Dominic Champagne met le climat à l’ordre du jour de François Legault

Selon Dominic Champagne, le récent changement de gouvernement au Québec signifie que les signataires du Pacte pour la transition sont «face à une page blanche en environnement».
Photo: Eitan Abramovich Agence France-Presse Selon Dominic Champagne, le récent changement de gouvernement au Québec signifie que les signataires du Pacte pour la transition sont «face à une page blanche en environnement».

Deux jours après le lancement du « Pacte pour la transition », son instigateur, Dominic Champagne, estime être parvenu à ouvrir le dialogue avec le premier ministre François Legault, qui a accepté de le rencontrer vendredi pour discuter des enjeux climatiques du Québec. Il faut dire que le nouveau gouvernement caquiste est déjà sous pression, en raison de la multiplication des initiatives en faveur d’une action ambitieuse pour limiter les bouleversements du climat.

Le metteur en scène Dominic Champagne s’est présenté vendredi matin au bureau du premier ministre fort de l’appui des quelque 125 000 personnes qui avaient signé son Pacte, et ce, en seulement 48 heures.

Il en est d’ailleurs ressorti en se disant convaincu d’avoir « ouvert un dialogue » avec M. Legault, et ce, même si les dossiers environnementaux n’ont pas été au coeur de la campagne caquiste. « Il a été très à l’écoute. La préoccupation semble sincère et bien réelle », a-t-il expliqué au Devoir, après sa rencontre d’une heure avec François Legault et la ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, MarieChantal Chassé.

Contrairement à la position d’« opposants » qui caractérise bien souvent le mouvement environnementaliste, Dominic Champagne a souligné que ce dialogue s’inscrit dans une dynamique d’ouverture. « On voulait établir une relation de confiance avec le premier ministre, parce qu’on ne souhaite pas se cantonner dans l’opposition. Nous voulons chercher activement des solutions. »

« En même temps, a-t-il ajouté, nous allons garder une saine distance, parce que nous voulons surtout relayer l’appel à la raison scientifique, qui nous dit plus clairement que jamais qu’il y a urgence d’agir. Et je crois que si la société civile se lève et s’exprime, nous allons pouvoir faire entendre raison à ceux qui nous gouvernent. On ne se positionne pas aujourd’hui dans un esprit d’affrontement. On veut s’orienter vers la transition, fièrement. »

Dominic Champagne souhaite également que le gouvernement caquiste évite le « piège » dans lequel serait selon lui tomber le gouvernement libéral fédéral. « On ne veut pas se retrouver avec un gouvernement comme celui de Justin Trudeau, qui affirme que le Canada va respecter ses objectifs climatiques et qui ratifie l’Accord de Paris, mais qui en même temps nationalise le pipeline Trans Mountain en le rachetant pour 4,5 milliards de dollars. »

Selon lui, le récent changement de gouvernement au Québec signifie que les signataires du Pacte pour la transition sont « face à une page blanche en environnement ». La rencontre de vendredi aurait d’ailleurs permis d’y inscrire un premier élément, a précisé Dominic Champagne. « Nous avons convenu, et j’espère que ça va se concrétiser, d’une rencontre de scientifiques pour placer la science au coeur des décisions. Et j’ai senti de la bonne volonté de la part du premier ministre, qui semble vouloir faire appel à la raison. »

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les zones humides riches de tourbe, comme les tourbières du nord du Québec, doivent être protégées, car elles constituent de formidables «éponges» à carbone.

Le cabinet de François Legault a cependant refusé vendredi de confirmer l’engagement à tenir une telle rencontre. Son attachée de presse, Nadia Talbot, a simplement indiqué au Devoir un tweet du premier ministre publié à la suite de la rencontre. « Excellente rencontre avec Dominic Champagne. Nous avons entamé un dialogue très constructif à propos de la lutte contre les changements climatiques. Le gouvernement du Québec fera partie de la solution », y soulignait le premier ministre.

Le bureau de M. Legault a également confirmé que trois ministres seront présents samedi à Montréal à la « grande marche pour le climat » organisée par le collectif « La planète s’invite au parlement ». Il s’agit de MarieChantal Chassé, de la ministre déléguée aux Transports, Chantal Rouleau, et du président du Conseil du trésor, Christian Dubé.

Passage obligé

Cette manifestation organisée par un « collectif citoyen » s’inscrit dans la foulée d’autres initiatives en développement à l’heure actuelle dans la province, constate Karel Mayrand, directeur général pour le Québec de la Fondation David Suzuki. « Dans le passé, on a souvent vu des mouvements d’opposition à des projets précis, comme le pipeline Énergie Est ou l’industrie du gaz de schiste. Mais ce qu’on voit de plus en plus, ce sont des actions en faveur de l’action climatique. »

C’est ainsi que des groupes ont choisi de rédiger une « Déclaration d’urgence climatique » qui peut être adoptée par les conseils municipaux, pour faire pression sur les autres échelons gouvernementaux. Cette semaine, par exemple, la Communauté métropolitaine de Montréal, qui représente 82 municipalités et près de trois millions de Québécois, a adopté une telle déclaration.

Spécialiste des changements climatiques depuis plus de trente ans, la biologiste Catherine Potvin estime d’ailleurs que des initiatives comme le Pacte pour la transition ou la Déclaration d’urgence climatique sont essentielles pour en arriver à transposer les constats scientifiques dans l’action politique. « C’est absolument essentiel de voir émerger des initiatives citoyennes sur les enjeux climatiques. La science peut seulement mettre en évidence les constats et nous expliquer les conséquences de nos gestes et de nos décisions. Mais nous, les scientifiques, nous n’avons pas le contrôle des actions des gens et des gouvernements. »

Professeure au Département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale de l’UQAM, Corinne Gendron estime pour sa part qu’au-delà du « contexte propice » aux initiatives citoyennes en faveur du climat, il importe de rappeler qu’une grande part de la responsabilité « revient aux décisions des infrastructures, notamment politiques et économiques ».

Un point de vue que partage Normand Mousseau, auteur du livre Gagner la guerre du climat : 12 mythes à déboulonner. « C’est pour cela que le Pacte pour la transition souligne le besoin de s’assurer que toutes les actions du gouvernement vont dans la même direction, afin que chaque effort et chaque dollar nous amènent vers le but recherché. C’est possible. Des pays ailleurs dans le monde l’ont fait. Ils ont démontré qu’en se donnant une vision environnementale claire, on peut s’enrichir et on peut avoir une meilleure société. »

7 commentaires
  • Robert Bernier - Abonné 10 novembre 2018 09 h 17

    Manifestons aujourd'hui

    Grande marche aujourd'hui: Place des Festivals, 14h00. Nous y serons.

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 10 novembre 2018 09 h 47

    Votre titre un peu ...racoleur

    Comme si dominic champagne était le Messie....Dominic champagne ici, dominic champagne là...Je veux bien croire qu'il est un de ceux qui ont initié, qui soutiennent le mouvement: le Pacte.ca...j'y ai adhéré pour le bon motif ..et non, comme la "foule", "les groupies" , "les fans" le font, en adulant: une star du rock ou, d'une autre discipline artistique.
    Les "mécènes" et les "généreux donateurs"...on veut bien, c'est une très bonne cause...mais méfions-nous car il y eut dans un passé, assez récent, de très bonnes causes qui furent "inflitrées" et "récupérées" par des "lobbies grandes gueules" de la bienpensance politicailleuse . Et depuis...la situation est confuse. Comme on le disait par chez nous: le diable est aux vaches.

    `

    • Pierre Samuel - Inscrit 11 novembre 2018 06 h 32

      @ Mme Sévigny :

      Vous n'avez pas tort, toutefois au Québec, comme partout ailleurs, ça prend toujours des " grandes gueules " pour faire avancer les choses. Si l'on s'en tient simplement ici, où en serions-nous encore sans les signataires du Refus Global et leur manifeste, sans les Michel et SImonne Chartrand, Pierre Bourgault, Gaston MIron, Pierre Falardeau... qui ont voué leur vie à tenter de < brasser la cage > malheureusement, avec plus ou moins de succès, contre vents et marées !

      Que ça aboutisse ou non, faut tout de même reconnaitre que c'est la première fois depuis le "printemps érable" qu'un ras-le-bol citoyen, si minime soit-il, se fait entendre. Autrement, il faut remonter aux périodes des référendums de '80 et '95 pour avoir assisté à pareille implication de la part d'artistes et d'intellectuels en faveur d'une cause qu'ils considèrent absolument incontournable.

      Salutations !

  • Denis Carrier - Abonné 10 novembre 2018 10 h 51

    Un haut-parleur pour les scientifiques

    Excellent initiative que la mise sur pied de ce Pacte. Bravo à monsieur Champagne et à son équipe. J’apprécie énormément l’inclusion de l’aspect scientifique dans sa démarche. Le tandem monde du spectacle et monde scientifique est extrêmement rare et mérite d’être souligné. Il est porteur d’un potentiel formidable. Les scientifiques ont besoin de ce genre de «micro» pour que leur message passe.

  • Bernard LEIFFET - Inscrit 10 novembre 2018 13 h 18

    le réchauffement climatique...

    Il apparaît que le réchauffement climatique est devenu subitement une priorité! Pourtant le phénomène n'est pas nouveau. Ainsi, en 1984, à bord dun bateau, le Pourquoi Pas?, avec trois autres membres d'équipage, nous avons navigué de Havre-Saint-Pierre au Cap Labrador, alors bloqué par les glaces, d'où l'impossibilité de pénétrer dans la Baie d'Ungava et de rejoindre la Baie James. Outre les tempêtes normales de l'endroit, nous avons rencontré un nombre incroyables d'icebergs et de glace à la dérive. [Google : Navigation côtière Côte Est canadienne, B.L.). En observant le nombre record d'icebergs qni ont été enregistrés par la Patrouille des Glaces, à la retraite, j'ai entrepris de planter des feuillus (des chênes d'espèces différentes pour la diversité) sur notre propritété en Gaspésie. Bien sûr, pas d'aide, pas de soutien, sinon l'espoir qu'ils participeront, peut-être, à réduire les effets du réchauffement. Enfin, j'espère que le pacte en question tiendra compte des régions éloignées qui doivent affrontés des hiverrs rigoureux, d'où l'utilisation de véhicules adaptés, et non de revenir au bon vieux temps des traineaux mûs par des chevaux!

  • Jean Pierre Pageau - Abonné 10 novembre 2018 18 h 54

    Libre opinion, Le Devoir, 10 janvier 2018 par Joel Chiarello

    Permettez, j'ai lu Joel Chiarello ce samedi 10 janvier. Et alors me suis dit qui mieux que lui connaît et sait sur la croissance et la décroissance. Serait-il possible qu'il fusse le seul à connaître?
    Jean Pierre Pageau
    Batiscan