Ottawa veut cerner les causes du déclin des bélugas

D’une population relativement stable d’environ 1000 individus jusqu’au début des années 2000, le nombre de bélugas se situerait désormais à environ 880 animaux.
Photo: Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM) D’une population relativement stable d’environ 1000 individus jusqu’au début des années 2000, le nombre de bélugas se situerait désormais à environ 880 animaux.

Pêches et Océans Canada entend commander une étude dans le but de mieux comprendre les impacts des différentes menaces qui pèsent sur les bélugas du Saint-Laurent, a appris Le Devoir. Pendant ce temps, on continue, encore cette année, de compter les carcasses sur les rives de l’estuaire.

Un peu plus d’un an après avoir autorisé des travaux de forage en plein coeur de la pouponnière de l’espèce, à Cacouna, le gouvernement fédéral souhaite maintenant obtenir une analyse de sa « viabilité ». Fait à noter, le ministère a choisi d’offrir ce contrat à l’externe, au lieu de le confier uniquement à ses propres experts. Un appel d’offres a d’ailleurs été lancé en ce sens le 22 juillet dernier.

Peu de détails étaient toutefois inscrits sur la fiche publique. On ne sait pas, par exemple, quelle doit être la valeur du contrat ou les échéanciers pour le réaliser. On sait cependant que celui-ci porte précisément sur la réalisation d’une « analyse de viabilité de la population de bélugas de l’estuaire du Saint-Laurent ». La période ouverte pour y répondre s’échelonnait sur deux semaines, soit jusqu’au 5 août.

À Pêches et Océans Canada, une porte-parole a précisé que cette étude devrait permettre de mieux cerner les menaces qui pèsent sur les bélugas, une espèce résidente du Saint-Laurent qui montre des signes clairs de déclin.

« L’objectif principal du projet est de mieux comprendre comment les principales menaces affectent la population du béluga de l’estuaire du Saint-Laurent en effectuant une analyse de la viabilité de la population visant à quantifier les effets relatifs mais aussi combinés du bruit, des contaminants et de la disponibilité de la nourriture sur la dynamique de cette population », a-t-on expliqué par courriel.

L’étude qui doit être menée à la suite de l’appel d’offres sera réalisée en collaboration avec des scientifiques de Pêches et Océans Canada, a indiqué le ministère. « Les résultats de cette étude […] s’ajouteront aux connaissances actuelles du ministère sur la population de béluga de l’estuaire du Saint-Laurent et permettront d’identifier des mesures de gestion pour le rétablissement de cette espèce », a-t-on ajouté.

Il faut rappeler que, même si le béluga est inscrit à la liste des espèces en péril, le gouvernement Harper tarde à désigner son habitat essentiel. Normalement, cela devrait avoir été fait il y a près de trois ans, en vertu de la Loi sur les espèces en péril.

Obstacles multiples

Ce ne sont pas les problématiques qui manquent pour cette espèce. Il a notamment été démontré que la circulation maritime constitue une source de dérangement considérable pour les bélugas. Or, leur habitat estival est situé dans des zones où passent de nombreuses embarcations, des bateaux de plaisance aux cargos. C’est le cas, par exemple, dans l’embouchure du Saguenay.

Les chercheurs mettent aussi en lumière la nécessité de mieux comprendre les impacts d’une diminution des stocks de harengs, une proie pour les bélugas, mais aussi de l’accumulation de certains agents contaminants dans les animaux.

Le recul des glaces dans le golfe pourrait également nuire aux femelles gestantes durant les mois qui précèdent la naissance de leurs veaux. Un phénomène qui pourrait d’ailleurs prendre de plus en plus d’importance en raison des bouleversements climatiques qui frappent le Saint-Laurent.

Si aucun facteur n’a jusqu’ici été formellement identifié, on constate toutefois que le déclin est bien réel. D’une population relativement stable d’environ 1000 individus jusqu’au début des années 2000, le nombre de bélugas se situerait désormais à environ 880 animaux. Depuis que les bélugas bénéficient d’une protection officielle, leur population n’a jamais augmenté. Normalement, une population en santé aurait dû doubler.

Selon une étude portant sur ce déclin menée par des chercheurs de Pêches et Océans Canada et publiée le mois dernier, la proportion de jeunes serait en net recul, alors que les mortalités chez les nouveau-nés sont en hausse. Le nombre de femelles mortes au moment de donner naissance serait lui aussi en augmentation depuis quelques années.

Les données disponibles lundi pour les mortalités comptabilisées depuis le début de la saison 2015 indiquent qu’au moins 14 carcasses de bélugas ont été retrouvées. De ce nombre, on compte cinq nouveau-nés. La saison n’est toutefois pas encore terminée. Depuis que les scientifiques récupèrent les carcasses, de zéro à trois jeunes étaient retrouvés chaque année. Ce nombre a connu une croissance à partir de 2008.

Des visites exceptionnelles dans le Golfe

Alors que la saison d’observation des baleines est toujours en cours au Québec, les chercheurs ont réalisé des observations exceptionnelles de baleines au large de la péninsule gaspésienne. Selon des informations diffusées par la Station de recherche des îles Mingans, qui se spécialise dans les travaux portant sur la baleine bleue, entre 20 et 30 individus de cette espèce ont été aperçus dans le secteur au cours des derniers jours. Ce nombre équivaut au total des observations de l’an dernier. Au moins une vingtaine de baleines noires, espèce rarissime dans l’Atlantique Nord, ont aussi été observées dans les eaux du golfe du Saint-Laurent. Un phénomène qui pourrait être attribuable à hausse de la population, qui avoisine à peine les 500 individus.


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