La baisse de participation du public fait réfléchir le BAPE

Les audiences du BAPE sur le projet de l’oléoduc Énergie Est avaient attiré un grand nombre d’opposants à Lévis, en mars 2016. En général, la participation aux audiences est néanmoins à la baisse, reconnaît toutefois le président de l’organisme.  
Photo: Les audiences du BAPE sur le projet de l’oléoduc Énergie Est avaient attiré un grand nombre d’opposants à Lévis, en mars 2016. En général, la participation aux audiences est néanmoins à la baisse, reconnaît toutefois le président de l’organisme.  

La sensibilité des jeunes pour les enjeux environnementaux ne se traduit pas par une forte participation aux audiences du Bureau des audiences publiques sur l’environnement (BAPE), déplore l’organisme, qui envisage d’ouvrir la porte à la participation en ligne.

Le président du BAPE ne s’en cache pas : le participant type de ses audiences est un homme blanc à la retraite. « Les femmes sont moins présentes, les jeunes sont moins présents, les communautés culturelles aussi », explique son nouveau patron, Philippe Bourke, nommé il y a un peu plus d’un an.

« Il faut prendre acte du fait que la société évolue. Si on veut continuer à être un acteur important, il faut s’adapter », poursuit le nouveau président, qui a auparavant dirigé pendant plus de 20 ans le Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement du Québec.

Depuis 1978, le BAPE s’est prononcé sur l’impact environnemental de pas moins de 345 projets au Québec, qu’il s’agisse de routes, de mines ou encore de chantiers hydroélectriques.

Dans le cadre de ses audiences publiques de quatre mois, ses commissaires jouissent d’un pouvoir d’enquête qui leur permet notamment d’exiger d’un promoteur qu’il rende publics certains documents. Il a en outre la responsabilité d’entendre tous les groupes et citoyens qui souhaitent déposer un mémoire ou s’exprimer sur le projet lors des audiences.

Or la formule classique des audiences publiques « tenues le soir dans un centre communautaire » ne permet pas de rejoindre un échantillon « représentatif » de la population, croit M. Bourke.

Depuis quelques années, les séances sont diffusées sur le Web, mais l’organisation veut aller plus loin.

« C’est fort possible que, bientôt, on se dote de plateformes de participation plus formelles qui vont être plus adaptées, mais pour l’instant on n’a pas encore trouvé la bonne formule », poursuit-il.

Réticences

En attendant, l’organisme présentera mardi de nouveaux partenariats, notamment avec le Secrétariat à la Jeunesse et l’organisme Femmes démocratie et politique, ainsi que de nouveaux outils de communication.

Surtout, il fait son entrée sur les réseaux sociaux dans le but de rendre plus accessible l’information sur ses travaux.

« L’idée d’aller sur Facebook, ce n’est pas de créer un forum de discussion, mais plutôt un moyen de mieux communiquer aux citoyens ce qu’est le BAPE, ce qu’il fait et quand il y a des travaux », explique le président du BAPE.

« On avait déjà mis timidement le pied sur la plateforme Twitter. Mais, pour toutes sortes de raisons, les médias sociaux n’étaient pas perçus très positivement. On voyait les risques que ça puisse interférer avec notre volonté de préserver un certain respect, un décorum dans nos travaux. On voulait éviter que les médias sociaux deviennent une sorte de voie parallèle de participation, mais là, on voit bien que c’est un incontournable si on veut rejoindre davantage certains types de clientèles, dont les jeunes. »

En fait, l’organisme quasi judiciaire n’a pratiquement fait l’objet d’aucune réforme depuis sa création en 1978, il y a quarante ans, note-t-il. « Et c’est correct, parce qu’on ne veut pas nuire à ce qui fait notre succès : sa neutralité, son indépendance, la rigueur de ses travaux. »

Le simple fait que son président accorde une entrevue ou tienne une conférence de presse est en soit une quasi-révolution, poursuit-il.

La refonte par les libéraux de la Loi sur la qualité de l’environnement (LQE) l’a toutefois affecté puisque le ou la ministre du Développement durable peut désormais recourir à son pouvoir discrétionnaire pour ordonner la tenue d’audiences du BAPE sur des projets qui n’y sont pas assujettis d’emblée.

L’an dernier, le gouvernement Couillard avait par ailleurs été vertement critiqué pour son refus de rendre les nominations à la tête du BAPE potentiellement moins partisanes. Les commissaires du BAPE sont toujours sélectionnés par des représentants du gouvernement, alors que les oppositions réclamaient que cela relève de l’Assemblée nationale.