18 municipalités du Québec touchées par le tracé du gazoduc de l’entreprise Gazoduq

Le gazoduc destiné à la mise en marché de gaz naturel de l’Alberta devrait s’étendre sur une distance de 782 kilomètres, dont «environ» 720 kilomètres au Québec, de l’Abitibi au Saguenay.
Photo: iStock Le gazoduc destiné à la mise en marché de gaz naturel de l’Alberta devrait s’étendre sur une distance de 782 kilomètres, dont «environ» 720 kilomètres au Québec, de l’Abitibi au Saguenay.

Le futur gazoduc conçu pour transporter du gaz naturel albertain jusqu’au Saguenay, en vue de son exportation, devrait traverser le territoire de 18 municipalités du Québec, indique le tracé précisé par l’entreprise Gazoduq. Les documents publiés cette semaine confirment aussi que l’évaluation du projet sera complètement distincte du complexe de liquéfaction Énergie Saguenay, même si les deux projets sont liés.

Après avoir dévoilé en novembre un « corridor » pour l’implantation de ce nouveau gazoduc en sol québécois, Gazoduq a précisé une zone d’aménagement privilégiée (ZAP) d’une largeur moyenne de 400 mètres sur les terres publiques et d’environ 200 mètres sur les terres privées.

Selon le tracé détaillé au ministère de l’Environnement du Québec, le gazoduc destiné à la mise en marché de gaz naturel de l’Alberta devrait s’étendre sur une distance de 782 kilomètres, dont « environ » 720 kilomètres au Québec, de l’Abitibi au Saguenay.

Les documents présentés par Gazoduq permettent aussi de constater que le futur gazoduc d’un mètre de diamètre s’implanterait dans une « emprise permanente » de 30 mètres de largeur sur le territoire de 18 municipalités du Québec. Un total de sept municipalités sont situées en Abitibi, dont Rouyn-Noranda. Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, la conduite de gaz traverserait le territoire de 10 municipalités, dont Saguenay et Roberval.

L’entreprise dit avoir réussi « à éviter la grande majorité des zones potentiellement sensibles » identifiées, dont les lacs, les parcs et les aires protégées désignées ou proposées. Les documents mis en ligne sur le site du ministère de l’Environnement du Québec ne précisent toutefois pas si des cours d’eau seraient traversés, notamment des rivières ou des milieux humides.

« Le nombre total de cours d’eau sera documenté dans notre étude d’impact », a indiqué vendredi la directrice, Affaires publiques, de l’entreprise, Marie-Christine Demers. Des « inventaires » de la faune et de la flore le long du tracé sont aussi prévus au cours des prochains mois..

Décision à Ottawa

Gazoduq prévoit encore de « peaufiner » le tracé de son gazoduc. Le tracé final sera présenté dans l’étude d’impact du projet qui sera déposé au gouvernement du Québec et à l’Office national de l’énergie « d’ici la fin de 2019 ». Selon la réglementation en vigueur, la décision d’autoriser la construction de ce gazoduc revient uniquement au gouvernement fédéral.

« Nous sommes déterminés à ce que notre projet contribue de façon importante à la lutte contre les changements climatiques à l’échelle mondiale, permettant ainsi au Québec de jouer un rôle de chef de file à cet égard. Nous nous engageons à poursuivre le dialogue avec toutes les communautés tout au long du développement de notre projet afin de minimiser ses impacts et de maximiser les retombées locales », précise le président de Gazoduq, Louis Bergeron, dans les communiqués régionaux publiés par l’entreprise.

Avant de se joindre à Gazoduq, une entreprise fondée en 2018, M. Bergeron a été vice-président du défunt projet Énergie Est de TransCanada.

Gazoduq a six lobbyistes inscrits au registre québécois. Leur mandat implique notamment des démarches pour « obtenir tous les autorisations et permis requis afin de compléter le projet ». L’entreprise a également engagé sept lobbyistes-conseils rémunérés pour mener des démarches afin de « faciliter l’obtention des autorisations et permis requis » pour la construction du gazoduc.

Sept millions de tonnes de GES

Le gazoduc de Gazoduq servira à alimenter un seul client, soit le complexe de liquéfaction Énergie Saguenay. C’est là que sera acheminé chaque année du gaz naturel albertain exploité principalement par fracturation et transporté dans un premier temps par le réseau Canadian Mainline de TransCanada.

Le complexe industriel Énergie Saguenay, directement lié au projet de gazoduc, mais étudié selon un processus d’évaluation environnemental distinct, doit permettre de liquéfier et d’exporter par navires 11 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié chaque année. Quelque 160 méthaniers traverseront ainsi chaque année le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent.

Les émissions annuelles de gaz à effet de serre liées au projet d’usine de liquéfaction atteindront plus de sept millions de tonnes, si on tient compte des émissions imputables à l’exploitation et au traitement du gaz naturel dans l’Ouest. Cela équivaut à annuler en une seule année l’essentiel des réductions d’émissions du Québec depuis 1990.

Le gouvernement de François Legault et celui de Justin Trudeau ont toutefois décidé de ne pas tenir compte des émissions de gaz à effet de serre de la production gazière dans leurs évaluations environnementales respectives. Selon le plus récent bilan des émissions du secteur gazier au Canada, cette industrie représentait en 2017 plus de 50 millions de tonnes de gaz à effet de serre.