Prendre la mesure de l’impact des changements climatiques

La ministre fédérale de l'Environnement, Catherine McKenna
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne La ministre fédérale de l'Environnement, Catherine McKenna

Ottawa a officiellement lancé jeudi un portail de données pour guider les décideurs dans leur adaptation au nouveau climat. Un outil salué par plusieurs, mais qui ne doit pas éluder « l’éléphant dans la pièce » : la nécessaire réduction des émissions, plaident des organismes environnementaux.

« Nous avons un grand défi devant nous. Nous devons planifier et connaître le futur pour protéger les gens », a lancé d’emblée la ministre fédérale de l’Environnement, Catherine McKenna, lors de la présentation du portail donneesclimatiques.ca, à Montréal.

Celle-ci a aussi rappelé que le pays se réchauffe « deux fois plus vite que le reste du monde », en écho aux conclusions d’un récent rapport d’Environnement Canada. D’où « l’urgence d’agir », a-t-elle martelé.

« Le gouvernement documente les impacts des changements climatiques qu’il alimente lui-même par son manque d’action. C’est presque cynique », juge pour sa part Patrick Bonin, de Greenpeace. S’il qualifie de « positif » la mise en ligne de ce nouvel outil « bien fait », il estime qu’Ottawa doit d’abord et avant tout réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES).

« Le fédéral n’a pas de plan crédible pour respecter l’Accord de Paris. Ni même pour atteindre sa propre cible de réduction des GES pour 2030, qu’il est en voie de rater complètement par près de 80 millions de tonnes », soutient M. Bonin.

Un avis que partage Caroline Brouillette, chercheuse senior en changements climatiques chez Équiterre. « Le portail facilitera la mise en place de mesures d’adaptation, mais il faut absolument miser sur l’atténuation — la réduction des GES — pour éviter le pire et contenir le réchauffement de la planète à 1,5 °C », dit-elle.

Projections

Le site donneesclimatiques.ca, en ligne depuis juin, regroupe un vaste nombre de données vulgarisées que l’usager peut consulter en fonction d’un lieu ou d’un secteur d’activités (comme la santé publique), ou encore selon la variable qu’il recherche (jours de gel, précipitations…). Un exemple ? L’évolution du mercure à Montréal d’ici 2100.

Selon le scénario d’émissions élevé, la métropole pourrait enregistrer une température annuelle moyenne de 12,6 °C pour les trente dernières années du présent siècle. À titre comparatif, elle était de 6,4 °C entre 1951 et 1980.

Le portail est le fruit de plus d’une année de travail entre différents partenaires. Parmi ceux-ci figurent le consortium de scientifiques et experts en climatologie Ouranos, le Centre de recherche informatique de Montréal (CRIM), et le Centre canadien des services climatiques. L’initiative, qui s’adresse tant aux ingénieurs qu’aux urbanistes, en passant par les médecins et les maires, est financée en partie par Ottawa.

Déjà, les acteurs impliqués dans le projet comptent ajouter davantage d’informations à la plateforme, dont de nouvelles variables et des études de cas. Ils espèrent aussi récolter les commentaires des usagers pour bonifier la plateforme.