Des dizaines de milliers de marcheurs pour le climat à Montréal

Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont marché samedi dans les rues du centre-ville de Montréal pour signifier leur appui à des mesures plus ambitieuses de lutte contre les changements climatiques.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont marché samedi dans les rues du centre-ville de Montréal pour signifier leur appui à des mesures plus ambitieuses de lutte contre les changements climatiques.

Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont marché samedi dans les rues du centre-ville de Montréal pour signifier leur appui à des mesures plus ambitieuses de lutte contre les changements climatiques. Le nouveau gouvernement de François Legaut aura d’ailleurs fort à faire pour espérer respecter les objectifs du Québec.

Avant même le début de la marche, la Place des Festivals, qui peut accueillir 30 000 personnes, débordait déjà de citoyens venus pour plusieurs en famille pour manifester leur soutien aux politiques de lutte contre les dérèglements du climat. Selon les organisateurs, le collectif « la planète s’invite au Parlement », plus de 50 000 personnes auraient pris part à cette manifestation, qui s’est terminée au pied du Mont-Royal en fin d’après-midi.

D’autres manifestations étaient prévues samedi dans différentes villes du Québec, dont Sherbrooke, Trois-Rivières, Rimouski et Cacouna. À Québec, la marche a surtout été l’occasion de dénoncer le projet de troisième lien, cher au gouvernement de la Coalition Avenir Québec.

Urgence climatique

Les marcheurs présents à Montréal revendiquaient la reconnaissance, par le gouvernement Legault, de «l’urgence climatique», mais aussi de la nécessité de protéger «la biodiversité», directement mise en péril par les dérèglements du climat provoqués par l’activité humaine.

Ils réclament également la mise en oeuvre d’un plan climatique qui permette de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 45 % d’ici 2030. Cette cible est inscrite dans le plus récent rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Elle permettrait de limiter le réchauffement à 1,5°C, et donc d’éviter les pires effets des changements climatiques.

Malgré un froid mordant, en raison du vent, les manifestants ont marché pendant plus de deux heures. «Si la planète était une banque, elle aurait été sauvée depuis longtemps», pouvait-on lire sur une pancarte. «So so so, sauvons la planète», lançaient certains. D’autres, plus ironiques, avaient déployé une banderole sur laquelle on pouvait lire: «Tout va bien».

Pacte pour la transition

Le cortège comptait plusieurs artistes signataires du « Pacte pour la transition », qui a été lancé cette semaine à l’initiative du metteur en scène Dominic Champagne et qui a dépassé samedi les 150 000 signatures.

Richard Séguin a d’ailleurs salué cette nouvelle initiative, «qui porte un message très nuancé, très réaliste et tourné vers l’espoir». «Je crois en la puissance du message qui est envoyé par les gens qui descendent dans la rue. C’est le peuple qui s’exprime, comme on le fait il y a de cela quelques années pour protéger le mont Orford», a ajouté M. Séguin. «J’espère que M. Legault se souviendra de ce qu’il a promis récemment, lorsqu’il a dit qu’il avait entendu la population», sur l’importance des questions environnementales.

La militante d’origine innue Melissa Mollen Dupuis a pour sa part rappelé l’importance de lutter contre les changements climatiques pour les nations autochtones. «Les Premières nations seront directement touchées par les impacts des changements climatiques, notamment dans le Nord du Québec. Et la perte de biodiversité liée aux impacts des changements climatiques aura aussi des effets importants sur les ressources naturelles des territoires.»

Message politique

Présent à la marche, le député péquiste Sylvain Gaudreault a pour sa part réaffirmé la volonté de sa formation de voir le gouvernement Legault adopter une «Loi antidéficit climatique». «Nous sommes rendus-là. Il faut des cibles contraignantes pour atteindre nos objectifs de réductions de gaz à effet de serre. D’autres pays l’ont fait. Nous pouvons le faire», a-t-il dit.

Du côté de Québec solidaire, on a dénoncé le manque d’ambition climatique de la part des gouvernements successifs au Québec. «Depuis des années, la classe politique prend la question climatique à la légère. Mais avec une manifestation comme aujourd’hui, avec le message clair qui est envoyé par la société société civile, on espère que la classe politique va enfin prendre au sérieux ce défi climatique, qui est le grand défi de notre époque», a fait valoir le député Gabriel Nadeau-Dubois.

«Il est intéressant de voir des représentants du gouvernement à cette manifestation. Mais il est plus que temps de passer de la parole aux actes», a-t-il ajouté.

La nouvelle ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, MarieChantal Chassé, était d’ailleurs présente à la marche. Le Devoir a tenté, en vain, de parler à la ministre avant le début de la marche. «Aucune entrevue n’est prévue», a répondu son attachée de presse, Marie-Julie Couturier. Cette dernière a invité Le Devoir à recontacter le cabinet de la ministre après la marche. Le cabinet n’a pas donné suite à notre demande d’entrevue.

Échec en vue

Le gouvernement aura fort à faire pour placer le Québec sur la voie de l’atteinte de ses objectifs climatiques. Selon le bilan mi-parcours du Plan d’action 2013-2020 sur les changements climatiques, le Québec est en voie de rater complètement ses objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre (GES).

Le Québec s’est engagé à réduire ses émissions de GES de 20 % d’ici 2020, par rapport à 1990. Or, selon les plus récentes données officielles, qui remontent à 2015, les émissions ont été réduites de seulement 8,8 %. Et malgré des investissements prévus de plus de quatre milliards de dollars de fonds publics, le plan climat du Québec permettra, au mieux, de « stabiliser » les émissions de GES.

Le secteur des transports compte à lui seul pour plus de 40 % du bilan de la province. Selon le bilan du ministère de l’Environnement, il y a « urgence d’agir » dans les transports pour espérer atteindre les objectifs de réduction de GES du plan climatique gouvernemental.