GNL Québec: le BAPE ne bronche pas

Photo: GREMM Les partis d'opposition et les groupes écologistes réclament l'ajout d'un commissaire, afin de s'assurer notamment de la compréhension des risques du projet pour le béluga. Le Saguenay est fréquenté par des femelles et leurs jeunes.

La direction du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) ferme la porte à toute modification de la composition de la commission d’enquête qui évaluera le projet d’usine gazière de GNL Québec. Les trois partis d’opposition jugent toutefois qu’il faudrait au minimum ajouter un commissaire afin d’épauler son président, un ancien consultant d’une association d’entreprises liées à l’industrie gazière de l’Ouest.

Le Devoir expliquait mardi que le BAPE a décidé de nommer deux commissaires pour mener l’examen du projet Énergie Saguenay, qui est le plus gros projet industriel de l’histoire du Québec.

 

Le président de cette commission est Denis Bergeron. Il a travaillé pendant 16 ans comme « consultant » pour la principale association d’entreprises pétrochimiques impliquées dans le développement de projets d’exploitation et de commercialisation du gaz naturel au Canada.

L’autre commissaire est Laurent Pilotto. Il a été nommé au BAPE par le gouvernement Legault en septembre 2019, après avoir travaillé pendant plusieurs années à la Régie de l’énergie, notamment dans le secteur du gaz naturel.

Cette situation a soulevé des questions mardi, notamment de la part des partis d’opposition, à Québec. « Le BAPE est une instance indépendante. Cela étant dit, si j’étais dans leurs souliers, est-ce que je choisirais quelqu’un dont les conclusions pourraient être remises en question à cause de son passé professionnel ? Poser la question, c’est un peu y répondre », a fait valoir au Devoir la porte-parole libérale en matière d’environnement, Marie Montpetit.

« Au minimum, l’ajout de commissaires avec d’autres expertises devrait être considéré. GNL Québec est un projet qui soulève de nombreux enjeux. L’ensemble du processus doit assurer le maintien de la confiance de la part de la population et répondre à ses préoccupations », a-t-elle ajouté.
 

Québec solidaire estime que l’ajout d’un commissaire est d’autant plus nécessaire que ceux qui ont été nommés ont une expertise étroitement liée au gaz naturel. « Il serait pertinent d’ajouter un commissaire, pour éviter de prêter flanc à la critique. Et il faudrait une personne qui possède une expertise dans le domaine de la biodiversité, ou encore en matière de lutte contre les changements climatiques. Il est certain que cette expertise existe au BAPE », a souligné la députée Ruba Ghazal.

Même son de cloche du côté du député péquiste Sylvain Gaudreault, qui estime par ailleurs que « le mandat est vicié depuis le début ». Il a ainsi déploré le fait que le gouvernement Legault a refusé d’évaluer le projet d’usine et celui du gazoduc qui l’alimentera dans le cadre d’un même examen environnemental.

Sans usine, le projet de gazoduc n’existerait pas, a dit M. Gaudreault, et les deux éléments sont soutenus par les mêmes intérêts financiers. Le gazoduc fera l’objet d’un BAPE ultérieurement, mais la décision de construction appartient uniquement au gouvernement fédéral.

Les groupes environnementaux interpellés mardi ont eux aussi appelé à la bonification de la commission. S’il a insisté sur l’importance du BAPE, le porte-parole du Pacte pour la transition, Dominic Champagne, a notamment affirmé que la composition actuelle de la commission « nous donne l’impression que les dés peuvent être pipés ».
 

En Vidéo - Les principaux enjeux environnementaux autour du projet Énergie Saguenay de GNL Québec
 

 

Le BAPE dit « non »

Est-ce que le BAPE est ouvert à l’idée de modifier la composition de la commission responsable de l’évaluation environnementale, mais aussi de la rédaction du rapport qui sera soumis au gouvernement Legault ?

« Non », a simplement indiqué un porte-parole du BAPE.

Une « déclaration d’absence de conflit » et une « déclaration d’engagement éthique et déontologique » signées par Denis Bergeron et Laurent Pilotto ont aussi été mises en ligne mardi.

L’organisme n’a par ailleurs pas précisé mardi si les audiences sur ce projet se limiteront au Saguenay. Dans une lettre adressée aux commissaires du BAPE, plusieurs groupes écologistes ont réclamé la tenue d’audiences à Montréal et à Québec, en raison des « enjeux nationaux » soulevés par Énergie Saguenay.

Dans une réponse écrite, le BAPE a indiqué au Devoir qu’il répondrait mercredi à la lettre des groupes environnementaux. Ceux-ci y demandent d’ailleurs aux commissaires de tenir compte de toutes les émissions de gaz à effet de serre liées au projet. Celles-ci atteindraient chaque année environ huit millions de tonnes au Canada, principalement en raison de l’exploitation du gaz en Alberta, majoritairement par fracturation. Cela équivaut à l’ajout de 3,2 millions de véhicules sur les routes.