Suremballage VS prêt-à manger: le dilemme des détaillants

L’emballage plastique réduit notamment le gaspillage alimentaire, car les fruits et les légumes abimés par les clients demeurent dans les rayons, arguent les détaillants en alimentation.
Photo: Catherine Legault Le Devoir L’emballage plastique réduit notamment le gaspillage alimentaire, car les fruits et les légumes abimés par les clients demeurent dans les rayons, arguent les détaillants en alimentation.

Alertés par l’événement « Plastic Attack » prévu dimanche à Montréal, les détaillants en alimentation se disent prêts à réduire le suremballage, mais affirment être pris entre l’arbre et l’écorce. Car en marge de mouvements réclamant plus de produits en vrac émerge aussi une demande croissante pour des aliments préparés et… de plus en plus emballés.

L’annonce de la tenue d’un événement Plastic Attack à Montréal a rapidement fait le tour des réseaux sociaux jeudi et vendredi, alors que les organisatrices montréalaises de ce mouvement citoyen qui fait boule de neige à travers le monde ont récolté l’appui de plusieurs organisations.

L’initiative, qui vise à réduire la pollution par le plastique, a notamment été saluée ou relayée sur les réseaux sociaux par Greenpeace Québec, la Fondation David Suzuki, ainsi que Projet Montréal, le parti de la mairesse Valérie Plante.

La démarche citoyenne doit se tenir dimanche à la succursale Provigo Angus de la rue Rachel dans l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie, choisie au hasard.

« On ne vise pas cette chaîne plus qu’une autre, affirment les instigatrices. Ça concerne tous les types de commerce. »

Malgré tout, le groupe Loblaw, détenteur de l’enseigne Provigo au Québec, s’est montré fort reconnaissant d’avoir été prévenu et contacté par les organisatrices. On entend suivre de près la réaction des clients.

« Nous n’avons pas le choix de réfléchir à ces questions environnementales. On fait déjà des efforts, mais c’est un sujet complexe qui ne se règle pas du jour au lendemain », a fait valoir vendredi Johanne Héroux, directrice principale des affaires corporatives et des communications pour Loblaw.

Selon cette dernière, l’enjeu de l’emballage plastique préoccupe Loblaw depuis 2009 qui, depuis cette date, a modifié les modes d’empaquetage de ses propres marques maison. La mesure aurait permis d’éliminer 4,9 millions de kilos d’emballage en tout genre.

L’entreprise a, par exemple, laissé tomber les couvercles des boîtes de plastique contenant certains fruits ou légumes, les remplaçant par de simples pellicules. Les fournisseurs ont aussi été invités à abandonner leurs contenants jetables en carton pour privilégier les caisses solides et réutilisables. « Nous discutons constamment de ces sujets avec nos fournisseurs, mais on ne peut imposer des façons de faire », soutient Mme Héroux.

Loblaw s’est notamment dotée d’une politique qui vise à réduire de moitié le gaspillage alimentaire dans ses magasins d’ici 2025 et de 30 % son empreinte carbone d’ici 2030 par rapport à 2011.

Depuis 2018, toutes les fibres de carton utilisées par la chaîne proviennent de matières recyclées ou certifiées.

Les détaillants partagés

De son côté, le représentant de l’Association des détaillants en alimentation du Québec (ADAQ) se montre perplexe face à ce mouvement citoyen puisqu’en parallèle, de plus en plus de clients réclament des produits prêts à manger, souvent ceux qui sont le plus emballés.

Le grand public ignore les impératifs qui motivent parfois l’emballage de certains aliments, explique Pierre-Alexandre Blouin, président-directeur général adjoint à l’ADAQ.

« C’est vrai que le vrac est plus populaire qu’avant et que certaines personnes veulent moins de barquettes, dit-il. Mais il y a aussi plus de gaspillage alimentaire en vrac quand les gens manipulent les légumes, car ceux qui sont abîmés restent sur les tablettes. »

La priorité des détaillants, surtout des grandes surfaces, demeure le respect des règles imposées par le MAPAQ pour assurer la salubrité et la conservation des aliments, affirme M. Blouin. Surtout pour ce qui est des viandes.

« Il faut éviter d’aller vers de fausses solutions, insiste-t-il, comme les barquettes oxobiodégradables que les commerces avaient adoptées mais qui étaient pires. »

Même si l’événement Plastic Attack risque d’accoler une image négative aux grands magasins d’alimentation, le porte-parole des détaillants se dit heureux que l’occasion permette de mieux expliquer aux consommateurs les raisons des pratiques d’emballage en grande surface.