«Gardez vos forces, ça va être long», dit le maire de Rigaud

Les soldats de l’armée canadienne continuent de patrouiller et de venir en aide aux sinistrés, comme ici à Rigaud.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les soldats de l’armée canadienne continuent de patrouiller et de venir en aide aux sinistrés, comme ici à Rigaud.

André Nadeau habite depuis 55 ans au bord de la rivière des Outaouais dans le chemin de la Pointe-Séguin, à Rigaud. Il n’avait jamais vu des inondations comme celles du printemps 2017. Deux ans plus tard, l’eau s’approche une fois de plus d’un niveau record.

« Les changements climatiques, on a les deux pieds dedans. Ceux qui n’y croient pas devraient venir voir ici. C’est évident que le climat change », dit-il en marchant péniblement dans la rue envahie par un demi-mètre d’eau.

« Tu veux savoir pourquoi on a construit une maison en zone inondable ? C’est simple : ce n’était pas une zone inondable. Quand j’étais petit, j’attendais l’autobus scolaire le long de la rue là-bas, même quand l’eau montait à la fonte des neiges. Des inondations, il n’y en avait pas », ajoute-t-il. Les eaux avaient envahi le chemin en 1976, mais ce n’était rien de comparable avec les inondations de 2017 et de cette année.

 

Comme tous ses voisins, André Nadeau a peu dormi depuis quatre jours. Il doit constamment surveiller les pompes qui évacuent l’eau de son drain français. Il ne peut plus utiliser sa douche ou ses toilettes, car il est impossible d’évacuer l’eau.

Le résident de Rigaud approuve l’idée évoquée en fin de semaine par le premier ministre François Legault de condamner les maisons situées en zone inondable. Il accepterait sans hésitation les 200 000 $ dont a parlé le premier ministre pour racheter les maisons inondées. Même si sa maison est évaluée à 265 000 $.

« J’accepterais l’offre, moi aussi. Les inondations, je ne suis plus capable », ajoute sa voisine, qui se présente comme Ginette. La femme de 65 ans a dû embarquer à bord d’un véhicule blindé de l’armée pour sortir chercher des provisions. La présence de ces tanks de huit roues, munis d’un canon, donne un air surréel à la région.

Le chemin de la Pointe-Séguin est devenu une rivière. Tout juste trois jours auparavant, les voitures pouvaient se frayer un passage dans ce chemin bucolique. Plus maintenant. « Je suis fatiguée », dit Ginette en soupirant. Les traits tirés. Un peu déboussolée.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La chaloupe a remplacé l’automobile dans certaines rues de Rigaud.

Ça monte encore

Le secteur de Rigaud, en Montérégie, est une des régions les plus durement touchées par la crue. Mardi matin, 193 familles des alentours avaient trouvé refuge au centre d’hébergement temporaire aménagé dans la municipalité ; 42 autres familles logeaient chez des proches.

La Beauce demeure la région la plus sévèrement touchée par les inondations à la suite du débordement historique de la rivière Chaudière ; 853 Beaucerons ont été évacués, 1863 résidences inondées et 86 autres isolées — elles ne sont pas inondées, mais ne peuvent être rejointes en raison de voies d’accès inondées ou de glissements de terrain.

Le nombre de sinistrés dans le corridor inondé, soit de l’Outaouais à Chaudière-Appalaches, a légèrement diminué mardi. Selon un bilan diffusé en après-midi, 1408 personnes avaient été évacuées, 2883 résidences inondées et 2192 résidences isolées.

Le pire est prévu mercredi : les experts de la sécurité civile estiment que le niveau de la rivière des Outaouais et du lac Saint-Pierre atteindra son apogée au plus tard en soirée. Les précipitations plus faibles que prévu ont contribué à stabiliser la crue à certains endroits. Le niveau de l’eau a commencé à baisser sur la rivière Chaudière, en Beauce.

Patrouilleurs à l’affût

Même si l’eau semble en voie de se stabiliser, le maire de Rigaud, Hans Gruenwald Jr., recommande aux citoyens de profiter de l’aide offerte aux sinistrés. « Gardez vos forces, mes amis, parce que ça va être long. Quand on dépense toutes nos énergies au commencement, il n’en reste pas pour continuer. Quand on n’est plus capables, c’est là qu’on prend des décisions hâtives pour lesquelles on souffre ensuite », a-t-il dit lors d’un point de presse mardi matin.

« En 2017, il y a des gens qui ont mis leur santé en péril pour faire des sacs de sable, garder le fort et partir à la toute fin, quand l’eau a encore monté. Le gros du travail va se faire quand l’eau va se retirer », a renchéri Daniel Boyer, chef du service des incendies de Rigaud et coordonnateur des mesures d’urgence.

Les pompiers, appuyés par 200 policiers de la Sûreté du Québec, 960 militaires et d’autres partenaires de la sécurité civile, ont patrouillé dans les zones inondées partout au Québec pour offrir d’évacuer des citoyens en détresse. Très peu d’évacuations ont eu lieu mardi. Les gens qui devaient quitter leur maison l’ont fait dans les derniers jours.

Chiens, chats et perroquet

« L’important est d’évacuer les personnes âgées, les enfants et les animaux. Sinon, ce n’est pas la catastrophe. Le monde est débrouillard, on sait comment s’organiser », dit Marc, un résident de la rue Josée à Rigaud, qui aidait les secouristes à faire le tour du quartier avec sa chaloupe.

« On a évacué nos chiens et nos chats, mais on a gardé notre perroquet : il parle trop, dit-il. La vie continue. Je vais faire du barbecue cet après-midi sur mon balcon. »

Marc n’est pas inquiet, même si sa maison a l’air d’une île déserte au milieu d’un lac. Les fenêtres du sous-sol sont placardées et protégées à l’aide de sacs de sable. L’électricité est coupée au sous-sol pour éviter des courts-circuits. Deux pompes évacuent l’eau en alternance.

Ce père de famille s’est établi dans le secteur il y a huit mois en connaissant les risques d’inondation. Les anciens propriétaires, qui étaient âgés de 78 ans et 82 ans, n’avaient plus la force d’affronter la montée des eaux. Pour Marc, l’inondation n’est qu’un mauvais moment à passer.

Avec La Presse canadienne