La croissance des énergies fossiles d’ici 2030 rendra impossible l’atteinte des cibles climatiques

Tant pour le pétrole que pour le gaz naturel, l’exploitation d’énergies fossiles est appelée à croître au Canada.
Photo: Cole Burston Archives La Presse canadienne Tant pour le pétrole que pour le gaz naturel, l’exploitation d’énergies fossiles est appelée à croître au Canada.

Les prévisions d’exploitation d’énergies fossiles au cours de la prochaine décennie sont complètement incompatibles avec l’objectif d’éviter des bouleversements irréversibles du climat mondial, révèle une analyse scientifique inédite produite en partenariat avec les Nations unies. La production croissante de gaz naturel fait d’ailleurs partie du problème, selon ce rapport.

Concrètement, la production prévue à l’horizon 2030 de pétrole, de charbon et de gaz naturel est au moins 50 % trop élevée pour limiter le réchauffement global à 2 °C et 120 % trop élevée pour respecter l’objectif le plus ambitieux de l’Accord de Paris, soit limiter la hausse mondiale des températures à 1,5 °C.

Sans surprise, l’exploitation du charbon — qui est toujours très utilisé dans plusieurs pays, dont la Chine et l’Inde — présente le pire bilan, avec une production 280 % plus élevée que ce qui serait nécessaire pour freiner le réchauffement à 1,5 °C.

« Le pétrole et le gaz sont aussi en voie de dépasser les budgets carbone », ajoute le rapport, alors que les pays continuent d’investir dans le développement d’infrastructures qui nous « enferment » dans l’utilisation de ces deux combustibles fossiles.

Dans ce cas, les prévisions de production d’ici 2040 sont 43 % trop élevées pour le pétrole et 47 % trop élevées pour le gaz naturel. Dans ce dernier cas, pour limiter le réchauffement à 2 °C, la production devrait plafonner au plus tard en 2030, et entre 2020 et 2025 pour limiter le réchauffement à 1,5 °C.

La posture canadienne

Tant pour le pétrole que pour le gaz naturel, l’exploitation est appelée à croître au Canada. L’analyse, produite en partenariat avec le Programme des Nations unies pour l’environnement, souligne d’ailleurs que le Canada fait partie des pays qui misent sur les marchés d’exportation pour « justifier des augmentations majeures dans la production ».

Dans le cas du pétrole, par exemple, l’Association canadienne des producteurs pétroliers prévoit que le Canada produira 5,86 millions de barils par jour en 2035, soit 1,27 million de barils de plus qu’à l’heure actuelle. Dans le cas du gaz naturel, la croissance de la production proviendra essentiellement de l’exploitation du gaz par fracturation hydraulique.

« Ce rapport montre, pour la première fois, l’ampleur de la déconnexion entre les objectifs de l’Accord de Paris, les plans nationaux [de réduction d’émissions] et les politiques de production de charbon, de pétrole et de gaz », fait valoir Michael Lazarus, l’un des principaux auteurs, cité par l’Agence France-Presse.

« Malgré plus de deux décennies de politique climatique, les niveaux de production d’énergies fossiles n’ont jamais été aussi élevés », constate lui aussi Mans Nilsson, directeur du Stockholm Environment Institute, l’un des auteurs du rapport.

Les énergies fossiles représentent toujours 80 % de l’énergie primaire mondiale (un taux qui demeure le même depuis 30 ans), tandis que les acteurs du secteur continuent à investir massivement. Les émissions du secteur de l’énergie ont même augmenté de 1,7 % l’an dernier, selon les données du rapport annuel 2018 de l’Agence internationale de l’énergie.