L’expansion du dépotoir de Sainte-Sophie est recommandée par le BAPE

Les Québécois ont généré 697 kilogrammes de déchets par habitant en 2018.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les Québécois ont généré 697 kilogrammes de déchets par habitant en 2018.

Le gouvernement doit approuver le projet d’expansion du dépotoir de Sainte-Sophie, mais il devrait aussi lancer une évaluation environnementale de la gestion des matières résiduelles, conclut le BAPE dans un rapport publié mercredi. Le promoteur du projet d’agrandissement veut doubler la capacité du site, en ajoutant 18 millions de tonnes de déchets.

Selon les constats du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), le projet est « justifié » puisque, sans cela, des municipalités de la Communauté métropolitaine de Montréal risquent de ne plus avoir accès à un dépotoir pour y stocker les déchets produits quotidiennement par leurs citoyens.

WM Québec, une filiale de l’entreprise américaine Waste Management, demande l’autorisation du gouvernement du Québec pour ouvrir un nouveau secteur de son site pour l’enfouissement de déchets pour la période 2022-2040, puisque les zones actuellement exploitées seront remplies au maximum de leur capacité dès la fin de 2022, au rythme annuel actuel d’environ un million de tonnes de déchets. Le promoteur veut maintenir le même rythme d’enfouissement annuel, soit un million de tonnes de déchets (environ 3000 tonnes par jour).

L’autorisation du projet d’expansion prolongerait donc l’exploitation du site situé à Sainte-Sophie, à l’est de Saint-Jérôme. Le site, qui reçoit des déchets de la région immédiate et des municipalités de la Communauté métropolitaine de Montréal depuis 1964, contient déjà environ 20 millions de tonnes de déchets domestiques, ce qui signifie qu’on pourrait doubler cette quantité sur une période de 18 ans.

Plus de déchets

Il faut dire que les Québécois sont de gros producteurs de déchets. « La quantité de matières résiduelles éliminées a augmenté au Québec ces dernières années, compte tenu de la stabilité du taux d’élimination par habitant et de l’augmentation de la population », rappelle aussi le BAPE dans son rapport. Selon les données de Recyc-Québec, les Québécois ont généré 697 kilogrammes de déchets par habitant en 2018, alors que la moyenne se situait à 685 kilogrammes en 2015.

Le BAPE estime toutefois que la quantité de déchets à enfouir au site de Sainte-Sophie pourrait reculer au cours des prochaines années, et ce, « si les mesures de détournement annoncées récemment par le gouvernement du Québec, la Communauté métropolitaine de Montréal et la Ville de Montréal se réalisaient ».

L’organisme d’évaluation suggère donc d’accorder une autorisation de cinq ans au promoteur, même si celui-ci demande une autorisation de 18 ans. « Cela permettrait d’ajuster le tonnage et les volumes maximaux autorisés selon les progrès réalisés dans le détournement des matières résiduelles de l’élimination. »

Évaluation environnementale

En s’appuyant sur les commentaires des participants à l’audience publique, le BAPE estime en outre qu’il y a « un intérêt des citoyens, que la commission appuie, pour une évaluation environnementale stratégique sur la gestion des matières résiduelles ». Les commissaires rappellent ainsi que le dernier exercice du genre au Québec remonte à 1996 et 1997.

Il y aurait d’ailleurs plusieurs pistes importantes à étudier pour réduire l’enfouissement, selon ce qui a été souligné par des participants aux audiences du BAPE sur le projet d’expansion du dépotoir de Sainte-Sophie.

Selon les plus récentes données publiées par Recyc-Québec, à peine 52 % des matières recyclables sont acheminées « aux fins de recyclage ». Dans le cas des matières organiques, qui peuvent être notamment compostées, le taux de récupération atteignait seulement 31 % en 2018. Le plan d’action 2011-2015 de la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles prévoyait pourtant que 60 % des matières organiques putrescibles seraient recyclées, et ce, dès 2015. L’« objectif » avoué du gouvernement — qui était inscrit dans le bilan 2015 de Recyc-Québec, mais qui a disparu dans le bilan 2018 — était alors de bannir, d’ici 2020, l’enfouissement de la matière organique putrescible.

Gaz à effet de serre

La réduction de l’enfouissement de déchets est d’autant plus nécessaire que l’expansion des sites d’enfouissement, comme celle prévue également au dépotoir de Lachenaie, entraîne des répercussions environnementales bien concrètes. Dans le cas du projet d’expansion de Sainte-Sophie, le promoteur prévoit notamment un déboisement de peuplements forestiers et la perte de 180 000 m2 de milieux humides.

WM Québec promet des mesures de reboisement, mais aussi de compensation des milieux humides détruits. Le BAPE souligne toutefois dans son rapport que le ministère de l’Environnement du Québec n’a pas exigé que l’entreprise présente un « projet préliminaire pour compenser la perte de milieux humides » qu’engendrerait la réalisation du projet d’agrandissement.

Une diminution de l’enfouissement au Québec permettrait en outre de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES), notamment celles sous forme de méthane, un gaz au « potentiel de réchauffement » 25 fois plus élevé que le CO2. Selon le plus récent bilan québécois des émissions de gaz à effet de serre, le secteur « déchets » a produit 5,8 % de toutes les émissions de la province en 2017, soit 4,55 millions de tonnes de GES, un chiffre en croissance depuis 2013. Cela équivaut aux émissions moyennes annuelles de 1,8 million de voitures.

Dans le cas du site de WM Québec situé à Sainte-Sophie, l’exploitant a déclaré des émissions de GES de 149 540 tonnes en 2018, selon les données du « Registre des émissions de gaz à effet de serre » du gouvernement du Québec.