Échec de protection des milieux marins en Antarctique

Les eaux de l’océan Austral autour de l’Antarctique abritent des écosystèmes exceptionnels, avec des milliers d’espèces animales, en bonne partie préservées des activités humaines.
Photo: Eitan Abramovich Archives Agence France-Presse Les eaux de l’océan Austral autour de l’Antarctique abritent des écosystèmes exceptionnels, avec des milliers d’espèces animales, en bonne partie préservées des activités humaines.

Nouveau revers pour la protection de l’Antarctique. Les pays membres de la Commission de conservation de la faune et de la flore marines de l’Antarctique (CCAMLR) ont échoué vendredi à établir une nouvelle aire marine protégée dans la mer de Weddell, en raison du refus de la Chine et de la Russie, qui lorgnent les ressources de cette région.

Le projet de sanctuaire marin devait permettre de protéger une bonne partie de la mer de Weddell, une vaste étendue d’eau glacée de l’océan austral qui couvre près de 2,8 millions de km2. Mais surtout, ce territoire est connu pour abriter une grande variété d’espèces sauvages pour le moment épargnées par l’activité, et notamment la pêche commerciale.

Or, la Chine et la Russie lorgnent depuis déjà quelques années le potentiel de pêche de la région, dont le krill, une minuscule crevette de plus en plus convoitée en raison de sa valeur commerciale.

À eux deux, ces États ont été en mesure cette année, à Hobart, en Tasmanie, de bloquer le projet d’aire marine dans la mer de Weddell. Il faut dire que la CCAMLR, un organisme mis sur pied en 1982 pour assurer une gestion internationale des ressources de l’immense région l’Antarctique, compte 25 membres, soit 24 États et l’Union européenne. Et comme les décisions sont prises au consensus, tout pays peut s’interposer dans la mise en oeuvre de nouvelles mesures de protection.

Échec

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que des pays s’opposent à la mise en place de mesures de protection plus strictes en Antarctique. En octobre 2012, lors de la réunion annuelle des pays membres de la CCAMLR, la Russie, la Chine et l’Ukraine s’étaient opposées aux projets d’aires marines par crainte de voir les possibilités de pêche trop fortement réduites.

Par voie de communiqué, Greenpeace a dénoncé vendredi ce nouvel « échec » environnemental de la communauté internationale. « Nous avions une occasion historique de créer la zone de protection la plus vaste sur Terre, afin de protéger la faune sauvage et la santé de nos océans », a souligné Frida Bengtsson, responsable de la campagne pour les océans du groupe écologiste.

Le problème, selon Mme Bengtsson, c’est que la Russie et la Chine ont systématiquement ralenti les discussions au cours de la réunion de deux semaines.

Les eaux de l’océan Austral autour de l’Antarctique abritent des écosystèmes exceptionnels, avec des milliers d’espèces animales, en bonne partie préservées des activités humaines. D’importantes populations d’oiseaux, de phoques, de cétacés et de pingouins trouvent leur alimentation dans ces eaux. En plus de cette précieuse biodiversité, cet univers relativement peu touché par l’activité humaine présente un intérêt majeur pour les scientifiques.

En septembre, les pays membres des Nations unies se sont entendus pour lancer des négociations en vue de parvenir, d’ici 2020, à un traité de protection des eaux internationales. Celles-ci représentent près de la moitié de la superficie de la planète, mais elles ne bénéficient d’à peu près aucune protection légale.

À peine 1 % de la superficie totale est désignée comme zone marine protégée, alors que ces eaux internationales comptent pour près de 65 % de la superficie des océans de la planète.