Où est la baleine à bosse de Montréal?

La baleine à bosse a été observée pendant une semaine dans le secteur de l’île Sainte-Hélène.
Photo: Josiane Cabana La baleine à bosse a été observée pendant une semaine dans le secteur de l’île Sainte-Hélène.

Le mystère plane sur la situation de la baleine à bosse qui a passé une semaine à nager dans la région de Montréal. Le cétacé, qui semblait toujours en bonne forme samedi soir, a été vu pour la dernière fois dimanche, dans le secteur de Pointe-aux-Trembles.

Selon ce qu’a précisé le Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins (RQUMM) dans une mise à jour de la situation publiée lundi matin, la dernière observation confirmée de cette jeune baleine à bosse remonte à la fin de la matinée, dimanche.

La veille, soit samedi, la baleine a été observée toute la journée près du pont Jacques-Cartier, entre l’île Sainte-Hélène et l’île Notre-Dame. Elle se trouvait dans ce secteur depuis jeudi, après avoir passé pas moins de cinq jours à l’entrée du Vieux-Port, où elle a attiré chaque soir des centaines de curieux venus observer notamment ses dizaines de sauts spectaculaires hors de l’eau.

Est-ce que la baleine à bosse aurait finalement décidé de redescendre le cours du fleuve Saint-Laurent pour regagner l’eau salée de l’estuaire, et donc son habitat naturel ? Impossible de le savoir pour le moment. Lundi, au moment où ces lignes étaient écrites, elle n’avait toujours pas été revue.

« Le rorqual à bosse pourrait rester encore plusieurs jours dans le secteur de Montréal avant de repartir par lui-même », a indiqué lundi avant-midi le RQUMM. L’organisme invite donc les citoyens à signaler toute observation de cette baleine égarée, mais aussi à éviter de la déranger. La réglementation fédérale interdit à toute embarcation de s’approcher à moins de 100 mètres d’un mammifère marin. Cette disposition ne s’applique toutefois pas aux navires commerciaux « en transit », soit ceux qui descendent ou remontent le Saint-Laurent.

Cétacé recherché

Le porte-parole de Pêches et Océans Canada, Antoine Rivierre, a indiqué lundi midi qu’une équipe patrouille présentement sur le fleuve Saint-Laurent, en aval de Montréal, afin de tenter de localiser la baleine. Si elle est repérée, des avis seront publiés pour prévenir les plaisanciers et les navires commerciaux de la présence de l’animal.

 
Photo: Josiane Cabana La baleine à bosse a exhibé ses nageoires pectorales à plusieurs reprises samedi, près du pont Jacques-Cartier.

Directrice des communications au Port de Montréal, Mélanie Nadeau a souligné pour sa part que le « centre de contrôle » participe aux efforts de surveillance, en collaboration avec les experts et le gouvernement fédéral. « Les intervenants impliqués dans la gestion du trafic maritime commercial tiennent donc tous compte de la présence de la baleine afin de ne pas la blesser », a-t-elle précisé.

Les chercheurs qui ont suivi la situation au cours des derniers jours avaient décidé de ne pas installer de balise sur cet animal, en raison des effets que cela pourrait avoir sur la baleine. « Il existe des risques importants pour l’animal si on utilise une telle balise sous-cutanée, puisqu’il n’a pas les anticorps pour combattre les pathogènes en eau douce. Qui plus est, l’animal fait l’objet d’une surveillance continue. Quelle que soit sa position, elle nous sera signalée rapidement », précisait récemment au Devoir le directeur scientifique du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins, Robert Michaud.

Chemin risqué

Si elle décidait de redescendre le fleuve Saint-Laurent et de parcourir les quelque 400 kilomètres qui la séparent de son milieu naturel, cette baleine âgée de deux à trois ans sera toujours exposée à plusieurs risques pour sa survie. Elle pourrait être frappée par un des nombreux navires commerciaux qui naviguent sur le Saint-Laurent. Le cétacé pourrait aussi se retrouver pris dans un secteur peu profond et s’échouer vivant.

On ne sait pas pourquoi cette baleine, qui appartient à une espèce fréquemment observée en été le long de la Côte-Nord et au large de la péninsule gaspésienne, a décidé de remonter le cours du fleuve Saint-Laurent, pour se rendre jusqu’à Montréal. On ne sait pas non plus pourquoi elle a décidé de demeurer plus d’une semaine dans le courant très fort du fleuve, ce qui peut être très exigeant pour l’animal.

On sait toutefois qu’un séjour prolongé en eau douce peut avoir des répercussions sur son métabolisme et sur sa peau. Elle montrait d’ailleurs des signes des effets de ce séjour, samedi, selon les photos prises à Montréal.

Professeur titulaire à la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal, Stéphane Lair, qui a analysé les photos, estime que ces marques proviendraient de la présence de micro-organismes qui peuvent se fixer sur la peau de l’animal. « À ma connaissance, cet organisme n’a jamais été associé à de la mortalité ou à des maladies significatives chez les cétacés. » « L’épiderme est très épais chez les cétacés, et donc ces “infections” ne devraient pas causer de problème », a-t-il expliqué lundi. Ces organismes devraient selon lui disparaître très rapidement, si la baleine retourne en eau salée.

Les chercheurs ne savent par ailleurs pas si cet animal, qui est demeuré en bon état de chair et très dynamique au cours de la dernière semaine, peut s’alimenter dans la portion fluviale du Saint-Laurent, puisqu’on ne retrouve pas ici ses proies habituelles. Les baleines à bosse, qui font chaque année des migrations de plusieurs milliers de kilomètres, sont en mesure de vivre sans manger pendant un certain temps.

Qu’est-ce qu'une baleine à bosse ?

Longueur : 13 à 17 mètres à l’âge adulte

Poids maximal : 30 à 40 tonnes au maximum

Comportement : cétacé solitaire, souvent en paire ou en groupe

Longévité : environ 80 ans

Population mondiale : estimée à 55 000, répartie entre différentes populations

Population de baleines à bosse de l’Atlantique Nord-Ouest (à laquelle appartient la baleine présente à Montréal) : estimée à 4000 individus, selon les données du gouvernement canadien. Elle est classée « non en péril ».

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