Le gouvernement Legault plaide en faveur de GNL Québec

L’entreprise GNL Québec affirme que la hausse du trafic maritime liée à son projet est compatible avec la protection du fjord du Saguenay.
Photo: iStock L’entreprise GNL Québec affirme que la hausse du trafic maritime liée à son projet est compatible avec la protection du fjord du Saguenay.

Alors que le BAPE vient à peine de débuter son mandat d’évaluation et d’audiences publiques du projet GNL Québec, la ministre caquiste déléguée au Développement régional, Marie-Ève Proulx, a soutenu mercredi que ce complexe industriel de liquéfaction et d’exportation de gaz naturel albertain doit aller de l’avant, au nom de la prospérité économique et de l’avenir du Québec.

Interpellée mercredi à l’Assemblée nationale par la députée solidaire Ruba Ghazal au sujet des projets de développement prévus pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean, Marie-Ève Proulx a livré un plaidoyer en faveur de la réalisation du complexe de liquéfaction et d’exportation de gaz naturel.

« Ici, dans le cas du Saguenay — Lac-Saint-Jean, il y a une volonté concrète et affirmée d’aller de l’avant avec ce projet. Il faut voir qu’est-ce que ce ça peut apporter pour le Québec et tout le monde est d’avis que ça peut apporter énormément pour l’économie des régions. Je suis d’avis qu’il faut arriver à diversifier notre économie, mais ce projet-là est un projet porteur pour l’avenir du Québec », a affirmé la ministre déléguée du gouvernement de François Legault, qui est aussi membre du « Comité ministériel de l’économie et de l’environnement ».

« Ce qu’on nous dit, c’est : Après GNL Québec, il n’y a pas de salut. Il n’y a pas de développement économique régional. C’est ça, du nationalisme économique ? Pourquoi est-ce que la ministre laisse les investisseurs américains, étrangers, décider de l’avenir de nos régions ? », a répliqué la députée Ruba Ghazal, en référence au fait que les investisseurs de GNL Québec sont basés aux États-Unis.

« La région du Saguenay — Lac-Saint-Jean a des projets, a des idées, dont celui de GNL, qui est un projet qui suscite quand même une adhésion importante de la communauté locale et régionale », a alors ajouté Mme Proulx, en réaffirmant que le projet d’usine aurait « des retombées directes pour l’économie de tout le Québec ».

Appuis de la CAQ

Sa prise de position survient alors que le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) (BAPE), qui analyse le projet en vue de formuler des recommandations au gouvernement Legault, vient à peine de débuter son mandat. La première partie des audiences sur le projet, au cours de laquelle les citoyens peuvent s’informer sur le projet, se tient d’ailleurs cette semaine.

La ministre caquiste déléguée au Développement régional justement dit vouloir attendre « les résultats du BAPE », mais selon elle, « il faut [aller] de l’avant pour voir la possibilité de faire en sorte que ce projet participe au développement de l’économie du Saguenay — Lac-Saint-Jean ».

Mme Proulx n’est pas la première ministre du gouvernement Legault à vanter le projet d’exportation maritime de gaz naturel qui serait exploité, par fracturation, en Alberta. Le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques Benoit Charette a déjà dit que cette usine pourrait avoir des « mérites » environnementaux. Le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles Jonatan Julien a dit que GNL Québec réduirait « de manière formidable » les émissions de gaz à effet de serre « à travers le monde ».

Le premier ministre François Legault a lui aussi plaidé pour le projet au cours des derniers mois. « Le projet de GNL Québec, autant l’oléoduc que l’usine, on parle d’un projet de 14 milliards de dollars et 4000 emplois payants », avait-il soutenu à l’Assemblée nationale en février dernier, en reprenant les données mises en l’avant par les promoteurs du projet d’usine. Le chef caquiste avait également affirmé que ce projet pouvait « aider la planète » à réduire les émissions de gaz à effet de serre du secteur énergétique.

Avis de ministères

Selon les données de l’entreprise, le recours au gaz liquéfié au Saguenay permettrait de réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) de 28 millions de tonnes. Les « avis » produits par les experts du gouvernement du Québec soulèvent toutefois des questions sur les incidences climatiques et fauniques du projet. Selon un avis produit par la « direction de l’expertise climatique » du ministère de l’Environnement, « les impacts du projet à une échelle planétaire sont très difficiles à anticiper ».

À l’échelle canadienne, cependant, les experts du ministère de l’Environnement précisent que les émissions liées à l’exploitation, au traitement et au transport du gaz jusqu’au Saguenay équivaudraient à 7,9 millions de tonnes de GES par année. Et globalement, le projet Énergie Saguenay « pourrait faire augmenter les émissions de GES canadiennes d’environ 8,5 millions de tonnes d’équivalents CO2 par année ».

Dans un autre « avis d’expert » publié par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP), on souligne que « le gouvernement du Québec est hautement préoccupé par la protection de l’habitat du béluga du Saint-Laurent, une espèce en péril et d’intérêt commun reconnue par le gouvernement du Québec et le gouvernement fédéral ». Or, indique le document, « le bruit et le dérangement » provoqués par la navigation commerciale « ont été ciblés comme des facteurs de risque pour les femelles et les jeunes bélugas ».

Dans ce contexte, « les craintes pour le rétablissement de cette espèce sont concrètes et l’augmentation du trafic maritime dans son habitat, occasionné par le projet de GNL, ajoutera un effet cumulatif non négligeable ». Le ministère ajoute que « la hausse récente des mortalités des femelles en âge de procréer et des nouveau-nés aggravera ce déclin dans les prochaines années ». Selon les plus récentes données scientifiques disponibles, 50 % de la population de bélugas fréquente le fjord du Saguenay (et 67 % des femelles), qui sera le point de passage des méthaniers de GNL Québec.

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