La planète se rapproche d’un réchauffement dangereux de 1,5 °C

L’humanité goûtera de plus en plus aux conséquences de sa dépendance aux énergies fossiles au cours des prochaines années, en raison de la tendance au réchauffement mondial provoqué par l’accumulation de gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère terrestre. L’Organisation météorologique mondiale (OMM) entrevoit même une hausse qui pourrait atteindre momentanément 1,5 °C au cours des cinq prochaines années, soit la limite à ne pas dépasser pour éviter le pire des bouleversements du climat.

Selon de nouvelles prévisions climatologiques publiées jeudi par l’OMM, la température moyenne mondiale de chacune des cinq prochaines années (2020–2024) devrait être supérieure d’au moins 1 °C aux niveaux préindustriels, soit avant l’utilisation massive des énergies fossiles.

Au cours des cinq prochaines années, « presque toutes les régions » du monde devraient ainsi « connaître des températures supérieures » à celles des dernières années. Déjà en 2020, « les grandes surfaces terrestres de l’hémisphère Nord devraient connaître des températures supérieures de 0,8 °C aux valeurs du passé récent », soit la période 1981-2010. Le réchauffement de l’Arctique « sera probablement plus de deux fois supérieur à la moyenne mondiale » et « de nombreuses régions d’Amérique du Sud, d’Afrique australe et d’Australie devraient connaître des conditions plus sèches que ces dernières années ».

Le seuil du 1,5 °C

La tendance lourde à la hausse des températures sur la planète signifie aussi, selon les données de l’OMM, que la planète à 70 % de chances de connaître « un ou plusieurs mois des cinq prochaines années » avec des températures dépassant d’au moins 1,5 °C les niveaux préindustriels. Qui plus est, « la probabilité que la température de l’une des cinq prochaines années soit au moins supérieure d’1,5 °C aux valeurs préindustrielles est d’environ 20 %, mais cette probabilité augmente au fil du temps ».

Cela signifie que l’humanité se rapproche très rapidement de la barre d’un réchauffement global qui atteindrait et dépasserait, de façon durable, les 1,5 °C. Or, cette limite est l’objectif le plus ambitieux à ne pas dépasser, dans le cadre de l’Accord de Paris sur le climat. Et pour respecter cet engagement pris par les pays signataires, il faudrait opérer un virage « sans précédent », selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Pour y parvenir, l’humanité devrait réduire ses émissions de CO₂ d’au moins 45 % d’ici 2030, puis les faire complètement disparaître pour 2050.

La communauté internationale est toutefois très loin du compte, selon le GIEC. Les engagements actuels des États signataires de l’Accord de Paris conduisent le monde vers une hausse moyenne des températures de plus de 3 °C. Une situation qui provoquerait une multiplication des événements climatiques extrêmes, un recul des zones cultivables et des ressources en eau dans plusieurs régions, l’afflux de millions de réfugiés climatiques et la disparition de pans majeurs de la biodiversité mondiale.

Au-delà de la pandémie

Le Secrétaire général de l’OMM, Petteri Taalas, a par ailleurs prévenu jeudi que la pandémie ne changera rien à la trajectoire climatique dangereuse de la planète. « L’OMM a souligné à plusieurs reprises que le ralentissement industriel et économique provoqué par la COVID-19 ne peut se substituer à une action durable et coordonnée en faveur du climat. En raison de la très longue durée de vie du CO2 dans l’atmosphère, la baisse des émissions de CO2 cette année ne devrait pas conduire à une réduction des concentrations atmosphériques de CO2 qui sont à l’origine de l’augmentation de la température mondiale », a-t-il expliqué par voie de communiqué.

« Certes, la COVID-19 a provoqué une grave crise sanitaire et économique au plan mondial, mais, si nous ne luttons pas contre le changement climatique, le bien-être humain, les écosystèmes et les économies pourraient être menacés pendant des siècles. Les gouvernements devraient saisir cette occasion pour inclure des mesures de lutte contre le changement climatique dans leurs programmes de relance et veiller à ce que nous repartions sur de meilleures bases », a ajouté M. Taalas.

Selon un rapport produit à la demande du gouvernement fédéral et publié en 2019, le Canada se réchauffe deux fois plus rapidement que la moyenne mondiale. Selon les données officielles, la température annuelle moyenne au Canada a déjà augmenté de 1,7 °C depuis 1948. La température annuelle moyenne dans l’ensemble du nord du pays a quant à elle augmenté de 2,3 °C depuis cette date. Mais le pire est à venir, précise le rapport.

Ottawa devra toutefois en faire davantage pour respecter ses engagements en matière de lutte contre les bouleversements climatiques. Les mesures prises dans le cadre du premier mandat du gouvernement Trudeau devraient générer un recul d’à peine 10 % des émissions de gaz à effet de serre du Canada d’ici 2030. Et même en ajoutant celles qui ont été annoncées, les objectifs de l’Accord de Paris ne seront pas atteints. Pendant ce temps, Ottawa admet déjà que les émissions du secteur pétrolier augmenteront au moins jusqu’en 2030.

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