La fin de l’exploration pétrolière dans le golfe du Saint-Laurent?

Le projet Old Harry, situé à 80 km des Îles-de-la-Madeleine, suscite des inquiétudes chez les pêcheurs depuis plusieurs années.
Photo: Alexandre Shields Archives Le Devoir Le projet Old Harry, situé à 80 km des Îles-de-la-Madeleine, suscite des inquiétudes chez les pêcheurs depuis plusieurs années.

Dans un geste qui pourrait bien sonner le glas de l’exploration pétrolière et gazière dans le golfe du Saint-Laurent, Corridor Resources a annoncé lundi la suspension de tous les investissements sur son projet Old Harry.

L’entreprise, qui détient des permis d’exploration dans les eaux québécoises et terre-neuviennes du golfe, estime qu’il ne serait pas « prudent » de poursuivre les investissements dans ce projet, lancé il y a déjà plus de 20 ans.

Pour justifier sa décision, Corridor Resources explique que les résultats des « levés électromagnétiques » réalisés à l’automne 2017, mais aussi l’analyse de données plus anciennes, indiquent que la structure située à 470 mètres de profondeur renfermerait probablement du gaz naturel, et non un gisement pétrolier. Dans le contexte actuel, marqué par une forte production gazière en Amérique du Nord, cela rendrait le projet « moins attrayant ».

Qui plus est, « l’accumulation d’hydrocarbures pourrait être moins importante que ce qui avait été estimé à l’origine ». Preuve du peu d’intérêt que semble susciter ce projet, aucun joueur de l’industrie approché par Corridor Resources n’a voulu se joindre à un partenariat en vue de la réalisation d’un forage exploratoire, selon ce que fait valoir l’entreprise dans un communiqué publié lundi.

L’étude Géologie et potentiel en hydrocarbures des bassins sédimentaires du sud du Québec, menée dans le cadre de l’évaluation environnementale stratégique (EES) du gouvernement Couillard sur les hydrocarbures, a déjà conclu que les potentiels pétroliers et gaziers de la structure Old Harry « doivent être considérés comme hautement spéculatifs ».

Critique au gouvernement

Corridor Resources n’annonce pas pour autant qu’elle renonce à ses permis d’exploration, qui couvrent une superficie de 500 km² sur la frontière maritime entre le Québec et Terre-Neuve.

L’entreprise souhaite dans un premier temps obtenir un nouveau permis du côté terre-neuvien, afin d’étendre la superficie de la zone de fonds marins qui pourrait être explorée.

Du côté du Québec, où se trouvent les deux tiers de leur territoire sous permis, Corridor espère « clarifier » le statut de ses permis. Il faut dire que le gouvernement de Philippe Couillard a déjà dit qu’il n’était pas favorable au développement du projet Old Harry.

Le ministre de l’Énergie, Pierre Moreau, l’a d’ailleurs répété en entrevue au Devoir la semaine dernière. « Ce n’est pas l’intention du gouvernement du Québec d’aller vers l’exploitation du gisement d’Old Harry », a-t-il dit. « Dans le golfe, de prime abord, ce serait non également », a ajouté le ministre.

Dans son communiqué, Corridor Resources, qui a reçu 19,5 millions de dollars de fonds publics en 2017 en raison de la fin de la saga pétrolière sur Anticosti, souligne d’ailleurs l’« incertitude » entourant ses permis au Québec.

Rappelant que le gouvernement du Québec et le gouvernement du Canada ont convenu en 2011 de gérer conjointement les projets dans les eaux québécoises du golfe, l’entreprise a souligné que sept ans plus tard, aucune législation n’a encore été adoptée pour mettre en œuvre cette entente.

Risques environnementaux

Si le potentiel est hypothétique, les risques environnementaux sont, eux, bien réels. Une vaste étude environnementale réalisée à la demande du gouvernement du Québec concluait déjà en 2013 qu’il demeure « plusieurs lacunes » dans l’état actuel des connaissances sur le golfe.

Les carences concernent les technologies d’exploration et d’exploitation, les composantes des milieux physique, biologique et humain, ainsi que les « effets environnementaux potentiels des activités d’exploration et d’exploitation, ainsi que des déversements accidentels ».

À l’instar de la catastrophe provoquée par le naufrage de l’Exxon Valdez, un déversement pétrolier qui surviendrait dans le Saint-Laurent risquerait aussi d’avoir des impacts à long terme sur l’ensemble de l’écosystème, conclut une autre étude menée à la demande du gouvernement Couillard. Et non seulement les hydrocarbures pourraient persister pendant plus d’une décennie, mais les opérations de nettoyage seraient particulièrement ardues.