Environnement: un rapport pour raviver le sentiment d’urgence

Un Allemand promenait son chien sur le lit asséché de la rivière Dreisam dans le village de March, près de Fribourg, au mois d’août.
Photo: Patrick Seeger Agence France-Presse Un Allemand promenait son chien sur le lit asséché de la rivière Dreisam dans le village de March, près de Fribourg, au mois d’août.

Le diagnostic est d’autant plus attendu qu’il donnera la mesure du péril qui nous guette si l’inaction se poursuit. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) doit parachever cette semaine un rapport sur les conséquences d’un réchauffement global de 1,5 °C, mais aussi sur les décisions cruciales à prendre pour éviter de dépasser ce seuil de bouleversement du climat terrestre.

En signant l’Accord de Paris, en décembre 2015, les États se sont engagés à maintenir l’augmentation prévisible de la température « bien en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels », tout en promettant de « poursuivre les efforts pour limiter la hausse des températures à 1,5 °C ». Cette dernière cible est une demande chère aux pays les plus vulnérables aux conséquences des changements climatiques, notamment les États insulaires menacés par la hausse du niveau des océans.

Le GIEC a donc reçu le mandat de produire un rapport sur les répercussions d’un tel réchauffement, mais surtout sur les décisions à prendre pour respecter un engagement que plusieurs estiment hors d’atteinte. Après tout, le monde s’est déjà réchauffé de 1 °C et le rythme de perturbation du climat ne montre aucun signe de fléchissement.

« Il est extraordinairement difficile de demeurer sur la cible du 1,5 °C, et nous ne sommes absolument pas en voie d’y parvenir », prévenait d’ailleurs la semaine dernière l’un des auteurs du rapport du GIEC, l’expert du climat Drew Shindell, de l’université américaine Duke. « Même s’il est toujours techniquement possible d’y parvenir, c’est extrêmement improbable, en l’absence d’un réel changement dans la façon dont nous évaluons le risque. Et nous ne sommes absolument pas là », ajoutait-il, en entrevue au quotidien britannique The Guardian.

Selon l’évaluation du GIEC, les efforts pour parvenir à limiter le plus possible le réchauffement seront sans précédent depuis le début de l’ère industrielle. Il faudrait réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) de 40 à 70 % d’ici 2050 (et les faire disparaître en 2100) pour espérer rester sous 2 °C, et les baisser de 70 à 95 % pour rester sous 1,5 °C. Autrement dit, le monde entier devrait idéalement être carboneutre d’ici un peu plus de 30 ans.

La fin des fossiles

Sans donner de détails sur les moyens à prendre recensés dans le rapport du GIEC, qui sera publié le 8 octobre, Drew Shindell a fait valoir qu’une sortie rapide des énergies fossiles est inévitable, en plus d’un déploiement massif de la production d’énergie solaire et éolienne, mais également de la disparition des émissions de GES provenant du secteur des transports, de la voiture à l’avion.

Le problème, selon M. Shindell, c’est qu’un tel virage technologique devrait prendre du temps. Or, le temps nous manque. Le prochain rapport du GIEC donnera d’ailleurs la mesure de l’effort à fournir, à quelques semaines de la rencontre prévue en Pologne des États signataires de l’Accord de Paris. Ceux-ci doivent se rencontrer au début du mois de décembre, dans le cadre de la 24e Conférence des parties (COP24).

Pour le moment, toute la communauté scientifique s’entend sur le fait que les engagements ne sont tout simplement pas à la hauteur pour éviter le pire. Non seulement la possibilité de limiter le réchauffement à 1,5 °C s’éloigne, mais les efforts prévus par les différents États, à supposer qu’ils soient respectés, placent actuellement la planète sur une trajectoire de réchauffement qui risque de dépasser les 3 °C d’ici la fin du siècle. Mais avant cela, aussi tôt qu’en 2040, la barre des 1,5 °C devrait avoir été franchie.

La perspective de vivre dans un tel monde effraie en premier lieu les États insulaires, dont plusieurs sont directement confrontés à une disparition pure et simple. Plusieurs pays défavorisés craignent aussi d’être incapables de s’adapter à un monde de plus en plus hostile. Mais les bouleversements climatiques provoqueront également, à l’échelle de la planète, une multiplication d’événements climatiques extrêmes, dont les tempêtes, les épisodes de sécheresse et la raréfaction des ressources en eau dans certaines régions du monde.

Qui plus est, un élément pourrait venir aggraver la crise : la fonte du pergélisol. Dans un rapport publié à la mi-septembre, des experts de l’Institut international autrichien pour l’analyse des systèmes appliqués ont souligné que ce sol théoriquement gelé en permanence avait commencé à fondre, sous l’effet de la hausse des températures.

Le problème, c’est qu’il libère ainsi des GES, dont du méthane, un très puissant gaz à effet de serre. Pire, ce pergélisol contiendrait l’équivalent de 15 années d’émissions mondiales de GES. De quoi faire dérailler tous les efforts pour éviter le pire.

GIEC : processus complexe

Malgré l’ampleur de la preuve scientifique sur la crise climatique en devenir et l’urgence d’agir, l’approbation des rapports du GIEC demeure un processus complexe et très politique. En Corée, cette semaine, les délégations des quelque 195 États étudieront ligne par ligne le résumé du rapport, dit « résumé à l’intention des décideurs ». Un texte d’une quinzaine de pages, qu’il leur sera demandé d’approuver en fin de session, prévue le 5 octobre, voire le 6 en cas de prolongation, comme cela a souvent été le cas. L’attitude des États-Unis, notamment, sera une inconnue de cette réunion, où ils seront représentés par une délégation de diplomates et scientifiques à qui le dossier est familier.