Pour le plaisir de devenir écolo

Agathe Beaudouin Collaboration spéciale
À Mon Atelier  de quartier, les citoyens ont accès à des  outils pour réparer un vélo, par exemple.
Getty Images À Mon Atelier de quartier, les citoyens ont accès à des outils pour réparer un vélo, par exemple.

Ce texte fait partie du cahier spécial Développement durable

Apprendre à consommer autrement et y prendre du plaisir : telle est la mission que s’assigne l’équipe de Mon Atelier de quartier, dans Villeray.

À peine ouverte, cette adresse du quartier Villeray attirait déjà tous les projecteurs ! Rue Jean-Talon, à deux pas du métro, cinq amis viennent de concrétiser un projet sorti de leurs têtes de quarantenaires il y a deux ans. Une idée née d’une certaine « urgence climatique qui devenait anxiogène » pour Jean-Philippe et d’une envie commune : « être les acteurs d’une autre manière de consommer », raconte Krystel Papineau. Baptisée Mon Atelier de quartier, la petite entreprise suscite déjà un véritable engouement.

Dans la salle baignée de soleil, les tasses et les plantes vertes se mélangent sur des étagères en bois conçues par Jean-Philippe Roy. Autour du comptoir, une zone zéro déchet a vu le jour : « À la fin de nos journées, il n’y a rien dans nos poubelles ! » raconte Krystel, même si pour arriver à cette performance, il a fallu convaincre quelques fournisseurs de passer au « sans-plastique ». « Pour le reste, le café est livré à vélo dans des contenants recyclables, nous fonctionnons avec des consignes et n’utilisons aucun verre jetable. »

Mais bien plus qu’un café, Mon Atelier est avant tout un concept : un lieu de rencontres et d’échanges où l’on vient déjouer l’obsolescence programmée, réparer les pannes électriques, tout comme l’on peut redonner une nouvelle vie à son fauteuil préféré mais abîmé, assister à la projection d’un film, s’initier au yoga. Un espace qui mise à la fois sur le « développement de capacités, le do-it-yourself » et qui vise « l’adoption d’un mode de vie écoresponsable », disent les fondateurs.

Une solution à la surconsommation

À la lisière de ces lieux qui défendent un autre aspect de la consommation, tels Les Affûtés ou encore La Remise (situés sur le boulevard Saint-Laurent), Mon Atelier de quartier croit à la richesse des échanges coopératifs. « À la base, c’est la vision de cinq personnes qui ont des intérêts à la fois divergents et convergents, et qui partagent un souhait commun : outiller les citoyens pour un mode de vie plus écolo. » Comment ? « Nous proposons un volet réparation sur place en permanence », explique Jean-Philippe. Unechaise cassée ? Un cellulaire défaillant ? Un manteau troué ? Un sac abîmé ? La liste est infinie ! « Chacun peut venir utiliser les outils mis à sa disposition. » Dans certains créneaux horaires, des spécialistes sont là pour accompagner les usagers.

Photo: Agathe Beaudoin L’entreprise abrite aussi un café zéro déchet.

Dans cette démarche, la joyeuse équipe insiste sur le fait qu’il n’y a aucun discours culpabilisant dans ce tiers lieu d’un nouveau genre.« Nous ne sommes pas contre la consommation. Nous pensons juste qu’il y a une solution de remplacement à la surconsommation, confie Krystel Papineau. Et on aime l’idée de réparer soi-même. » Cette notion, Jean-Philippe Roy y est particulièrement sensible : « On oublie souvent l’effet de la dopamine ! déclare-t-il en souriant. Il se dégage une sorte de bonheur, de plaisir fou, lorsque l’on fait quelque chose de ses mains. On passe deux heures à réparer un objet et il fonctionne à nouveau. C’est bien plus stimulant que de le jeter et d’aller en racheter un tout neuf ! »

Du Réparecafé au repère café

Mon Atelier est apparu dans lequartier Villeray après que Jean-Philippe et Éric eurent visité de nombreux lieux à Montréal. Sa vocation est avant tout de s’implanter dans le quartier et d’engendrer des liens, « un peu comme autrefois sur le perron des églises », observe Jean-Philippe. Souvent baptisé Réparecafé, l’endroit pourrait bien prendre l’allure d’un « repère café ».

Encore au tout début de leur aventure à la fois humaine et professionnelle, les cinq compagnons rendent, à travers leur initiative, la transition écologique de monsieur et madame Tout-le-Monde plus accessible : « Personne n’est obligé de faire un changement radical dans sa vie. Il n’y a pas d’obligation d’aller vivre dans une ferme pour être écolo », dit Krystel, qui imagine bien, à moyen terme, l’éclosion de petits frères de Mon Atelier dans plusieurs quartiers de Montréal.

Depuis son ouverture, l’endroit prend son rythme de croisière progressivement. L’établi sera ouvert à partir du 22 février. « Notre projet est d’avoir du plaisir à être écolos », disent les entrepreneurs, qui aiment casser les idées reçues. « Nous sommes une véritable entreprise, c’est aussi une façon de prouver qu’on peut être une entreprise moderne et contemporaine tout en étant socialement responsable et en fournissant des salaires, le tout en misant sur la décroissance. »

Mon Atelier de quartier, 1202 Jean-Talon E., Montréal