Hydro-Québec lance le projet de raccordement d’Énergie Saguenay

L’évaluation des impacts du transport maritime sur le béluga du Saint-Laurent est «incomplète» et ne s’appuie pas sur les «connaissances actuelles», estime Pêches et Océans Canada.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir L’évaluation des impacts du transport maritime sur le béluga du Saint-Laurent est «incomplète» et ne s’appuie pas sur les «connaissances actuelles», estime Pêches et Océans Canada.

Hydro-Québec a déjà entamé le projet de construction d’une ligne électrique afin d’alimenter l’usine de liquéfaction de gaz naturel Énergie Saguenay. On prévoit d’ailleurs de lancer la construction de cette ligne dès 2022. L’étude d’impact du promoteur du complexe industriel n’a toutefois pas encore été jugée complète par les autorités fédérales et provinciales.

Selon ce qu’on peut lire dans des documents publiés jeudi au Registre des évaluations environnementales du Québec, la Société d’État a déposé en août son « avis de projet » pour la construction d’une « ligne de transport » d’environ 45 kilomètres qui servira à fournir de l’électricité à l’usine de GNL Québec. Hydro-Québec précise que « l’étude de planification » de ce projet, dont les coûts ne sont pas encore précisés, a été lancée « en réponse à la demande de GNL Québec ».

Des inventaires sur le terrain « seront réalisés pour les différentes composantes du milieu naturel et humain susceptibles d’être affectées par le projet, notamment les milieux humides et hydriques, les espèces fauniques et floristiques à statut particulier, ainsi que le paysage et l’utilisation du territoire », souligne Hydro-Québec.

La Société d’État indique également que la zone à l’étude pour la construction de cette ligne comprend « de nombreux milieux humides » et des cours d’eau, mais aussi de « nombreuses traversées d’autoroutes et de routes ».

Pourquoi lancer les démarches maintenant, alors que l’évaluation environnementale du projet est à peine commencée ? « Les études d’ingénierie d’avant-projet sont lancées, ce qui est normal et essentiel pour qu’un tel client puisse faire ses études de rentabilité et une saine gestion de projet. Nous agissons de la même façon dans tous les projets et nous en avons plus d’une centaine en cours », a répondu Hydro-Québec jeudi.

« Nous avons des lettres de garanties financières de la part des promoteurs de projets pour tous les frais encourus. Ces lettres seront encaissées si le projet ne va pas de l’avant. Ainsi, Hydro-Québec ne court aucun risque financier », a-t-on ajouté par courriel.

Construction

Hydro-Québec précise en outre, dans les documents mis en ligne jeudi, un « calendrier de réalisation », qui comprend le dépôt de l’étude d’impact au début de 2021, mais aussi la construction dès le début de 2022 et la « mise en service » au printemps 2024.

Selon les informations disponibles jeudi au registre des lobbyistes, GNL Québec a inscrit sept lobbyistes dont le mandat comprend des démarches en vue de « l’obtention de puissance hydroélectrique ». Leur mandat vise notamment Hydro-Québec.

L’entreprise Gazoduq, qui prévoit de construire le gazoduc de 780 kilomètres qui alimentera en gaz de l’Ouest l’usine de GNL Québec, a pour sa part inscrit huit lobbyistes dont le mandat comprend des représentations auprès d’Hydro-Québec.

Étude incomplète

Ce démarrage du projet de ligne de transport d’électricité survient alors que l’étude d’impact du projet est toujours en cours d’analyse au ministère de l’Environnement du Québec, mais aussi au moment où l’Agence canadienne d’évaluation environnementale a envoyé à GNL Québec plusieurs demandes de précisions concernant l’étude d’impact du projet d’exportation de gaz naturel de l’Alberta.

Pêches et Océans Canada soutient en effet que l’évaluation des effets du transport maritime sur le béluga du Saint-Laurent est tout simplement « incomplète » et qu’elle ne s’appuie pas sur les « connaissances actuelles ». Qui plus est, le promoteur n’a mené aucune étude pour tenter de trouver un emplacement qui serait situé en dehors de l’habitat essentiel du cétacé, alors que la Loi sur les espèces en péril l’exige.

L’Agence fédérale demande également à GNL Québec de démontrer que le gaz naturel qui sera exporté à partir de son usine « permettra le remplacement d’énergies plus polluantes comme le charbon, à l’aide de références ».

« Nous discutons avec des pays et des clients où les politiques énergétiques publiques et les utilisations concrètes du gaz naturel s’inscrivent dans les objectifs de transition énergétique et de lutte contre les GES, objectif qui est la raison d’être du projet », a déjà indiqué l’entreprise GNL Québec, par écrit, tout en promettant de fournir les réponses exigées par les autorités fédérales.

Dans son « avis de projet » déposé au Registre québécois, GNL Québec souligne que le projet s’inscrit dans un « contexte » où « la production de gaz naturel de l’Ouest canadien qui était auparavant exportée vers les États-Unis sature maintenant le marché canadien et crée des surplus. Simultanément, la capacité de production de gaz naturel au Canada augmente, entraînant une baisse de prix du gaz en Amérique du Nord, ce qui accroît l’intérêt pour l’exportation du gaz naturel vers les marchés mondiaux ».