La baleine à bosse de Montréal est retrouvée morte

La jeune baleine à bosse qui a suscité une grande curiosité au cours de la dernière semaine dans la région de Montréal a été retrouvée morte, échouée, dans le secteur de Varennes. Pour le moment, on ignore les circonstances de son décès.

La carcasse du cétacé a d’abord été signalée par un pilote du Saint-Laurent, a annoncé mardi matin le Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins (RQUMM).

Une nécropsie de l’animal est déjà en préparation, mais les spécialistes doivent d’abord évaluer comment ils pourront accéder à l’animal, puis le déplacer. Une telle opération est complexe pour un tel cétacé, qui mesure au moins une dizaine de mètres de longueur, pour un poids de 10 à 15 tonnes.

« Les équipes du Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins, de Pêches et Océans Canada et de la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal sont toutes mobilisées. Les autorisations ont été émises par Pêches et Océans Canada pour effectuer une nécropsie », a précisé le RQUMM.

Photo: Alexandre Shields Le Devoir L'animal multipliait les comportements typiques de son espèce, notamment en exhibant sa nageoire caudale.

Les spécialistes évaluaient déjà, en matinée, les options afin de trouver un site où il sera possible d’amener l’animal, afin de procéder à la nécropsie. Cette dernière opération, complexe en temps normal, est encore plus compliquée à l’heure actuelle, en raison des directives de la santé publique pour éviter la propagation de la COVID-19. Pour le moment, on ne sait pas où ni quand tout cela pourra être fait.

Une nécropsie pourrait permettre de connaître les causes du décès de cette baleine, qui était encore en bonne forme physique samedi soir, après avoir passé une semaine dans le secteur du Vieux-Port et de l’île Sainte-Hélène.

Samedi, la baleine a été observée toute la journée près du pont Jacques-Cartier, entre l’île Sainte-Hélène et l’île Notre-Dame. Elle se trouvait dans ce secteur depuis jeudi, après avoir passé pas moins de cinq jours à l’entrée du Vieux-Port, où elle a attiré chaque soir des centaines de curieux venus observer notamment ses dizaines de sauts spectaculaires hors de l’eau. Plusieurs personnes rencontrées au fil des jours se demandaient d’ailleurs si l’animal pourrait retrouver son chemin vers son habitat naturel.

Navire ou échouage ?

Son dernier signalement remontait à dimanche, en fin d’avant-midi, à la pointe est de l’île de Montréal. Les scientifiques espéraient donc qu’elle soit repartie vers l’aval du fleuve par elle-même. Elle aurait alors dû parcourir les quelque 400 kilomètres qui la séparent de son milieu naturel, soit l’estuaire du Saint-Laurent. Ces animaux ne sont normalement pas vus en amont de Tadoussac.

Dans le tronçon fluvial du Saint-Laurent, où le chenal de navigation commerciale est très étroit, cette baleine âgée de deux à trois ans était exposée à plusieurs risques pour sa survie. Elle pourrait avoir été frappée par un des nombreux navires commerciaux qui naviguent sur le Saint-Laurent. Le cétacé pourrait aussi s’être retrouvé pris dans un secteur peu profond, avant de s’échouer vivant.

Photo: Alexandre Shields Le Devoir À la première journée de son arrivée à Montréal, la baleine à bosse avait multiplié les sauts hors de l'eau.

Chaque année, plusieurs cétacés sont retrouvés morts dans l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent, victimes principalement de collisions avec des navires et d’empêtrements dans des engins de pêche. Un rorqual commun a notamment été retrouvé mort il y a de cela quelques jours sur l’île d’Anticosti.

Certains cas sont plus médiatisés, puisque les animaux en question étaient des individus connus des scientifiques. C’est le cas de Capitaine Crochet, un rorqual commun bien connu dans le parc marin du Saguenay — Saint-Laurent et décédé en 2013 à la suite d’un empêtrement dans un engin de pêche au crabe des neiges. Même chose pour Tryphon, un cachalot, retrouvé mort sévèrement empêtré dans un engin de pêche.

Depuis 2017, plusieurs baleines noires ont également été retrouvées mortes dans le golfe du Saint-Laurent, frappées par des navires ou empêtrées dans des engins de pêche. Ces baleines étaient toutes connues des scientifiques.

Lorsqu’elles ne sont pas tuées, les baleines peuvent être sévèrement blessées. Plusieurs d’entre elles portent d’ailleurs des cicatrices, selon les travaux menés par la Station de recherche des îles Mingan.

Victimes collatérales

Selon les différentes évaluations disponibles, pas moins de 300 000 cétacés (dauphins et baleines) seraient tués chaque année dans le monde, la plupart accidentellement, principalement empêtrés dans des engins de pêche commerciale.

Mais c’est surtout la chasse commerciale qui a détruit les différentes populations de cétacés dans le monde. Près de trois millions de baleines ont été tuées au cours du XXe siècle, dans le cadre des campagnes de chasse menées dans différentes régions de la planète. Au moins 250 000 baleines à bosse ont notamment été tuées.

Seuls l’Islande, la Norvège et le Japon chassent encore la baleine sur une base commerciale. Selon les autorités japonaises, « les baleines sont des ressources marines comme les poissons » qui doivent être utilisées « sur la base de critères scientifiques ». Le Japon a aussi harponné plusieurs milliers de baleines en Antarctique au cours des 30 dernières années, dans le cadre d’un programme de chasse « scientifique » dénoncé par les scientifiques et certains gouvernements.

Les baleines, dont certaines espèces peuvent vivre plus de 80 ans, se reproduisent à un rythme relativement lent. Dans le cas de la baleine à bosse, la maturité sexuelle est atteinte à 5 ans. La gestation dure de 11 à 12 mois. Les naissances ont lieu de janvier à mars. L’allaitement dure de cinq à dix mois. Le jeune reste un an, quelquefois deux ans, avec sa mère, « ce lien entre la mère et son jeune étant le plus long chez les cétacés à fanons », précise le Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins.

Qu'est-ce qu'une baleine à bosse?

Longueur : 13 à 17 mètres à l’âge adulte

Poids maximal : 30 à 40 tonnes au maximum

Comportement : cétacé solitaire, souvent en paire ou en groupe

Longévité : environ 80 ans

Population mondiale : estimée à 55 000, répartie entre différentes populations

Population de baleines à bosse de l’Atlantique Nord-Ouest (à laquelle appartient la baleine présente à Montréal) : estimée à 4000 individus, selon les données du gouvernement canadien. Elle est classée « non en péril ».