. Le gouvernement Trudeau a toujours soutenu qu’une fois terminé, le réseau de pipelines serait vendu à un exploitant privé. Aucun acheteur n’est toutefois connu pour le moment.

Les projections inscrites dans le rapport de la RÉC démontrent aussi que la construction du pipeline Keystone XL serait elle aussi inutile, d’autant plus que le projet n’est toujours pas complètement approuvé aux États-Unis. Le président désigné Joe Biden a également promis en campagne électorale de mettre un terme à ce projet, qui a reçu cette année un financement de 1,5 milliard de dollars de la part du gouvernement albertain.

« Rôle essentiel » des pétrolières

À la lumière des constats de la Régie de l’énergie du Canada, est-ce que le gouvernement Trudeau juge que la réalisation du projet d’expansion de Trans Mountain et la construction de Keystone XL sont nécessaires ?

« Le rapport sur l’avenir énergétique du Canada 2020 montre que le plan de notre gouvernement fait une différence : les émissions de gaz à effet de serre du Canada en 2030 devraient être inférieures – par 227 millions de tonnes – à ce qui était prévu avant l’adoption du plan national sur le climat en 2016 », a d’abord fait valoir Ian Cameron, attaché de presse du ministre des Ressources naturelles, Seamus O’Regan.

« Le Canada dépassera ses objectifs de Paris et atteindra zéro émission nette d’ici 2050 ; nous ne pouvons y parvenir sans l’industrie pétrolière et gazière, qui jouera un rôle essentiel dans le développement et le fonctionnement de notre économie », a-t-il ajouté, dans une réponse écrite.

Plus tôt cette année, en annonçant qu’il exemptait des forages pétroliers exploratoires en milieu marin d’une évaluation environnement, le ministre Seamus O’Regan avait déjà affirmé que la croissance de l’industrie pouvait être compatible avec la lutte contre la crise climatique. « Cette industrie démontre une ingéniosité et un esprit d’innovation qui font d’elle un élément important de notre avenir fondé sur la croissance propre. C’est pourquoi le gouvernement fédéral est si déterminé à maintenir la compétitivité de ce secteur à l’échelle mondiale », avait-il déclaré, au sujet de l’industrie pétrolière extracôtière.

« Dans le scénario le plus probable, on n’aura pas besoin de ces oléoducs. On devrait donc au moins en reporter ou en suspendre la construction », a fait valoir Tom Gunton, professeur de planification des ressources et de l’environnement à l’Université Simon Fraser, en Colombie-Britannique, en entrevue à La Presse canadienne. Il a ainsi souligné que pour le moment, nous pourrions dépenser plus de 22 milliards de dollars pour construire des oléoducs qui ne sont pas nécessaires.

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