Consigne des bouteilles de la SAQ: Québec reporte une décision à l’automne

Des organisations syndicales ont déposé mercredi à Québec une pétition de 34 200 noms réclamant une consigne sur les bouteilles vendues par la Société des alcools du Québec.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Des organisations syndicales ont déposé mercredi à Québec une pétition de 34 200 noms réclamant une consigne sur les bouteilles vendues par la Société des alcools du Québec.

Alors que le Québec traverse une crise de gestion de ses matières recyclables, des organisations syndicales ont déposé mercredi à Québec une pétition de 34 200 noms réclamant une consigne sur les bouteilles vendues par la Société des alcools du Québec. La ministre de l’Environnement Isabelle Melançon refuse toutefois de s’engager à aller de l’avant avec une telle mesure.

« Nous espérons que cette pétition se rendra en commission parlementaire afin que nous puissions enfin débattre de cet enjeu qui, jusqu’à tout récemment, a encore été évacué des priorités du gouvernement. Il faut mettre fin au gaspillage du verre et la consigne à la SAQ demeure la solution », a expliqué le trésorier et responsable politique des questions environnementales de la CSN, Pierre Patry, au moment de dévoiler la pétition, parrainée par Québec solidaire.

L’action conjointe des syndicats, pilotée par la CSN et des organisations membres de la FTQ, insiste notamment sur le fait que « le Québec et le Manitoba sont les seules provinces à ne pas avoir de consigne sur leurs bouteilles de vin et de spiritueux ».

220 millions de bouteilles

Une telle consigne permettrait surtout de récupérer une bonne partie des 220 millions de bouteilles de vin vendues chaque année par la Société des alcools, sans compter quelques millions de bouteilles de spiritueux. À elles seules, les bouteilles de vin représenteraient la moitié du verre présent les bacs de recyclage des ménages québécois.

Les organisations syndicales rappellent que le verre est toujours très peu recyclé au Québec. Selon les données les plus récentes de Recyc-Québec, soit celles du bilan 2015, à peine 14 % du verre « généré » par les ménages québécois est acheminé « aux fins de recyclage ».

Il faut dire que le verre déposé dans le bac de recyclage se brise dans le transport, contaminant ainsi les autres matières, tout en étant lui-même contaminé par les matières présentes dans le bac. Les façons de faire actuelles ne permettent donc pas de recycler ce verre, qui représentait, en 2015, 159 000 tonnes « générées ». Celui-ci finit bien souvent en matériau de recouvrement dans les sites d’enfouissement.

Projet pilote

Interpellé mercredi par Le Devoir, le cabinet de la ministre Isabelle Melançon a toutefois refusé de se prononcer sur la pertinence d’une consigne sur les bouteilles vendues à la SAQ.

On a plutôt réitéré que le programme « Verre l’innovation », doté d’un financement de 10 millions de dollars, donnerait des résultats « très encourageants » pour la valorisation du verre.

« Le projet pilote se terminera cet automne. Finissons ce que nous avons entamé, ayons les chiffres en main et prenons une décision éclairée à ce moment », a ajouté le bureau de la ministre, dans une réponse écrite.

Opposition à la consigne

Dans un communiqué publié mercredi en réponse au dépôt de la pétition, l’organisme Éco Entreprises Québec (EEQ), qui représente les entreprises qui mettent en marché des contenants et doivent en financer la collecte, a pour sa part affirmé que le problème du recyclage du verre serait « en voie d’être réglé ». Une consigne serait donc inutile, selon l’organisme.

Dans le cadre du programme Verre l’innovation, a soutenu EEQ, le verre est traité pour devenir notamment de l’abrasif, de la laine minérale, de l’ajout cimentaire ou encore des agents de filtration des eaux. On estime que cela constitue du « recyclage », puisque cela correspondrait à la définition qu’en donne le gouvernement.

Le cabinet d’Isabelle Melançon estime enfin que le marché québécois ne serait pas propice aux bouteilles de vin récupérées, comme cela est le cas pour les bouteilles de bière, mais aussi que l’implantation d’une consigne coûterait 250 millions de dollars sur cinq ans, un montant auquel il faudrait ajouter des coûts annuels récurrents de 30 millions de dollars.