ArcelorMittal doit pouvoir stocker 825 millions de tonnes de résidus supplémentaires

ArcelorMittal exploite déjà une mine près de Fermont, dont les différentes fosses devraient à terme atteindre une superficie totale de 11,3 kilomètres carrés.
Photo: Géraldine Woessner Archives Agence France-Presse ArcelorMittal exploite déjà une mine près de Fermont, dont les différentes fosses devraient à terme atteindre une superficie totale de 11,3 kilomètres carrés.

Le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) recommande d’autoriser la minière ArcelorMittal à étendre l’imposant parc de résidus de sa mine de fer du Mont-Wright, près de Fermont. Ce projet, qui permettra de stocker plus de 825 millions de tonnes de résidus supplémentaires, nécessitera la destruction de milieux naturels, dont des lacs.

« La commission d’enquête du BAPE conclut que la non-réalisation ou le report du projet engendrerait la fermeture de la mine en 2021 », affirme l’organisme, qui a rendu public son rapport mercredi « à la demande de la ministre » de l’Environnement Isabelle Melançon.

« Cette situation toucherait durement les villes de Fermont et de Port-Cartier, puisqu’ArcelorMittal y est le principal employeur », ajoute le BAPE dans ce document de 144 pages, qui a été publié à 17 h.

Le projet d’ArcelorMittal doit en effet permettre la poursuite de l’exploitation de sa mine de fer jusqu’en 2045. L’entreprise exploite déjà une mine dont les différentes fosses devraient à terme atteindre une superficie totale de 11,3 kilomètres carrés, selon les données du ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles. C’est trois fois plus que la superficie qu’aura la mine d’or de Malartic, à la fin de l’expansion de cette dernière.

ArcelorMittal prévoit aussi de produire 1318 millions de tonnes de résidus miniers sur une période de 30 ans, soit six fois plus que la mine de Malartic. Pour poursuivre son expansion et éviter la « fermeture définitive de la mine », ArcelorMittal doit donc agrandir les sites où sont entreposés les résidus de l’exploitation, selon ce que précise l’entreprise dans son étude d’impact de 534 pages.

Exploitation jusqu’en 2045

Le « futur scénario d’entreposage des résidus » permettra de stocker 825 millions de tonnes de 2026 à 2045, pour un total de 1318 millions de tonnes entre 2014 et 2045. Pour mener à bien ce projet, l’entreprise souhaite construire par la même occasion deux nouveaux bassins pour « optimiser la gestion de l’eau », dont un bassin d’« eau de procédé » de 3,6 km2 et un « bassin de sédimentation » 420 000 m2. Prévus pour durer quelques années, les travaux de construction doivent débuter à l’été 2018.

Dans son rapport publié mercredi, le BAPE insiste toutefois sur l’importance de « la performance des mesures d’atténuation et de compensation proposées par le promoteur pour les pertes d’habitat du poisson et de milieux humides occasionnées par le projet ».

Le BAPE précise en effet que ce projet entraînera « la destruction de 11 lacs, 15 étangs et 25 ruisseaux ». À cela s’ajoute une perte d’habitat de 11,2 km2 pour la faune terrestre. La minière a donc prévu un programme de « restauration » pour compenser la perte de milieux naturels.

Le BAPE souligne toutefois dans son rapport que « le promoteur aurait à bonifier son plan de compensation » de l’habitat du poisson pour répondre aux exigences fédérales.

Habitat du caribou

Le projet de la minière entraînera aussi l’« augmentation de la zone d’influence de la mine » sur l’habitat du caribou forestier. « Cela éloignerait le caribou forestier de la région de Fermont, qui fait partie de son habitat naturel, contribuant ainsi à l’impact cumulatif sur cette espèce désignée vulnérable au Québec et menacée au Canada pour laquelle aucun inventaire sur le terrain n’a été réalisé par le promoteur ».

Le BAPE estime donc qu’ArcelorMittal devrait « compenser » l’impact cumulatif de ses activités sur le caribou forestier, notamment par une contribution financière « servant à la mise en oeuvre du programme de rétablissement de cette espèce ».

La commission d’enquête du BAPE constate par ailleurs que « divers problèmes de qualité de l’eau de surface et de l’eau souterraine existent à la mine de Mont-Wright. ArcelorMittal travaille à corriger la situation depuis 2014. Certains problèmes, dont la gestion des sols contaminés et des eaux de résurgence, n’ont pas encore de solutions précises ou d’engagements fermes du promoteur, notamment pour les matières en suspension, certains métaux et le phosphore ».