Bannir les sacs n’est pas assez

À compter du 6 juin, les commerçants montréalais qui distribueront des sacs en plastique de moins de 50 microns d’épaisseur pourront recevoir une amende.
Photo: Pedro Ruiz Archives Le Devoir À compter du 6 juin, les commerçants montréalais qui distribueront des sacs en plastique de moins de 50 microns d’épaisseur pourront recevoir une amende.

C’est sur fond de catastrophe annoncée par l’ONU qu’est entrée en vigueur mercredi l’interdiction des sacs en plastique léger dans la métropole. Une mesure plus « symbolique » que réellement bénéfique pour l’environnement, plaident certains.

Les groupes environnementaux, eux, croient venu le temps de passer à une approche globale pour contrer le fléau du plastique plutôt que des politiques à la pièce.

À la faveur d’un rapport dévastateur diffusé mardi par l’ONU sur le fléau du plastique à usage unique et de la date butoir pour l’élimination des sacs en plastique à Montréal, une seule chose semblait faire consensus mardi. Tout reste à faire pour enrayer « la marée montante des plastiques », affirme l’organisme international dans son rapport.

Quelque 5000 milliards de sacs de plastique par an sont consommés sur la planète. La majorité finit dans les océans et l’environnement, établit ce rapport qui juge que « l’ampleur du défi est décourageante ».

« Le message est simple : bannissez les produits en plastique à usage unique. Refusez ce que vous ne pouvez pas réutiliser. Ensemble, nous pouvons ouvrir la voie à un monde plus propre et plus vert », a martelé António Guterres, secrétaire général de l’ONU.

Un trop petit pas ?

Montréal et une soixantaine d’autres villes font partie de celles qui ont franchi un pas en bannissant les sacs en plastique léger, a salué l’ONU. Un petit pas, qui n’est pas « suffisant » pour enrayer le défi de la gestion des déchets de plastique.

À compter du 6 juin, les commerçants qui distribueront des sacs en plastique de moins de 50 microns d’épaisseur pourront recevoir une amende.

Ces derniers disposaient de six mois de grâce pour s’ajuster après l’entrée en vigueur du règlement, le 1er janvier dernier. Bien que louable, la mesure est loin de faire l’unanimité, tant chez les commerçants que chez les environnementalistes.

« S’attaquer à un problème unique, ça conscientise les gens, mais si on cherche vraiment à réduire le plastique, il faut aller vers une interdiction de tous les produits à usage unique non recyclables qui représentent 50 % de tous les plastiques produits », soutient Louise Hénault-Éthier, chef des projets scientifiques pour la Fondation David Suzuki.

Cible ratée

Faute de bilan de l’impact réel de ce nouveau règlement municipal, Sydney Ribaud, cofondateur d’Équiterre, rappelle que des analyses du cycle de vie publiées par Recyc-Québec ont fait valoir que l’impact environnemental du sac en plastique léger n’était pas pire, mais peut-être même en réalité meilleur que celui du sac en papier ou du sac réutilisable.

« Ça envoie un message positif au public, mais c’est possible qu’on rate la cible au plan environnemental, si on continue de distribuer des sacs en plastique plus épais. C’est une stratégie globale qu’il faut. On fait face à une crise mondiale sur les déchets, ça doit inclure les produits à usage unique, mais aussi plein d’autres choses », estime-t-il.

La Ville de Montréal songerait à interdire tout sac de plastique jetable, d’ici un à cinq ans.

Du côté de l’Association des détaillants en alimentation du Québec (ADAQ), les échos des commerçants montréalais font état de clients très satisfaits de cet interdit, alors que d’autres, mécontents, continuent d’avoir recours aux sacs jetables. « On n’a pas de chiffres sur l’impact sur le nombre de sacs utilisés. Plusieurs clients acceptent de payer pour un sac plus épais. On se demande s’il y a un gain réel avec des sacs contenant deux fois plus de plastique », s’interroge Pierre Alexandre Blouin, président de l’ADAQ.

Ce dernier affirme que, de façon volontaire, les détaillants ont réussi à réduire de 60 % l’usage des sacs de plastique entre 2007 et 2010.

Viser une taxe

Mais à quelques jours d’un G7 où le plastique sera à l’ordre du jour, plusieurs groupes environnementaux, signataires d’une Déclaration sur les plastiques, pressent le gouvernement Trudeau de viser l’objectif zéro déchet plastique d’ici 2025.

L’Industrie des produits plastiques, flairant le danger, a déjà promis de s’autoréglementer en faisant en sorte que tous les plastiques soient recyclables ou récupérables d’ici 2030. Une promesse qui laisse le milieu environnemental de glace.

Ça fait 40 ans qu’on n’arrive pas à récupérer et à recycler le plastique

 

« On en est plus à des mesures volontaires pour réduire les produits à usage unique. Le seul moyen d’y arriver, c’est de taxer ces produits et d’offrir des produits alternatifs », insiste Sydney Ribaud.

Moins de 11 % des plastiques sont recyclés au Canada.


Le plastique sur la planète

Sacs de plastique utilisés chaque année dans le monde, soit 10 millions par minute

Les tonnes de plastique rejetées chaque année dans l’océan : l’équivalent d’une benne de camion toutes les secondes.

Le plastique déversé dans les cours d’eau canadiens selon le gouvernement fédéral, 2010
2 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 6 juin 2018 03 h 37

    Avant que ça soit trop tard!

    Mais qu'est ce qu'on attend? Déjà, les océans sont pleins de plastique, les poissons meurent en mangeant le plastique et nous sommes en train de manger le plastique nous-mêmes. Les mesures volontaires ne marchent pas. Pour quoi ne pas réglementer, taxer et recycler le plastique avant que ça soit trop tard!

  • Jean Richard - Abonné 6 juin 2018 10 h 38

    Mesure douteuse

    Les plastiques proviennent de la pétro-chimie. Alors, avec quoi fabrique-t-on un sac de plastique ? Avec du pétrole. Alors, si on a un sac de 15 micromètres d'épaisseur et un autre de 50 micromètres, lequel a nécessité à la fois plus de pétrole et plus d'énergie pour sa fabrication ? Les politiciens, fédéraux, provinciaux ou municipaux refusent de répondre à cette question.

    Et maintenant, entre le sac de 15 micromètres qu'on ramène trois ou quatre fois au marché et qui finit sa carrière comme sac à poubelle, et le sac Glad de 50 micromètres qu'on achète exclusivement pour la poubelle, lequel est à usage unique, et lequel est vendu emballé dans un sac de 50 micromètres à usage unique ? Voilà une autre question qui va rester sans réponse.

    Et soyons pratique...

    Vous entrez chez un commerçant qui se croit bien honnête mais qui vous considère comme un inévitable voleur lorsque vous entrez chez-lui. Si vous êtes une femme, pas de problème. Si vous êtes un homme, vous devrez laisser à la caisse en entrant le petit sac à dos qui était destiné à transporter la marchandise achetée (et non volée) et là, c'est la galère pour le récupérer à la sortie. Et si jamais une partie de son contenu s'était volatisée, le marchand décline toute responsabilité.

    Alors, comment croyez-vous que l'on va changer le comportement des gens si ce changement implique une multiplication des emmerdements ? Personne n'aime se faire compliquer inutilement la vie, sauf les masochistes.

    Bref, le bannissement des sacs légers, ça ressemble beaucoup plus à du vernis écolo-politique qu'à une mesure qui va réellement améliorer l'état de l'environnement et changer sans contraintes excessives le comportement des gens. En d'autres mots, plusieurs doutent du bien fondé de cette nouvelle mesure. Certains se donneront bonne conscience, mais la crise du recyclage devrait nous exposer en pleine face les limites et même les effets pervers de la bonne conscience.