La cible de réduction des GES du Canada respecte-t-elle l’Accord de Paris?

Le secteur pétrolier et gazier, déjà le plus lourd émetteur au Canada, prévoit une croissance continue de la production au pays jusqu’en 2040. Sur la photo, une exploitation de sables bitumineux en Alberta.
Photo: Mark Ralston Agence France-Presse Le secteur pétrolier et gazier, déjà le plus lourd émetteur au Canada, prévoit une croissance continue de la production au pays jusqu’en 2040. Sur la photo, une exploitation de sables bitumineux en Alberta.

Depuis le début de la campagne, libéraux et conservateurs répètent qu’ils vont « respecter les objectifs de l’Accord de Paris » en réduisant les émissions canadiennes de gaz à effet de serre (GES) de 30 % d’ici 2030. Or, cet objectif n’est pas suffisamment ambitieux pour être en phase avec les objectifs de cette entente, qui vise à limiter le réchauffement à 1,5 °C, comme le préconise la science climatique.

La cible de réduction des émissions de GES de 30 % d’ici 2030, par rapport au niveau de 2005, avait été fixée au départ par le gouvernement conservateur de Stephen Harper, avant d’être reprise par les libéraux de Justin Trudeau. Cela signifie que les émissions doivent être réduites à 513 millions de tonnes (Mt) en 2030, alors qu’elles atteignaient 716 Mt en 2017, selon le plus récent bilan produit par Environnement et Changement climatique Canada.

Il s’agit d’un objectif complexe à atteindre, puisque les GES ont augmenté de 8 Mt au pays entre 2016 et 2017. Qui plus est, les mesures mises en place par le gouvernement Trudeau depuis 2015 permettent seulement, pour le moment, de ramener les émissions à 592 Mt en 2030, soit un écart de 79 Mt par rapport à la cible de réduction de 30 %.

La cible canadienne ne respecte par ailleurs pas les « objectifs » de l’accord sur le climat signé à Paris en 2015. Il faut savoir que l’entente n’oblige pas les pays à prendre des engagements contraignants de réduction de GES. Les signataires doivent plutôt soumettre des « contributions déterminées au niveau national », soit des engagements volontaires qui seront revus périodiquement dans l’espoir que la communauté internationale respecte l’objectif central de l’Accord de Paris : limiter le réchauffement sous les 2 °C, tout en visant un maximum de 1,5 °C.

Constat du GIEC

Pour orienter leurs décisions quant à leurs cibles de réduction de GES, les pays signataires peuvent s’appuyer sur les rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

Selon un rapport de l’organisation publié l’an dernier, le respect de l’objectif le plus ambitieux de l’Accord de Paris, soit limiter le dérèglement climatique à 1,5 °C, nécessiterait une réduction minimale de 45 % des émissions de CO2 d’ici 2030, par rapport à leur niveau de 2010. Les États doivent aussi s’engager sur la voie d’une « carboneutralité » à atteindre d’ici 2050.

Puisque les émissions du Canada atteignaient 693 Mt (en équivalent CO2) en 2010, le respect de l’Accord de Paris imposerait que le Canada émette au maximum 381 Mt en 2030, soit 132 Mt de moins que la cible fédérale actuelle. Ce chiffre équivaut à 70 % de toutes les émissions du secteur pétrolier et gazier, selon le plus récent bilan fédéral.

Une réduction de 45 % constitue toutefois un « strict minimum », affirme le responsable de la campagne Climat-Énergie de Greenpeace Canada, Patrick Bonin. Selon lui, Ottawa devrait plutôt cibler une réduction d’au moins 60 % à l’horizon 2030. Une cible préconisée aussi par le Réseau Action Climat, qui regroupe une centaine d’organisations au Canada, mais aussi par le Parti vert.

« Obligation morale »

« Historiquement, le Canada a grandement contribué à l’accumulation de gaz à effet de serre dans l’atmosphère et continue de le faire. Il a une grande responsabilité dans la crise climatique actuelle et, en tant que pays riche, dispose d’une capacité d’action considérable pour y faire face. Par conséquent, il a l’obligation morale d’agir et de réduire ses émissions de gaz à effet de serre aussi rapidement que possible, tout en soutenant les réductions d’émissions dans les pays en développement », explique M. Bonin.

Karine Peloffy, une avocate spécialisée dans les dossiers environnementaux fédéraux, insiste elle aussi sur la nécessité pour le gouvernement canadien de soutenir financièrement les pays en développement afin de leur permettre d’amorcer la transition énergétique, mais aussi de se préparer aux impacts inévitables des bouleversements climatiques. Un financement qui pourrait, dans le cas de certains pays, être éliminé en cas de victoire des conservateurs.

Le Parti libéral, le Nouveau Parti démocratique et le Parti vert promettent en outre que le Canada pourra atteindre en 2050 la « carboneutralité » réclamée par la science climatique. Un défi colossal pour un pays où le secteur pétrolier et gazier, déjà le plus lourd émetteur au Canada, prévoit une croissance continue de la production jusqu’en 2040.