Le Canada accumule les retards, malgré les promesses libérales

Le fédéral a identifié en 2011 un territoire de 1000 kilomètres carrés au large de l'île Bonaventure, en Gaspésie, en vue d'y créer une zone de protection marine. Le projet n'a pas encore vu le jour.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Le fédéral a identifié en 2011 un territoire de 1000 kilomètres carrés au large de l'île Bonaventure, en Gaspésie, en vue d'y créer une zone de protection marine. Le projet n'a pas encore vu le jour.

En soulignant la Journée mondiale de l’environnement lundi, le premier ministre Justin Trudeau a vanté le bilan de son gouvernement, qui « a pris des mesures importantes en vue de protéger l’environnement et d’encourager la création d’une économie axée sur la croissance propre ». Il a toutefois admis qu’il « reste encore beaucoup de travail à faire ».

Le bilan libéral soulève d’ailleurs des questions, alors que le Canada accumule les retards dans des dossiers majeurs.

Ambivalence climatique

Le gouvernement Trudeau a promis de lutter concrètement contre les changements climatiques, après une décennie de pouvoir conservateur à Ottawa.

Or, dans ce domaine, « il y a un défi de cohérence qui n’est toujours pas relevé », estime Annie Chaloux, professeure à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

Selon elle, Ottawa « souffle le chaud et le froid » dans le domaine climatique. Elle juge ainsi qu’au-delà des engagements sur la scène internationale, l’action fédérale manque de cohérence.

D’un côté, on annonce une tarification nationale des émissions de carbone. De l’autre, on reporte une partie de la réglementation sur les émissions de méthane du secteur pétrolier et gazier, on maintient les subventions à cette industrie et on autorise la croissance de production d’énergies fossiles. « C’est un non-sens », selon la professeure Chaloux.

Mme Chaloux croit aussi qu’il serait urgent de mettre en place un plan de transformation du secteur des transports, responsable de près de 25 % des émissions canadiennes. Elle souligne que des efforts « nettement plus substantiels » devront être faits pour espérer atteindre la cible de réduction des émissions de gaz à effet de serre fixée sous les conservateurs, soit une baisse de 30 % d’ici 2030, par rapport à 2005.

« Il s’agit d’une cible ambitieuse », rappelle-t-elle, alors que la réduction entre 2005 et 2015 a atteint à peine 2,2 %.

Territoires en attente de protection
Le Canada est signataire de la Convention sur la diversité biologique, dont les membres se sont engagés, en 2010, à protéger d’ici 2020 au moins 10 % de leurs territoires marins respectifs.

Or, le pays est toujours très loin de cet objectif. À peine 1 % des zones maritimes du pays sont actuellement protégées. « Il s’agit d’un immense retard », insiste le biologiste Sylvain Archambault, qui suit de près ces enjeux depuis plusieurs années.

Il rappelle que le gouvernement fédéral a fixé un objectif intérimaire de 5 % d’ici la fin de l’année 2017. Cela signifie qu’Ottawa devrait multiplier par cinq les superficies protégées d’ici quelques mois à peine. Une situation qui, selon M. Archambault, pourrait conduire le gouvernement à mettre en place des zones qui seraient protégées « uniquement sur papier ».

Il cite en exemple le projet de zone de protection marine du chenal Laurentien. Ce territoire de 11 600 km2, situé à l’entrée du golfe du Saint-Laurent, serait ouvert à l’exploration pétrolière et gazière, selon ce que prévoit Pêches et Océans Canada.

Espèces en péril
Avant même leur retour au pouvoir, en 2015, les libéraux de Justin Trudeau ont promis d’améliorer la protection des espèces en péril, un domaine où le gouvernement fédéral a multiplié les retards.

« Un effort assez substantiel » a d’ailleurs été fait en matière d’élaboration de programmes de rétablissement pour ces espèces, constate le biologiste Alain Branchaud, qui a lui-même travaillé au programme fédéral, pour Environnement Canada.

Le hic, c’est que le gouvernement tarde à mettre en place les mesures qui permettraient d’accroître la protection des espèces en déclin. « Quand vient le temps de protéger les habitats essentiels, il y a des retards considérables, selon M. Branchaud. La perturbation et la perte d’habitat sont pourtant les principales causes de déclin des espèces menacées. »

Il cite en exemple le cas du béluga du Saint-Laurent, une espèce classée « en voie de disparition ». Dans ce cas, l’habitat essentiel a été désigné dès 2012. Or, cinq ans plus tard, le gouvernement fédéral n’a toujours pas mis en place les mesures nécessaires pour en assurer une plus grande protection. Les libéraux ont pourtant promis, en mai 2016, d’aller de l’avant avec cette protection.

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