GES: le Québec peut-il rattraper son retard?

Le secteur des transports demeure le principal émetteur de GES, étant responsable de 41 % des émissions totales du Québec en 2014.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Le secteur des transports demeure le principal émetteur de GES, étant responsable de 41 % des émissions totales du Québec en 2014.

Le Québec continue d’accuser un sérieux retard dans l’atteinte de ses objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre, selon ce qui se dégage de l’inventaire québécois publié vendredi. Le ministre David Heurtel demeure néanmoins confiant, tandis que les groupes environnementaux prédisent déjà l’échec du plan climatique de la province.

Les plus récentes données annuelles disponibles, soit celles de 2014, indiquent que les émissions de gaz à effet de serre (GES) du Québec ont atteint 82,1 millions de tonnes cette année-là. Cela représente une diminution d’à peine 8 % par rapport au niveau de 1990, alors que l’objectif de réduction pour 2020 est de 20 %.

Le bilan publié par le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC) démontre même que les émissions ont connu en 2014 une légère hausse par rapport à 2013. Cette année-là, les émissions atteignaient 81,2 millions de tonnes, en baisse de 8,6 % par rapport à 1990. Elles ont donc augmenté de 900 000 tonnes entre 2013 et 2014.

 

Transport polluant

Selon ce que précise par ailleurs le MDDELCC dans le communiqué publié vendredi, « la baisse enregistrée depuis 1990 au Québec est principalement attribuable à la diminution des émissions dans les secteurs de l’industrie, du chauffage des bâtiments et des déchets ».

A contrario, les émissions dans le secteur de l’agriculture ont augmenté de 3 % durant la même période, tandis qu’elles ont bondi de plus de 20 % dans le secteur des transports.Sans surprise, ce dernier demeure le principal émetteur de GES, puisqu’il était responsable de 41 % des émissions totales du Québec en 2014. Le transport routier représentait à lui seul 82 % des émissions du secteur.

Les émissions de GES de l’industrie arrivaient au deuxième rang, avec 31,4 % du total provincial. Le reste des émissions se répartit entre les secteurs du chauffage des bâtiments (10,4 %), de l’agriculture (9,4 %), des déchets (7,5 %) et de la production d’électricité (0,3 %).

Échec en vue

Ces nouvelles données permettent de constater que le Québec est toujours très loin de son objectif de réduction de ses émissions de 20 % par rapport à 1990 d’ici 2020. Le gouvernement Couillard a également établi une cible de réduction de 37,5 % d’ici 2030, toujours par rapport à 1990. Le communiqué publié vendredi ne fait pas mention de cet objectif, pourtant inscrit dans la politique énergétique du Québec à l’horizon 2030.

Malgré l’ampleur de la tâche qui attend le Québec pour atteindre les objectifs fixés pour les prochaines années, le ministre de l’Environnement David Heurtel se dit persuadé d’y parvenir.

« Le Québec est en route vers la cible qu’il s’est fixée pour 2020 », a assuré son attachée de presse, Émilie Simard, dans une réponse écrite. « Le Québec continue d’agir en matière de lutte contre les changements climatiques et est pleinement dédié à réduire ses émissions de GES. Le marché du carbone est le fer de lance de notre action en matière de lutte contre les changements climatiques », a-t-elle ajouté.

Pour Karel Mayrand, directeur de la Fondation David Suzuki pour le Québec, les nouvelles données du MDDELCC sont au contraire très décevantes. « La tendance des trois dernières années est très inquiétante. Alors que le rythme des réductions devrait s’accélérer, le Québec fait du surplace et risque de rater ses cibles en interne pour 2020 et 2030 », a-t-il commenté.

Même son de cloche du côté de Greenpeace. « Il n’y a eu aucun changement majeur au Québec au cours des dernières années, notamment dans le secteur des transports », a souligné son porte-parole, Patrick Bonin. Qui plus est, des projets industriels comme la cimenterie de Port-Daniel et les projets pétroliers en Gaspésie risquent selon lui d’alourdir le bilan de GES. « À moins d’un changement radical, nous allons échouer lamentablement pour 2020, et il est encore plus improbable d’atteindre la cible de 2030. »

À l’échelle canadienne, le Québec fait néanmoins bonne figure, puisque les émissions par habitant sont les plus faibles de toutes les provinces. La principale province émettrice demeure l’Alberta, avec plus du tiers de toutes les émissions de GES au pays. Celles-ci dépassent les émissions combinées du Québec et de l’Ontario.

10 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 10 mars 2017 12 h 41

    Hypocrisie

    Nos gouvernements, fédéral et provincial, se pètent les bretelles dans les forums internationaux mais ne font que quelques actions symboliques et vont complètement rater leurs objectifs déjà trop peu ambitieux. Trump et sa gang, eux au moins, sont honnêtes, ils font ce qu'ils disent.

    • Raymond Labelle - Abonné 11 mars 2017 17 h 20

      Le truc est le suivant: donner des objectifs éloignés dans le temps (2030 par exemple) - reportant ainsi le moment de rendre des comptes - faire très peu d'ici là et quand bien même paraître en étalant que l'on a cet objectif ambitieux.

  • François Beaulé - Abonné 10 mars 2017 13 h 15

    La part des camions

    Dans le tableau 5 de l'« Inventaire 1990-2014 », on peut lire que les émissions des véhicules lourds ont augmenté de 90 % pour atteindre 9,19 Mt. Pour connaître la part des camions légers servant aux transports des marchandises, il faudrait séparer les émissions provenant des camions légers servant de véhicules de promenade et celles des camions transportant des marchandises. La catégorie « camions légers » regroupe tous les véhicules pesant 3900 kg et moins alors que les petits 4 x 4 ( comme le RAV-4 ou le Subaru Forester ) ne pèsent que 1600 kg.

    On peut approximer que la majeure partie (60 % ?) de l'augmentation des émissions des véhicules sur les routes provient des camions transportant des marchandises. Qu'est-ce que les gouvernements du Canada et du Québec projettent de faire pour diminuer de façon importante les émissions des camions ?

    • Jean-Yves Arès - Abonné 11 mars 2017 13 h 06

      La question est importante car la poser indique que l’on recherche une responsabilité autre que celle de chacun, celle du publique en générale. On a beau avoir des médias qui nous inondent d’appels à de bonnes intentions environnementales, généralement ils dirigent la responsabilité de la chose que sur les États et les entreprises, se gardant bien de heurter le comportement de leur auditeurs-clients.

      Pour moi un véhicule de 1,600 kilos a utilisation pour fins personnels, en 2017, avec tout ce que l’on sait sur l’environnement, ce n’est pas autre chose qu’un scandale bien réel. Et scandale bien loin des cibles médiatiques des Greenpeace de ce monde (pour je ne sais quelles raisons).

      D’où d’ailleurs le pourquoi de ma certitude que la combustion du pétrole est là pour longtemps…

      Pour répondre comme tel a la question on a la SAAQ qui départage dans un de ses documents l’utilisation des types de véhicules selon qu’elle soit ''promenade'' ou ''institutionnelle-professionnelle-commerciale''.

      Capture ici goo.gl/laVgtt

      de la page 151 de ce document goo.gl/P9gWLj

      On y trouve que 80% des 1,510,000 camions légers en 2014 sont d’utilisation promenade.


      Une autre source d’info vient d’Assurance Desjardins. Ils donnent les parts de type de véhicules du Québec et quelques autres provinces du Canada en 2012, goo.gl/0t6rBt


      Ils donnent aussi une liste plus détaillée de types de véhicules, et font un lien avec le niveau de revenu disponible pour expliquer le choix de plus petits véhicules. Ce lien serait devrait être approfondit avec une étude plus détaillée sur le profile (pas seulement financiers) des acheteurs. Encore qu’au regard de la liste ou peut conclure que la conscience environnementale joue pour a peu près rien a l’heure de signer un contrat d’achat.
      goo.gl/AzAKCZ

      Leur document goo.gl/60lPpT

    • François Beaulé - Abonné 11 mars 2017 21 h 51

      D'abord, les médias sauf exception sont remplis de publicité d'automobiles, de SUV et d'autres véhicules gloutons. Nos vedettes locales comme les américaines roulent en gros 4x4. Et il est vrai que les ventes de SUV montrent que les Québécois, comme les autres Nord-Américains, ne cherchent pas à minimiser leurs émissions de GES.

      Il faudrait taxer davantage les carburants et utiliser un système bonus-malus pour l'immatriculation.

      Néanmoins, la majeure partie de l'augmentation des émissions sur les routes de 1990 à 2014 est due aux camions de marchandises et le gouvernement aurait tort de ne pas s'y attaquer. Ce ne sont pas les Tesla ou la Chevrolet Bolt ou Volt ni la Toyota Prius qui pourront remplacer les camions de marchandises.

      Même si actuellement plus de 80% des véhicules faisant partie des «camions légers» sont des véhicules de promenade, les véhicules faisant partie de cette catégorie et utilisés pour le transport des marchandises sont beaucoup plus lourds que 1600 kg et moins aérodynamiques et parcourent beaucoup plus de km par année. Voilà pourquoi il serait bien que le ministère de l'Environnement comptabilise séparément les émissions de GES selon qu'elles proviennent du transport des marchandises ou du transport de personnes.

      L'augmentation totale des émissions sur les routes 1990-2014 est de 5,85 Mt. De ce nombre 4,36 Mt proviennent des véhicules lourds, soit 75 % du total. Ce à quoi il faut ajouter l'augmentation des émissions provenant des camions légers servant au transport des marchandises.

  • Pierre Robineault - Abonné 10 mars 2017 14 h 57

    Rien

    Rien de plus facile que de s'éloigner d'objectifs fictifs!
    Continuez ce travail merveilleux, monsieur Shields, il nous est indispensable.

  • Nicole Delisle - Abonné 11 mars 2017 12 h 13

    Aucune surprise là!

    L'environnement n'a jamais été une valeur fondamentale du parti libéral. Il a toujours misé et axé ses campagnes électorales sur l'économie. Il abordait l'aspect environnemental pour attirer une certaine catégorie d'électeurs, mais cela n'a jamais été une priorité pour lui. Miser sur l'économie, c'est bien beau, mais si on ne se préoccupe pas de ce qui favoriserait dans l'avenir une meilleure économie, comme
    l'éducation de nos jeunes, la santé de ses habitants, le bien-être et une meilleure intégration à notre société, on travaille littéralement dans le vide! D'ailleurs, le Québec ne fait pas mieux que les autres au niveau de l'emploi. À trop miser sur l'économie, on perd l'ensemble de sa mission de dirigeant. Et l'environnement en subit donc les effets. Ajoutons à cela un ministre de l'environnement qui semble dépassé par son rôle à jouer et qui semble peu réactif et enthousiaste, et on a le résultat évoqué dans l'article de M. Shields. C'est clair quel l'on prend du retard sur
    des ambitions qui au départ n'étaient là que pour épater la galerie!

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 11 mars 2017 14 h 58

      Oui,épater la galerie et tourner en rond avec des phrases creuses.
      Peut-on etre si mal servis par des dirigeants sans vision ou vision mensongere du bien-etre commun et sans ame.
      Nous sommes gatés par ces élus.
      Merci a Alexandre Shields pour son travail,

  • Benoit Thibault - Abonné 11 mars 2017 12 h 48

    Le test de la réalité

    De toute evidence parler des deux cotés de la bouche fini par ratraper. Le gouvernement libéral ne peut plus sans caché.
    Quand les décisions feront-elles l'objet d'une réelle mesure de ces effets.
    Un exemple patent, la centralisation des laboratoires d'hopitaux! Qu'est ce cela donner en GES de promener continuellement ces echnatillons sur nos routes?
    En terme de developpement durable les autres impacts (embalages des échantillons, pertes de personnel qualifié en région, etc.) on aussi des effets GES et economiques.
    L'analyse microscopique ($/analyse) détonne avec son role d'embrasser l'emsemble des impacts.