Des caribous victimes de braconnage à Val-d’Or et en Gaspésie

Le ministère dit avoir pris des mesures pour mieux surveiller les deux hardes de caribous victimes de braconnage.
Photo: Jean-Simon Bégin Le ministère dit avoir pris des mesures pour mieux surveiller les deux hardes de caribous victimes de braconnage.

Le ministère de la Faune affirme avoir augmenté ses efforts de surveillance des caribous forestiers, après la découverte la semaine dernière de deux spécimens de la harde de la région de Val-d’Or visiblement victimes de braconnage. Ces cas font suite au braconnage récent d’un autre caribou, cette fois en Gaspésie.

Selon ce qu’a indiqué Sylvain Carrier, de la direction des communications du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, des agents de protection de la faune ont retrouvé le 22 novembre deux carcasses de caribous forestiers au sud de Val-d’Or.

« Le dossier est présentement sous enquête par les agents de protection de la faune. Nous avons des motifs de croire qu’il pourrait s’agir d’un acte de braconnage », a-t-il précisé, par courriel.

Cette découverte est survenue quelques jours après la découverte d’un autre caribou forestier qui aurait été victime de braconnage, mais cette fois près du parc national de la Gaspésie.

Dans ce contexte, le ministère dit avoir pris des mesures pour mieux surveiller les deux hardes. « Conformément au Plan d’action pour l’aménagement de l’habitat du caribou forestier annoncé en avril 2016, les agents de protection de la faune ont augmenté depuis les efforts de surveillance relativement à la protection du caribou forestier », a assuré M. Carrier.

Selon la législation québécoise, il est non seulement formellement interdit d’abattre un caribou forestier, mais un tel geste est passible d’une amende de 20 000 $, pour une première infraction. « De plus, trouver un caribou des bois blessé, mort, ou encore tué accidentellement, doit obligatoirement être déclaré sans délai à un agent de protection de la faune », précise le ministère.

Hardes menacées

Ces abattages illégaux sont évidemment de mauvaises nouvelles pour ces hardes au seuil de l’extinction. Celle de Val-d’Or, qui ne comptait pas plus de 18 bêtes avant l’épisode de braconnage, avait attiré l’attention au printemps 2017, lorsque le gouvernement de Philippe Couillard avait annoncé son intention de déménager les derniers individus vers le zoo de Saint-Félicien.

Cette décision, qui avait été prise alors que Québec ne détenait pas d’étude de viabilité sur cette population, avait soulevé une vive controverse. C’est finalement le zoo de Saint-Félicien qui a fait avorter le projet, en s’en dissociant. L’ancien ministre de la Faune Luc Blanchette a par la suite décidé de laisse la harde disparaître, estimant que les investissements pour tenter un sauvetage étaient « trop importants par rapport à la probabilité de réussite ».

Dans le cas des caribous de la Gaspésie, la situation est également critique. Cette harde ne compterait désormais pas plus de 75 individus, alors que la population accuse déjà un recul de 60 % depuis 10 ans.

Spécialiste de l’espèce, le biologiste Martin-Hugues St-Laurent estime que leur disparition pourrait intervenir d’ici quelques années, si rien n’est fait pour assurer la survie de ces animaux affectés notamment par les impacts des coupes forestières sur les milieux naturels.

En plus du caribou forestier, le caribou migrateur, qui vit plus au nord, connaît un déclin très important. En fait, selon une évaluation du Comité sur la situation des espèces en péril au Canada, il devrait même être classé « en voie de disparition ».

À titre d’exemple, le comité cite le cas de la harde de la rivière George au Québec et au Labrador. Ses effectifs, qui atteignaient « plus de 800 000 individus en 1993 », ont maintenant chuté à un niveau sans précédent », soit 5500 bêtes. Il s’agit d’une baisse de 99 % en 25 ans. L’autre harde importante du nord québécois connaît également « un grave déclin ».