Le Banc-des-Américains devient une zone marine protégée

Photo: Alexandre Shields Le Devoir Le Banc-des-Américains forme un quadrilatère de 1000 km² situé au large de la Gaspésie, où on peut observer plusieurs espèces de cétacés, dont certaines classées «en voie de disparition».

Pour la première fois en plus de 20 ans, le gouvernement du Québec et celui du Canada ont convenu d’établir une zone de protection marine dans le Saint-Laurent. Le Devoir a appris qu’ils vont annoncer conjointement cette semaine la protection d’un territoire marin de 1000 km², nommé le Banc-des-Américains, situé à l’est de la Gaspésie. Mais il faudra en faire beaucoup plus pour respecter les engagements du Québec en matière de protection des milieux marins.

Au moment où le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent fête ses 20 ans, Ottawa et Québec ont finalement réussi à s’entendre pour la création d’une nouvelle aire de protection du milieu marin, cette fois dans la portion québécoise du golfe du Saint-Laurent.

Selon les informations obtenues par Le Devoir, la ministre de l’Environnement du Québec, Isabelle Melançon, doit prendre part à cette annonce qui aura lieu probablement jeudi, ou alors vendredi, en compagnie de représentants du gouvernement fédéral. Le cabinet de Mme Melançon a d’ailleurs confirmé au cours des derniers jours que cette annonce implique « plusieurs partenaires ». Il n’a toutefois pas été possible mardi d’obtenir une entrevue avec la ministre de l’Environnement. Son bureau a évoqué un emploi du temps « très chargé ».

Le Banc-des-Américains, désigné comme « site d’intérêt » par le gouvernement fédéral en 2011, devrait obtenir un statut qui implique que Québec et Ottawa auront leur mot à dire dans les mesures de protection mises en place. Pour le fédéral, ce secteur deviendra une zone de protection marine (ZPM), une désignation qui vient avec plusieurs règles, dont l’objectif est de préserver l’essentiel de l’écosystème marin et de sa biodiversité.
 

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Ce type de protection est d’ailleurs beaucoup plus strict que les « refuges marins » mis en place au cours des derniers mois par le gouvernement Trudeau, notamment dans la portion québécoise du golfe du Saint-Laurent. Ces refuges, établis pour permettre au Canada de rattraper son important retard en matière de protection des milieux marins, ne sont toutefois pas pris en compte par le Québec. Il faut dire qu’ils se résument à protéger des coraux et des éponges de mer, tout en laissant la porte ouverte à la quasi-totalité des activités humaines, dont l’exploration pétrolière.

En vertu de règles de protection qui seront précisées au terme d’une consultation publique de 60 jours qui doit s’amorcer après le 30 juin, le Banc-des-Américains devrait plutôt s’inscrire dans la volonté du gouvernement du Québec de créer un véritable « réseau d’aires marines protégées ».

Concrètement, le Banc-des-Américains forme un quadrilatère de 1000 km² situé au large de la Gaspésie. La limite nord se situe à la pointe du parc Forillon et la limite sud est tout juste à l’est de l’île Bonaventure. Selon la description qu’en fait Pêches et Océans Canada, ce secteur « est caractérisé par la diversité de ses habitats, par la présence permanente ou saisonnière de nombreuses espèces à valeur commerciale et de baleines, par la présence d’espèces en péril et par une grande diversité de mollusques et de crustacés ».

On y observe en effet plusieurs espèces de cétacés, dont le rorqual bleu et la baleine noire, deux espèces classées « en voie de disparition » en vertu de la Loi sur les espèces en péril. « Ce site a aussi un grand potentiel comme aire d’alimentation pour différentes espèces de poissons et de mammifères marins et comme refuge pour les populations de poissons de fond actuellement en déclin », note Pêches et Océans Canada. C’est le cas du stock de morues du sud du golfe, mais aussi du loup atlantique.

Protection essentielle

Contacté par Le Devoir mardi, le directeur général de la Société pour la nature et les parcs du Canada, section Québec (SNAP Québec), Alain Branchaud, a salué la mise en place de la ZPM du Banc-des-Américains.

« Il est essentiel de protéger les écosystèmes pour protéger la biodiversité. Il faut mettre à l’abri des secteurs marins, c’est un concept qui est connu depuis longtemps. Si on protège ces zones, c’est l’ensemble de l’écosystème qui en profite. Le cas du Banc-des-Américains est un bon exemple, puisqu’on y retrouve plusieurs espèces en péril, mais aussi des ressources halieutiques importantes », a-t-il souligné.

Il a cependant dit vouloir attendre l’annonce officielle avant de commenter la décision de Québec et d’Ottawa. Même chose du côté de la Ville de Gaspé, qui est tout près de la future zone de protection marine.

Dans un contexte de controverse entre les pêcheurs et le gouvernement fédéral au sujet des mesures de protection des baleines noires dans le golfe du Saint-Laurent, M. Branchaud a rappelé qu’il est possible de protéger des secteurs marins tout en permettant aux collectivités côtières de maintenir des activités liées à l’exploitation des ressources marines.

Le biologiste Richard Sears, fondateur de la Station de recherche des îles Mingan (MICS), juge toutefois que la seule zone du Banc-des-Américains est nettement insuffisante pour assurer la protection des cétacés. « Les baleines transitent dans ce secteur. Même chose pour plusieurs espèces de poissons, les oiseaux marins, les phoques, etc. Mais toutes ces espèces se déplacent, donc dans ce contexte, pourquoi est-ce qu’on ne prend pas tout un écosystème comme le Saint-Laurent ? On pourrait le protéger, tout en permettant la pêche et le transport maritime. »

« C’est une question de logique écologique et biologique. On ne peut pas simplement tracer une ligne sur une carte, comme on ne peut pas poser des frontières sur des portions de l’habitat de ces animaux », estime celui qui étudie les grands cétacés, dont le rorqual bleu, depuis plus de 40 ans.

La mise en place de la ZPM du Banc-des-Américains est certes une étape de plus dans la protection des milieux marins québécois, mais il reste beaucoup de travail à faire pour atteindre l’objectif du gouvernement du Québec, soit protéger 10 % de ceux-ci d’ici 2020. À l’heure actuelle, le taux de protection atteint à peine 1,3 %.

Projets de protection au Québec

Estuaire du Saint-Laurent
Le gouvernement du Québec et le gouvernement fédéral auraient convenu d’entamer une consultation en vue de la mise en place d’une aire de protection marine dans l’estuaire du Saint-Laurent. Celle-ci doit être annoncée cette semaine, a appris Le Devoir. Un projet existe déjà depuis 1998 sous la forme d’un « site d’intérêt » de 6000 km², dans le but de bonifier la protection de l’habitat essentiel du béluga.

Îles de la Madeleine
Il s’agit du projet le plus important dans les eaux québécoises, avec une aire d’étude de 17 000 km² englobant tout l’archipel. À lui seul, ce projet pourrait permettre au Québec d’atteindre son objectif de 10 % de protection des milieux marins. Présenté pour la première fois en 2004, il ne sera vraisemblablement pas achevé avant 2020.

1 commentaire
  • Claude Bariteau - Abonné 27 juin 2018 06 h 24

    Des précisions s'imposent.

    Une entente serait en vue entre le Québec et le Canada pour créer une zone de protection de 1000 km2 nommée le Bancs de Américains. Il y aurait une consultation de 60 jours à partir (du 30 juin à la fin d'août) dont on ne dit rien sur ses visées.

    À première vue, elles ont l'apparence d'une sensibilisation de la population de la décsion prise, car l'article précise qu'une entente est intervenue.

    Dans ce dossier, ce n'est pas l'impact de l'entente qui importe, mais les engagements qu'elle contient, qu'il importe de connaître.

    Le Golfe du Saint-Laurent est un territoire marin dont le Canada s'affirme détenteur, un statut que les États-Unis tolère mais ne reconnaît pas. Ce territoire a donné lieu à des délimations entre les provinces, que le Canada n'a jamais reconnues. Par contre, mais, dans le cadre d'aménagements divers (exploitation pétrolière, circulation maritime, protection environnementale, et cetera), il a signé des ententes stratégiques sans concéder son autorité .

    Que le gouvernement du Québec envisage de protéger 10 % des ressources maritimes d'un territoire qu'il présume lui revenir, mais dont le statut est tout autre, nécessite au préalable de clarifier ce point.

    C'est ce préalable qui doit en priorité se retrouver dans l'entente. Si ce n'est pas le cas, cette entente ne sera qu'administrative et le gouvernement du Québec deviendra un acteur stratégique consentant sur un territoire canadien.

    Ici, il importe de rappeler que le Québec dispose seulement d'une zone riveraine limitée et non des 12 milles marins et des 188 milles d'une zone économique qui s'y ajoute pour tout État indépendant bordé par une mer, ce qu'est le Québec.

    Alors, cette entente semble plutôt une de reconnaissance de la propriété canadienne qui, à l'aide du Québec, consolide son autorité et envisage l'étendre sur les 6000km2 de plus dans l'estuaire et les 17000km2 autour des Iles-de-la-Madeleine.

    Vraiment.