Le ministre Pierre Dufour garde «espoir» de sauver les caribous de Val-d’Or

Le gouvernement poursuivra l’analyse des solutions, même s’il a déjà deux études d’experts en main.
Photo: Peupleloup Creative Commons Le gouvernement poursuivra l’analyse des solutions, même s’il a déjà deux études d’experts en main.

Le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour, juge qu’il est encore possible de sauver la population isolée de caribous de Val-d’Or. Le gouvernement estime toutefois qu’il doit poursuivre les études en cours, notamment pour analyser les répercussions qu’un plan de sauvetage aurait sur les autres « utilisateurs » du territoire, dont l’industrie forestière.

« Je pense qu’il y a encore de l’espoir », a-t-il soutenu, mardi, avant la période des questions à l’Assemblée nationale. Interpellé par Le Devoir, le ministre n’a d’ailleurs pas voulu s’avancer sur un échéancier au-delà duquel il sera trop tard pour éviter l’extinction de la petite harde, qui ne compterait désormais pas plus de 7 bêtes, contre 18 en 2016.

Malgré la situation critique des caribous de Val-d’Or, qui vivent dans un habitat très perturbé par l’activité humaine, Pierre Dufour a défendu la décision du gouvernement Legault de poursuivre une « méta-étude » dont le dépôt est prévu seulement en mars 2021.

« Il y a beaucoup d’informations qu’on n’a pas, comme quand on a des secteurs impactés », a-t-il fait valoir. M. Dufour a mentionné la « villégiature », le « quatre-roues » et le « ski-doo », mais aussi une « compagnie minière » et « une compagnie forestière » qui ne peut mener actuellement de coupes sur un territoire protégé pour le caribou.

Concrètement, les coupes industrielles sont interdites sur 1046 km2, tandis que le « plan d’aménagement forestier » mis en place pour tenter de protéger les cervidés couvre au total 2160 km2. Mais « l’aire de répartition du caribou de Val-d’Or » est estimée, par les experts du gouvernement, à plus de 7800 km2. Les coupes forestières sont donc interdites sur seulement 13 % de l’aire de répartition.

Deux études

Lorsque Le Devoir a rappelé au ministre que son ministère détient déjà deux études scientifiques qui précisent les « scénarios » à mettre en œuvre pour tenter de sauver les derniers caribous, celui-ci a répondu que ces études tiennent uniquement compte de « l’habitat faunique ». « L’habitat faunique, pour l’ensemble du Québec, dans le cas du caribou, on le connaît par cœur », a dit le ministre.

Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) détient notamment une « Étude de faisabilité du rétablissement du caribou de Val-d’Or » produite par 25 experts du ministère et déposée en janvier 2017. Celle-ci fait état des besoins en matière de « restauration » de l’habitat du caribou, mais aussi de la nécessité de réintroduire de jeunes caribous dans la harde, dans le cadre d’un programme de reproduction en captivité.

Le document d’analyse produit à la demande du gouvernement aborde aussi certains enjeux pour les autres « utilisateurs » du territoire, dont toute une section consacrée aux « répercussions appréhendées sur l’industrie forestière ». Le document de 2017, obtenu en vertu de la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels, est toutefois caviardé, de sorte qu’une section mentionnant une « étude socioéconomique » incluant les impacts sur la « villégiature » et les « emplois » n’est pas visible.

Quoi qu’il en soit, le « scénario » optimal élaboré par les experts du MFFP il y a de cela trois ans entraînerait des « coûts estimés » à environ 14 millions de dollars, selon l’étude gouvernementale, en incluant les « impacts supplémentaires sur la possibilité forestière ».

Le cas du Lac-Saint-Jean

Par ailleurs, Pierre Dufour a défendu mardi la décision du gouvernement d’abolir les mesures de protection mises en place sur trois massifs forestiers situés dans la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Ceux-ci faisaient l’objet d’une « protection administrative » interdisant l’abattage industriel d’arbres pour préserver l’habitat du caribou forestier.

Selon ce qu’a dit le ministre, il n’y avait pas eu de « passage » de caribous dans ces secteurs « depuis nombre d’années ».

Un raisonnement erroné, selon Henri Jacob, président de l’Action boréale. « Il est très simpliste d’affirmer que les caribous ne fréquentent pas ces trois secteurs. Les troupeaux se déplacent d’année en année. En période hivernale, ils se nourrissent de lichen terrestre. Donc, au bout d’un certain temps, les animaux vont quitter le territoire pour y revenir une fois que le lichen se sera régénéré. »

En fait, le gouvernement a basé sa décision sur le fait qu’aucun caribou n’avait été repéré dans ces secteurs, selon les données recueillies en utilisant le système de colliers télémétriques que portent certaines bêtes.

Une présentation d’experts du MFFP datant de juin 2019 indique toutefois que le portrait de la situation sur lequel s’appuyait la décision du gouvernement était incomplet. En fait, la région où se trouvent les trois massifs forestiers n’avait pas fait l’objet d’un inventaire aérien depuis l’hiver 2012. Or, la réalisation de tels inventaires est inscrite dans les mesures du « plan d’action gouvernemental » pour protéger l’habitat du caribou et assurer un « suivi rigoureux » des populations.

Même si le caribou forestier est considéré comme étant menacé de disparition depuis plus de 15 ans et que l’espèce poursuit son déclin, le gouvernement Legault a décidé l’an dernier de reporter à 2022 l’élaboration d’une « stratégie » pour éviter la disparition du cervidé, qui compterait entre 6000 et 8500 bêtes en sol québécois. Mardi, le ministre Pierre Dufour s’est dit persuadé d’arriver à un « aboutissement positif » pour l’espèce.