Comment sortir le Québec de l’échec climatique?

Les émissions de gaz à effet de serre produites par la cimenterie McInnis, le plus grand pollueur industriel au Québec, sont estimées à 1,76 million de tonnes annuellement. 
Photo: Catherine Legault Le Devoir Les émissions de gaz à effet de serre produites par la cimenterie McInnis, le plus grand pollueur industriel au Québec, sont estimées à 1,76 million de tonnes annuellement. 

La crise climatique ne fait plus aucun doute, mais les moyens pour s’y attaquer font toujours cruellement défaut, tout comme la volonté politique. Est-ce que les partis sont prêts à aller plus loin pour réduire les émissions de gaz à effet de serre ? Troisième de quatre textes qui décortiquent les engagements des chefs.

Peu importe la couleur du gouvernement qui sera élu le 1er octobre prochain, il devra composer avec une réalité incontournable : le Québec est en voie de rater complètement ses objectifs de réduction de gaz à effet de serre (GES) pour 2020, ce qui le place sur une trajectoire de retard encore plus important pour l’horizon 2030.

Les données du bilan mi-parcours du Plan d’action 2013-2020 sur les changements climatiques sont d’ailleurs claires, quoi qu’en dise le gouvernement Couillard. Malgré des investissements qui devraient dépasser les 4 milliards de dollars, le Québec pourra, au mieux, « stabiliser » ses émissions d’ici 2020. Cela signifie que celles-ci auront alors reculé d’environ 10 % par rapport à 1990. Or, l’objectif des libéraux, repris par la Coalition avenir Québec depuis le début de la campagne électorale, était de 20 %.

Et si une bonne partie de la solution se trouve du côté de l’électrification des transports, un secteur qui compte pour 41 % des GES, le virage tarde à se concrétiser. Au mieux, selon la cible fixée par les libéraux, le Québec devrait compter 100 000 véhicules électriques en 2020, contre 30 000 actuellement. À supposer que cet objectif soit atteint, ces véhicules représenteront alors une infime partie des 4,5 millions de véhicules que compte la province.

Corriger le tir

Pour corriger le tir, le Parti québécois a présenté lundi un plan qui prévoit que le premier ministre serait directement responsable du « développement durable », une façon d’affirmer qu’il s’agit bel et bien d’une « priorité de l’État ». On promet aussi l’adoption d’une loi « antidéficit climatique » qui imposerait au gouvernement un examen indépendant annuel de la situation des GES et des moyens de poursuivre la réduction des émissions.

Le Parti québécois, comme tous ses adversaires, s’engage à accélérer l’électrification des transports, notamment en multipliant l’installation de bornes de recharge, le nerf de la guerre sur le vaste territoire québécois. Mais il n’est plus question de rendre obligatoires des ventes « 100 % » rechargeables à l’horizon 2035, comme cela était inscrit dans la plateforme électorale.

Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Si une bonne partie de la solution se trouve du côté de l’électrification des transports, un secteur qui compte pour 41% des GES, le virage tarde à se concrétiser.

Le chef Jean-François Lisée a d’ailleurs critiqué ouvertement la volonté de Québec solidaire d’interdire la vente de véhicules à essence après 2030. La mesure n’est pourtant pas unique dans le monde. La Norvège, un pays producteur de pétrole, a fixé sa date butoir à 2025. L’Irlande et les Pays-Bas évoquent des délais similaires, tandis que l’Inde mise sur un échéancier fixé à 2030.

Interpellée par Le Devoir, la Coalition avenir Québec a confirmé son intention de « poursuivre les efforts visant à réduire les émissions de GES produits par les véhicules automobiles », mais sans préciser de cible. « Il faut accompagner les grands constructeurs automobiles à fournir les véhicules électriques. Il y a un appétit, au Québec, pour les véhicules électriques, et peu de modèles sont disponibles en quantité suffisante », a ajouté le parti, dans une réponse écrite.

Les partis pourraient faire preuve de beaucoup plus d'ambition sans mettre en péril des votes

 

Manque d’ambition

À la lumière des engagements mis en avant, la réponse du directeur général d’Équiterre, Sidney Ribaux, est simple : « Presque tous les partis manquent d’ambition. » Selon lui, « il y a un gros travail à faire » pour rattraper le retard en matière de lutte contre les changements climatiques.

« On parle ici de gestes qui ne sont pas si difficiles politiquement. Les partis pourraient faire preuve de beaucoup plus d’ambition sans mettre en péril de votes. On ne va pas s’aliéner des votes en disant qu’on veut être plus ambitieux en matière d’électrification des transports », a-t-il fait valoir.

Professeure à l’UQAM spécialisée en éducation relative à l’environnement et à l’écocitoyenneté, Lucie Sauvé estime pour sa part que libéraux et caquistes demeurent « vagues » ou pêchent par manque de « mesures concrètes ». Elle salue l’idée des péquistes de proposer une stratégie de sortie du pétrole, mais aussi celle des solidaires de mettre immédiatement un terme aux projets d’exploration pétrolière et gazière sur le territoire québécois.

Au-delà des promesses électorales, M. Ribaux estime par ailleurs qu’il faut replacer le Québec dans le contexte canadien. « Quand on se compare, on se console. Au Québec, lorsqu’on regarde les réponses fournies par les différents partis [aux 23 propositions soumises par les groupes environnementaux], on constate qu’il y a un consensus politique sur certaines questions, notamment sur l’électrification des transports et la lutte contre les changements climatiques. Ce n’est pas le cas dans toutes les provinces canadiennes. »

Consigne sur les bouteilles de la SAQ

Le Devoir a interpellé les quatre partis pour savoir s’ils comptaient imposer une consigne sur les 220 millions de bouteilles de vin vendues à la Société des alcools du Québec.

Seul Québec solidaire promet une « modernisation complète du système de consigne, en y ajoutant notamment les bouteilles de vin et d’eau, ainsi que d’autres contenants similaires ».

La Coalition avenir Québec s’y oppose clairement. « Ce n’est pas une avenue que nous considérons pour le moment. Il faut plutôt miser sur une stratégie de revalorisation du verre qui passe par le recyclage », a indiqué le parti, par écrit.

« Nous sommes ouverts à trouver d’autres solutions (en plus de toutes celles prévues dans notre plateforme) afin de stopper la crise des matières recyclables et plus spécifiquement celle du verre », a répondu le Parti québécois.

Au Parti libéral, on mise sur le projet-pilote d’amélioration du tri du verre, qui doit se terminer cet automne. « Il faut savoir que les bouteilles de vin représentent 50 % du verre dans le bac de récupération. Ainsi, une hypothétique consigne sur les bouteilles de vin ne réglerait pas l’enjeu du verre dans la récupération », ajouté le parti.

Les principales promesses en environnement

COALITION AVENIR QUÉBEC

Maintenir l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre des libéraux, soit 20 % d’ici 2020.

Favoriser l’électrification des transports du parc automobile et l’implantation de bornes de recharge pour les véhicules.

Améliorer la qualité des matières recyclables et favoriser le développement de « l’économie circulaire » au Québec.

Déployer des efforts pour respecter les cibles internationales de protections des milieux marins et des milieux terrestres naturels.

PARTI LIBÉRAL DU QUÉBEC

Réduire les émissions des gaz à effet de serre de 20 % d’ici 2020, par rapport à 1990, puis de 37,5 % en 2030.

Atteindre au moins 100 000 véhicules électriques sur les routes de la province d’ici 2020.

Améliorer « la qualité » des matières recyclables qui sort des centres de tri et revoir le système de collecte sélective.

Protéger 10 % des milieux marins et 17 % des milieux terrestres naturels d’ici 2020.

PARTI QUÉBÉCOIS

Diminuer les émissions de gaz à effet de serre de 280 000 tonnes par année en améliorant le réseau de transport en commun.

Électrifier tous les autobus scolaires avant 2030 et installer 2000 bornes de recharge rapide. L’ensemble des véhicules légers vendus au Québec en 2035 devra être rechargeable.

Réduire la quantité de matières résiduelles et réintroduire les résidus dans le cycle de production (économie circulaire).

Désignercomme aires protégées au moins 17 % des zones terrestres et des eaux intérieures, et 10 % des zones marines et côtières d’ici 2020.

QUÉBEC SOLIDAIRE

Viser une diminution des gaz à effet de serre de 95 % d’ici 2050 (par rapport à 1990) en créant plus de 300 000 emplois verts et en interdisant la vente des véhicules autres qu’électriques ou hybrides d’ici 2030.

Favoriser le développement des transports électriques et assurer l’accessibilité des transports collectifs en prolongeant le réseau existant et en coupant de moitié les tarifs des usagers.

Décentraliser les sites d’enfouissement et assurer un meilleur tri des matériaux destinés aux entreprises qui font du recyclage.

Protéger 10 % des aires marines et 20 % des aires terrestres d’ici 2020, en ciblant l’estuaire du Saint-Laurent, le plateau des îles de la Madeleine et le projet Tawich, à la baie James.

Alexandre Shields et Dave Noël