Québec pourrait rattraper son retard en matière de protection des milieux marins

Deux types de projets sont menés actuellement afin d’ajouter suffisamment d’aires marines dans l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent pour atteindre un taux de protection avoisinant les 9,5%.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Deux types de projets sont menés actuellement afin d’ajouter suffisamment d’aires marines dans l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent pour atteindre un taux de protection avoisinant les 9,5%.

Face à des retards majeurs en matière de protection des milieux marins du Québec, le gouvernement Legault est en voie de faire progresser, en collaboration avec le fédéral, des projets qui permettront de respecter les engagements pris sur la scène internationale. S’ils se concrétisent au terme des consultations prévues dès cet automne, ces projets multiplieraient par cinq la superficie protégée du Saint-Laurent.

Interpellé lundi dans la foulée d’une sortie médiatique de groupes écologistes et scientifiques qui réclament une augmentation des aires marines protégées, le cabinet du ministre de l’Environnement, Benoit Charette, a affirmé sa volonté de respecter l’engagement pris par le Québec de protéger 10 % de sa portion du Saint-Laurent d’ici la fin de 2020. Ce taux se limite actuellement à 1,9 %.

« Notre gouvernement met les bouchées doubles pour atteindre nos objectifs d’aires protégées, malgré le retard accumulé par les gouvernements précédents », a souligné le cabinet de M. Charette, dans une réponse écrite au Devoir. Le respect de cet objectif est d’autant plus important pour le gouvernement qu’il a été pris à l’échelle des Nations unies, dans le cadre de la Convention sur la diversité biologique, en 2010.

« Comme les aires protégées en milieu marin requièrent la collaboration du gouvernement fédéral, nous sommes à évaluer conjointement la pertinence des projets identifiés en matière de biodiversité afin de prioriser leur statut de protection », a-t-on ajouté, sans toutefois donner plus de détails sur les projets en question.

Selon les informations obtenues par Le Devoir, deux types de projets sont menés actuellement afin d’ajouter suffisamment d’aires marines dans l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent pour atteindre un taux de protection avoisinant les 9,5 %. Cela équivaudrait à l’ajout de 12 000 km2 de territoires protégés aux 2950 km2 (1,9 %) déjà inclus dans le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent et le Banc-des-Américains, une zone située au large de la péninsule gaspésienne.

Refuges « bonifiés »

Le gouvernement Legault aurait ainsi convenu de reconnaître les « refuges marins » établis par le gouvernement Trudeau dans la portion québécoise du golfe du Saint-Laurent, dans le cadre d’un projet de « réseau golfe ». Ces refuges, qui se déclinent en différentes zones de quelques centaines de kilomètres carrés chacune, sont situés autour de l’île d’Anticosti. Leur superficie totale atteint environ 7000 km2.

Québec souhaiterait cependant bonifier les règles de protection mises en place par Ottawa, qui se résument à des mesures de gestion des pêches destinées à protéger les éponges de mer et les coraux. Le gouvernement Legault souhaiterait en fait utiliser les dispositions inscrites dans le projet de loi 46 pour créer un nouveau statut de protection conçu pour être permanent, la « réserve marine ». Celle-ci prévoit différentes interdictions, dont l’exploitation et le transport d’hydrocarbures, mais aussi l’exploitation et le transport de substances minérales.

Les deux ordres de gouvernements, qui ont convenu il y a trois ans de collaborer en matière de préservation des milieux marins, ont aussi défini les contours de zones de protection qui ajouteraient 5000 km2 de territoires protégés dans l’estuaire du Saint-Laurent. Dans ce cas, le projet déjà bien avancé a été élaboré principalement dans le but de préserver une portion nettement plus importante de l’habitat du béluga du Saint-Laurent.

Il faut dire que le gouvernement fédéral a défini et reconnu l’habitat essentiel de cette espèce en voie de disparition, ce qui l’oblige à assurer sa protection. Le projet de l’estuaire irait toutefois au-delà de cet habitat, puisqu’il inclurait une portion du Saint-Laurent allant de la pointe est de l’île d’Orléans jusqu’à Chute-aux-Outardes, sur la Côte-Nord, et jusqu’en aval de Trois-Pistoles, sur la rive sud.

Cible de 30 %

Tant pour le réseau de refuges marins du golfe que pour la bonification de la protection de l’estuaire, qui est attendue depuis la fin des années 1990, les consultations gouvernementales pourraient être lancées cet automne. La crise de la COVID-19 pourrait toutefois venir changer le plan de match, en développement depuis déjà plusieurs mois.

Quel que soit l’échéancier final, le directeur général de la Société pour la nature et les parcs Québec, Alain Branchaud, estime que les projets actuellement sur la table pourraient très bien se concrétiser. « Le Québec est positionné favorablement pour arriver aux portes de la cible intérimaire de 10 % d’ici la fin de l’année 2020 », a-t-il fait valoir lundi.

Selon lui, ce premier objectif devrait toutefois conduire le Québec vers une cible encore plus ambitieuse pour la prochaine décennie. « La science est claire : il est primordial d’atteindre rapidement 30 % de protection des milieux marins pour maintenir les écosystèmes et les espèces qu’ils abritent. Le Québec doit donc s’engager rapidement à atteindre cette cible et à se donner les moyens pour y arriver. »

Dans le cadre de l’initiative « L’appel du golfe », lancée lundi, la Fondation David Suzuki, la Station de recherche des îles Mingan et l’organisme ÉcoMaris ont aussi plaidé en faveur d’une cible de 30 % d’aires protégées dans le Saint-Laurent d’ici 2030. Cette cible est également inscrite dans les négociations de l’ONU sur la protection de la haute mer.

M. Branchaud estime qu’au-delà de la protection des espèces marines, une meilleure préservation des milieux marins permettrait de « gérer durablement le garde-manger que peut représenter le Saint-Laurent ».


 
2 commentaires
  • Clément Fontaine - Abonné 9 juin 2020 06 h 52

    Les bottines suivront-elles les babines?

    Je crains qu’il ne s’agisse encore de voeux pieux qui ne changeront en rien la triste réalité que l’on constate sur le terrain. Comment nos gouvernements peuvent-il concilier cet objectif – maintes fois réitéré - d’étendre les aires marines protégées et l’avènement d’un projet comme projet Énergie Saguenay qui consisterait à exporter vers d’autres continents 11 millions de tonnes de GNL par super méthaniers ? Le fjord fait DÉJÀ partie du Parc marin fédéral, en principe protégé, et ça n’a pas empêché deux autres projets industriels de passer comme une lettre à la poste : Métaux BlackRock et Arianne Phosphate. Tous deux n’attendent que des investissements additionnels et de meilleurs conditions sur les marchés pour ériger leurs installations à La Baie.

  • Josée Cantin - Abonné 9 juin 2020 08 h 41

    Projet de GNL Québec

    Espérons que cela va mettre le clou dans le cercueil du projet de GNL Québec!