Pas d’interruption des activités de recyclage, promet Montréal

L’opérateur du centre de tri de Saint-Michel a l’intention de cesser sous peu ses activités.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir L’opérateur du centre de tri de Saint-Michel a l’intention de cesser sous peu ses activités.

Le groupe TIRU, qui opère les deux centres de tri de matières recyclables de Montréal, mais aussi celui de Châteauguay et celui de Saguenay, a confirmé au gouvernement du Québec qu’il a l’intention de cesser sous peu ses activités. Cette situation force les autorités à trouver de nouveaux opérateurs pour éviter un arrêt de la collecte sélective.

« Lors de la rencontre de ce matin, l’entreprise nous a confirmé son intention de se retirer du marché québécois », a fait savoir le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, par le biais d’une déclaration écrite vendredi après-midi.

« Des discussions ont immédiatement été entreprises entre le gouvernement du Québec, les municipalités et l’entreprise afin que ce retrait se fasse dans l’ordre, en assurant le maintien des activités de collecte et de tri et ainsi éviter l’enfouissement », a ajouté le ministre.

L’entreprise Rebuts solides canadiens (RSC), une filiale du groupe TIRU, opère quatre centres de tri, dont les deux centres de Montréal, qui peuvent traiter plus de 300 000 tonnes de matières recyclables par année, soit le tiers du total de la province.

Comment le gouvernement compte-t-il maintenir les centres en activité, et ainsi éviter un arrêt de la collecte des matières recyclables ? « Diverses options sont actuellement discutées, mais tout nous permet de croire que les services aux citoyens ne seront pas impactés. Nous pourrons vous donner plus de détails au cours des prochains jours », a simplement indiqué le ministre Charette.

Solution ?

Dans le cadre d’un point de presse vendredi, le responsable des services aux citoyens et de l’environnement à la Ville de Montréal, Jean-François Parenteau, a pour sa part affirmé que la réunion tenue vendredi matin, en compagnie de RSC, n’avait pas permis de négocier une solution pour éviter le départ de l’entreprise. « Ils nous ont dit qu’ils vont partir, mais ils ne nous ont pas dit quand », a-t-il laissé tomber, ajoutant que cela se ferait « à très court terme ».

La Ville de Montréal estime toutefois qu’elle sera en mesure de mettre en place « une solution à court terme afin de ne pas cesser les activités de recyclage à Montréal ».

M. Parenteau n’a pas donné de précisions sur les solutions qui seraient mises en avant, mais il a affirmé que « certaines personnes » auraient manifesté leur intérêt à reprendre la gestion du centre de tri de Lachine (inauguré en novembre 2019, après des investissements municipaux de 45 millions) et de celui de Saint-Michel. Certes, « la situation est préoccupante », a-t-il dit, mais elle offrirait aussi une « opportunité » de mettre en place un « plan de gestion des matières résiduelles » développé par les autorités municipales.

Par voie de communiqué, RSC a simplement indiqué que la rencontre de vendredi avait permis à l’entreprise de faire part « des grandes difficultés liées au modèle économique de ses centres de tri », en soulignant les « importantes pertes financières au cours des dernières années ». L’entreprise n’a pas souhaité préciser ses intentions sur la fermeture annoncée des centres de tri.

Papier

Le papier, qui représente plus de 80 % des matières qui entrent dans les centres de tri, se vendait plus de 165 $ la tonne en 2017, selon les données fournies par Recyc-Québec. Or, en 2019, les centres de tri devaient payer, en moyenne, 15 $ la tonne pour se départir de leur « papier mixte ».

Il faut dire qu’avant 2018, la majorité des ballots de « papier mixte » qui sortaient des centres de tri de la province étaient expédiés en Chine, où ce papier contaminé par d’autres matières était retrié. Avec la fermeture des frontières du pays aux matières de piètre qualité, les exportateurs se sont tournés vers d’autres marchés, notamment l’Inde, jusqu’à ce que ce pays décide lui aussi de restreindre sérieusement ses importations au cours des derniers mois, pour les mêmes raisons que la Chine.

En mai 2018, Montréal avait consenti 29 millions de dollars à TIRU pour maintenir le centre de tri de Saint-Michel (150 000 tonnes par année) en activité. Elle a aussi investi près de 50 millions pour la construction du centre de tri de Lachine inauguré en novembre dernier. Et en septembre dernier, Montréal a octroyé un contrat de 62,4 millions à TIRU pour la gestion des matières recyclables jusqu’en 2024.