La fumée des incendies américains voyage jusqu’en Europe

Les incendies qui ravagent l’Ouest américain sont « des dizaines à des centaines de fois » plus intenses que la moyenne des 15 dernières années, avec une fumée particulièrement épaisse qui a même atteint l’Europe, selon le service européen Copernicus sur le changement climatique.

Grâce aux observations satellites, « nous surveillons l’ampleur des incendies et la pollution de la fumée transportée à travers les États-Unis et au-delà », a commenté mercredi dans un communiqué Mark Parrington, scientifique du service de surveillance de l’atmosphère de Copernicus (CAMS).

Ces données montrent que cette année, l’activité de ces incendies « sans précédent » est « des dizaines à des centaines de fois plus intense que la moyenne sur la période 2003-2019 sur l’ensemble des États-Unis ainsi que dans plusieurs États touchés », a précisé le service.

Photo: Agence spatiale européenne / Agence France-Presse Les feux de la Californie et de l’Oregon ont déjà relâché dans l’atmosphère « bien plus de carbone en 2020 qu’aucune autre année depuis le début des mesures du CAMS en 2003.

Les feux émettent également beaucoup de fumée, et ceux de la Californie et de l’Oregon ont déjà relâché dans l’atmosphère « bien plus de carbone en 2020 qu’aucune autre année depuis le début des mesures du CAMS en 2003 » : 21,7 mégatonnes en Californie et 7,3 mégatonnes dans l’Oregon.

La fumée particulièrement épaisse a même voyagé jusqu’à l’Europe.

Les images satellites montrent que la fumée est restée au large de la côte pacifique des États-Unis pendant plusieurs jours en raison des conditions atmosphériques, mais qu’elle est soufflée à nouveau vers l’Amérique du Nord ces derniers jours.

Le CAMS estime « que la fumée recommence à traverser l’Atlantique, et va atteindre l’Europe du Nord plus tard dans la semaine, comme elle l’a fait à la fin de la semaine dernière ».

« Le fait que ces incendies émettent tellement de pollution dans l’atmosphère que nous pouvons encore voir de la fumée épaisse 8000 km plus loin reflète à quel point ils sont dévastateurs, en termes d’ampleur et de durée », a insisté Mark Parrington.

Au total, plus de deux millions d’hectares de végétation ont déjà été consumés depuis la mi-août de la frontière canadienne à celle du Mexique.

Selon le consensus scientifique, l’ampleur exceptionnelle de ces feux de forêt est liée au dérèglement climatique, qui aggrave une sécheresse chronique et provoque des conditions météorologiques extrêmes.

Mais le président Donald Trump a de nouveau suscité la polémique en semblant nier le rôle du changement climatique dans ces feux de forêts hors normes.

Les feux de forêt de l’Ouest américain se font sentir jusqu’au Québec

Les immenses incendies de forêt de l’Ouest se sont fait sentir jusqu’au Québec mardi, alors que leur fumée était visible dans le ciel.

Dans la grande région de Montréal, le ciel avait l’air nuageux en matinée alors que dans les faits, il n’y avait pas de nuages, a souligné en entrevue Simon Legault, météorologue pour Environnement Canada : « Le ciel était complètement dégagé. »

Le panache de fumée est en altitude, rapporte le météorologue. « On ne sent pas la fumée, mais elle vient obscurcir, voiler le ciel. »

La fumée, issue de la combustion du bois des arbres de la Californie et de l’Oregon, était visible dans tout le sud du Québec, jusqu’en Gaspésie. Selon M. Legault, qui a étudié les cartes satellitaires, seule la région de la Côte-Nord en a été épargnée.

La fumée était toutefois bien loin de celle qui étouffe ces derniers jours la côte ouest américaine, qui donnait un air irréel au ciel, parfois complètement orangé.

Il est plutôt rare que de la fumée soit transportée aussi efficacement et de façon aussi dense jusque dans nos régions, rapporte le météorologue. « Et ça donne à penser à quel point, là-bas, la situation est catastrophique. »

Stéphanie Marin

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