Un nouveau pipeline majeur pourrait traverser le Québec

Le nouveau pipeline permettrait de transporter chaque jour 1,1 million de barils de pétrole de l’Alberta jusqu’au Nouveau-Brunswick, en traversant notamment le territoire du Québec.
Photo: iStock Le nouveau pipeline permettrait de transporter chaque jour 1,1 million de barils de pétrole de l’Alberta jusqu’au Nouveau-Brunswick, en traversant notamment le territoire du Québec.

Deux ans après l’abandon du projet de pipeline Énergie Est, une nouvelle entreprise espère relancer un projet aussi imposant et qui traverserait le territoire québécois sur des centaines de kilomètres. Des discussions ont d’ailleurs déjà été entamées avec des investisseurs potentiels, notamment au Québec. Et le promoteur promet qu’il verserait des revenus directement aux municipalités et au gouvernement provincial.

La nouvelle entreprise Canadian Prosperity Pipelines Corporation, qui compte installer son siège social à Montréal, espère mettre en service son « Canadian Prosperity Pipeline Project » d’ici six ans ou, « dans le pire des cas », d’ici 10 ans, explique au Devoir son président et chef de la direction, Duane Lauritsen.

Selon les informations actuellement disponibles, le nouveau pipeline permettrait de transporter chaque jour 1,1 million de barils de pétrole de l’Alberta jusqu’au Nouveau-Brunswick, en traversant notamment le territoire du Québec. L’entreprise n’a toutefois pas encore publié de projet de tracé pour ce pipeline d’environ 4500 kilomètres, évalué présentement à 23 milliards de dollars. Dans le cas du défunt projet Énergie Est, de TransCanada, la longueur du tracé au Québec était de 625 kilomètres.

Bénéfices au Québec

M. Lauritsen se dit confiant de pouvoir réussir là où TransCanada avait échoué, en redonnant une partie des bénéfices aux Québécois. « Tant que les gens ne voient pas de bénéfices, c’est difficile pour eux de s’engager dans un projet », explique-t-il.

L’entreprise, qui n’est pas encore incorporée au Québec, prévoit donc « un mécanisme de prospérité », et ce, « afin de pouvoir retourner de l’argent dans les mains des Canadiens, que ce soit dans les communautés, les municipalités, les Premières Nations ou les gouvernements ». Il n’est toutefois pas en mesure, pour le moment, de préciser de chiffres. On prévoit même un mécanisme afin que les Premières Nations puissent devenir « actionnaires » du futur projet.

L’entreprise compte aussi parer les coups et les éventuelles contestations juridiques en bonifiant les consultations avant de présenter un projet formel. « Nous avons un changement fondamental dans notre approche. Nous allons discuter avec tout le monde, nous allons inviter tout le monde à la table pour discuter des faits et de l’énergie au Canada. Nous savons que lorsque les gens ont accès aux faits, ils peuvent se faire leur propre idée de ce qui doit être fait », explique M. Lauritsen, un Albertain qui a travaillé dans le secteur de l’énergie pendant plus de 25 ans.

La Canadian Prosperity Pipelines Corporation espère ainsi pouvoir convaincre le Québec, « qui est un joueur clé », que ce projet de transport de pétrole des sables bitumineux est intéressant pour la province. « Le secteur de l’énergie au Canada génère énormément de revenus, qui bénéficient beaucoup aux provinces de l’Est. Donc il y a des raisons qui justifient d’aider le secteur de l’énergie à demeurer en bonne santé. »

Intérêt au Québec

Duane Lauritsen dit d’ailleurs avoir déjà rencontré différents intervenants du Québec afin de leur présenter le projet. Et il y a bel et bien un intérêt pour le projet au Québec, assure-t-il. « Je ne veux pas donner de noms, mais je peux vous dire avec certitude qu’il y a de l’intérêt au Québec pour des investissements », souligne-t-il.

« J’ai rencontré un leader syndical », ajoute-t-il, et « des investisseurs nous ont demandé de revenir les voir lorsque le projet sera plus avancé ». Des discussions auraient également eu lieu avec des entreprises importantes du secteur des pipelines, dont Enbridge et TC Energy (anciennement TransCanada). « La communauté internationale s’intéresse au Canada » pour ce genre de projet, ajoute-t-il.

M. Lauritsen plaide en outre, avec ce nouveau pipeline, pour la création d’un projet qui permettra d’« unir » le Canada. « Pour moi, il s’agit d’une occasion pour le Canada de s’unir et de prospérer pour bénéficier de la qualité de vie que nous avons ici. Nous pourrons aussi utiliser cet argent pour investir dans la recherche et le développement pour la transition énergétique. »

Selon lui, même si plusieurs plaident pour une sortie rapide des énergies fossiles, le pétrole sera toutefois encore là pendant plusieurs années. « Nous sommes en train de progresser vers une société où les sources d’énergie qui émettent du carbone seront moins présentes, mais cela va prendre du temps, et plus que les gens ne le croient ».

Dans ce contexte, il estime que le fait de transporter du pétrole albertain d’ouest en est permettrait d’accroître la « sécurité » et « l’indépendance » énergétique du pays. Ce pétrole pourrait aussi être exporté à l’international, comme le prévoyait le projet Énergie Est.

L’entreprise n’a pas encore fixé de moment où le projet sera officiellement présenté publiquement. Pour le moment, « une campagne nationale de marketing » est en préparation dans les provinces qui seraient traversées par le pipeline.

Rencontres

Des rencontres ont également déjà eu lieu avec des dirigeants des gouvernements de l’Alberta, du Nouveau-Brunswick et du Manitoba. M. Lauritsen espère aussi pouvoir rencontrer des représentants du gouvernement de François Legault.

Une présentation officielle du Canadian Prosperity Pipeline Project pourrait intervenir au cours des premiers mois de 2020. « Au Québec et ailleurs, les intérêts que nous recevons démontrent un souci de faire ce qui est bien pour le pays, ce qui est le cas avec ce projet », ajoute Duane Lauritsen, qui est lui-même Albertain. « Je ne crois pas que nous pouvons échouer. »

Est-ce que les résultats des élections fédérales du 21 octobre pourraient changer les choses, sachant que le chef conservateur Andrew Scheer promet la création d’un « corridor énergétique » et qu’il se dit favorable à la construction de nouveaux pipelines ? « Je ne veux pas commenter. Nous voulons demeurer loin de la politique et nous verrons ce qui se passera à l’élection, mais peu importe, nous allons continuer notre projet. »

L’oléoduc Énergie Est devait parcourir le territoire québécois sur plus de 625 kilomètres. Ce tuyau d’un mètre de diamètre aurait ainsi traversé des centaines de cours d’eau, dont le fleuve Saint-Laurent, des milieux humides, des terres agricoles et plusieurs propriétés privées. Il aurait transporté chaque jour 1,1 million de barils de pétrole des sables bitumineux, essentiellement en vue de l’exportation à partir d’un port situé au Nouveau-Brunswick. Il aurait été le plus important pipeline en Amérique du Nord. Le projet a été abandonné par TransCanada en octobre 2017.