Pesticides: Québec invité à faire preuve de plus de précaution

La commission parlementaire, qui se déroulera jusqu’au 26 septembre, examinera les conséquences des pesticides sur la santé publique et l’environnement.
Photo: iStock La commission parlementaire, qui se déroulera jusqu’au 26 septembre, examinera les conséquences des pesticides sur la santé publique et l’environnement.

À l’instar de l’Europe, Québec devrait appliquer le principe de précaution avant d’utiliser ou de mettre en marché de nouveaux pesticides dans le secteur de l’agriculture, recommandent des chercheurs de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS). Leur mémoire sur l’impact des pesticides dans l’environnement au Québec sera présenté à la commission parlementaire sur les pesticides, dont les auditions publiques débutent lundi à Québec.

« Il y a près de 15 ans, l’Union européenne, entre autres, avait appliqué le principe de précaution pour pouvoir bannir l’atrazine », explique Valérie Langlois, qui fait partie des trois auteurs du mémoire. « L’atrazine représente moins de 5 % des ventes de pesticides au Québec. Présentement, ce serait peut-être un bon moment d’utiliser le principe de précaution et d’arrêter [son] utilisation », note-t-elle. Mme Langlois précise qu’elle et les deux autres coauteurs du mémoire recommandent d’appliquer le principe de précaution à la fois aux nouveaux pesticides, mais également à certains qui sont actuellement utilisés au Québec.

La commission parlementaire, qui se déroulera jusqu’au 26 septembre, examinera les conséquences des pesticides sur la santé publique et l’environnement. Elle se penchera également sur les solutions de remplacement disponibles à venir dans les secteurs de l’agriculture et de l’alimentation. La démarche a été lancée à la suite de l’affaire Louis Robert, un agronome qui avait été congédié par le ministère de l’Agriculture après avoir révélé l’ingérence de l’industrie privée dans la recherche sur les pesticides. M. Robert a retrouvé son poste au début du mois d’août, en plus des mois de salaire perdus et d’une compensation financière, après que le ministre de l’Agriculture, André Lamontagne, lui eut proposé de réintégrer ses fonctions lors d’une conférence de presse.

[Ce] n’est pas une revue de littérature sur tout ce qui s’est fait sur les effets des pesticides, mais seulement un petit échantillon des effets sur la santé humaine et environnementale

Dans un communiqué publié dimanche, la porte-parole de Québec solidaire en matière d’agriculture, Émilise Lessard-Therrien, appelle les députés de la Coalition avenir Québec (CAQ) à établir un plan de sortie des pesticides. Elle rappelle également aux élus qui siègent à la commission de « ne pas céder à la pression du lobby des pesticides ».

Dans leur mémoire qui sera présenté mercredi à la commission, les auteurs ont porté une attention particulière à l’atrazine, qui est un herbicide, et aux néonicotinoïdes (« néonics »), montrés du doigt comme étant des pesticides « tueurs d’abeilles ». « [Ce] n’est pas une revue de littérature sur tout ce qui s’est fait sur les effets des pesticides, mais seulement un petit échantillon des effets sur la santé humaine et environnementale qui ont été mesurés par les chercheurs de l’INRS », précise la chercheuse.

Les chercheurs ont remarqué que les pesticides fréquemment utilisés au Québec agissaient comme des perturbateurs endocriniens et causaient une féminisation des organes reproducteurs mâles chez la majorité des vertébrés. « Leurs organes reproducteurs vont changer de sexe. Même si au niveau de la génétique, il s’agit d’un mâle, on peut voir que les organes reproducteurs vont être des ovaires », illustre la chercheuse.

Ils notent aussi que l’atrazine rend les amphibiens plus vulnérables aux infections parasitaires. Le mémoire conclut également que les néonicotinoïdes contribuent au déclin des populations d’abeilles et d’insectes pollinisateurs.

Chez l’humain, les néonicotinoïdes peuvent également être reliés à des cas de cancers du sein et de l’ovaire, en plus de perturber les hormones liées au développement intra-utérin de l’enfant.

2 commentaires
  • Romain Gagnon - Abonné 23 septembre 2019 08 h 01

    Assurance récolte

    Comme le gouvernement fournit de l'assurance récolte aux producteurs agricoles, il a le beau jeu pour imposer ses normes. Or, il est justement du ressort de l'état de prendre l'initiative de diriger l'industrie vers l'agriculture raisonnée; l'agriculteur typique n'a pas le temps de se garder à jour scientifiquement. De nouvelles techniques de cuture favorisant la santé de la biomasse du sol ont fait leurs preuves à travers le monde mais le lobby industriel des industries chimiques minimise leur crédibilité scientifique. Or ces techniques sont plus écologiques - on s'y attendait - mais aussi sans perte de rendement agricole; elles sont même plus productives à long terme. En effet, l'agriculture moderne est prise dans un cercle vicieux. Plus elle utilise de pesticides et fertilisants chimiques, plus elle affaiblit la biomasse du sol. Et plus elle affaiblit la biomasse du sol, plus la plante cultivée est vulnérable et a besoin de pesticides et fertilisants chimiques. Aussi, une biomasse faible produit une terre plus vulnérable à l'érosion et favorise ainsi le lessivage des pesticides et engrais vers les cours d'eau, polluant ces derniers. Finalement, une biomasse en santé implique une plus grande séquestration du carbone atmosphérique et lutte ainsi contre le réchauffement de la planète. Au lieu de lancer de la poudre aux yeux en interdisant les pailles de plastique qui ont un impact insignifiant sur l'environnement, l'état devrait se concentrer sur les vrais enjeux. Mais, d'abord le Ministre de l'agriculture doit faire ses devoirs. Et ce n'est pas en congédiant ses scientifiques qui ont le courage de sonner l'alarme qu'il y parviendra.

  • Pierre Pontbriand - Abonné 23 septembre 2019 08 h 42

    Pesticides, confort et esthétique

    Attendez une minute. Ce n'est pas qu'une question d'études. C'est aussi une question de principe. Le fait de vouloir tout contrôler au profit du confort des humains doit aussi être remis en question. Nous sommes une espèce parmi d'autres. On doit appliquer un principe de précaution non seulement pour les humains mais aussi pour les autres espèces. Il sera probablement impossible de démontrer hors de tout doute que détruire toute une catégorie du vivant n'a pas d'impact potentiel sur les autres espèces. Notamment, si vous détruisez la nourriture au bas de la chaine alimentaire de plusieurs espèces, comment voulez vous qu'il n'y ait aucun impact. En matière de confort, le principe de précaution doit primer, tout simplement, études ou pas.