Un pas de plus vers les forages et les levés sismiques

David Heurtel a annoncé la composition du comité d’experts qui devra émettre «un avis scientifique afin d’approuver les exigences de réalisation des travaux préliminaires de TransCanada».
Photo: Michaël Monnier Archives Le Devoir David Heurtel a annoncé la composition du comité d’experts qui devra émettre «un avis scientifique afin d’approuver les exigences de réalisation des travaux préliminaires de TransCanada».

Le gouvernement Couillard a franchi une étape importante en vue d’autoriser TransCanada à mener des travaux au Québec dès cet été dans le cadre de son projet de pipeline Énergie Est. Il vient de publier la liste des « experts » choisis par le ministère de l’Environnement pour « approuver » les exigences de Québec pour les travaux de forages et de levés sismiques prévus au cours des prochaines semaines.

Avant même que ne débute l’évaluation du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) pour le projet Énergie Est, TransCanada souhaite en effet mener des travaux sur le terrain dans le but de finaliser le tracé des 700 kilomètres du pipeline qui traversera le territoire québécois.

Pour finaliser ce tracé, la pétrolière compte réaliser des forages en milieu terrestre, mais aussi des levés sismiques en milieux terrestre et aquatique. Les informations sur la nature exacte des travaux et les lieux où ils seront menés n’étaient pas disponibles au moment d’écrire ces lignes. Le ministre de l’Environnement David Heurtel s’est toutefois engagé à rendre publiques ces informations.

Par voie de communiqué, M. Heurtel a aussi annoncé la composition du comité d’experts qui devra formuler « un avis scientifique afin d’approuver les exigences de réalisation des travaux préliminaires de TransCanada ».

Ce comité est présidé par le biologiste Ghislain Chouinard, présenté comme un « chercheur sur les ressources halieutiques du sud du golfe du Saint-Laurent » et « l’auteur de nombreux rapports techniques et publications. Il a également accumulé 35 années d’expérience à Pêches et Océans Canada ». Le comité compte aussi un chercheur spécialisé en géophysique expérimentale, un spécialiste des bassins versants et un expert en forages.

Fait à noter, le ministère de l’Environnement a souligné dans son communiqué que le comité pourra « compter sur l’expertise de l’Institut Maurice-Lamontagne (IML) dans le domaine des sciences de la mer, notamment pour les éléments concernant les mammifères marins ».

Il faut dire qu’après avoir abandonné son projet de construire un port pétrolier dans la pouponnière de bélugas du Saint-Laurent, TransCanada est toujours à la recherche d’un site sur le Saint-Laurent pour construire son port. Si l’expertise de l’IML était sollicitée, cela signifierait que la pétrolière albertaine lorgne du côté des rives de l’estuaire ou du golfe pour la construction de son port.

« En plus d’agir de façon proactive, nous nous assurons que les travaux préliminaires projetés par l’entreprise se réaliseront selon les meilleures pratiques environnementales, et ce, en garantissant la sécurité de la population et la protection de l’environnement », a affirmé le ministre Heurtel par voie de communiqué.

Le ministre a aussi rappelé que TransCanada a « informé » le gouvernement du Québec qu’elle souhaitait mener des travaux « dès cet été ». Ces travaux seront menés avant que ne débute l’évaluation environnementale du projet par le BAPE. Mais comme la pétrolière a toujours refusé de déposer un « avis de projet » pour son pipeline Énergie Est, le BAPE n’aura pas en main d’étude d’impact avant de commencer ses travaux. C’est pourtant la procédure habituelle pour ce genre de projet. Québec a d’ailleurs exigé pendant des mois le dépôt d’un avis de projet, en vain.

Une fois que le tracé définitif sera connu, le BAPE mènera tout de même une enquête et une audience publique sur la portion québécoise du projet. Le rapport devra être transmis au gouvernement au plus tard 60 jours avant le début des plaidoiries à l’ONE.

Selon ce qu’a déjà indiqué le gouvernement Couillard, l’étude québécoise ne tiendra pas compte des émissions de gaz à effet de serre émis par la production du pétrole des sables bitumineux qui coulera dans le pipeline. Celles-ci devraient dépasser les 30 millions de tonnes par année, soit l’équivalent de sept millions de véhicules. Un peu plus de 400 millions de barils couleront chaque année dans ce tuyau.

Selon le tracé préliminaire du pipeline, le tuyau d’un mètre de diamètre traverserait 641 cours d’eau au Québec, dont 31 majeurs, notamment le fleuve Saint-Laurent. Le pipeline Énergie Est pourrait aussi franchir plus d’une trentaine de cours d’eau dans des secteurs présentant des risques évidents de glissements de terrain en raison de l’instabilité des rives.

Le pipeline traversera en outre de nombreux secteurs agricoles, mais aussi le territoire de plusieurs dizaines de municipalités des deux rives du Saint-Laurent. Selon une recension non exhaustive du Devoir, des municipalités régionales de comté (MRC) représentant au moins 75 municipalités rejettent le projet Énergie Est ou exigent une évaluation environnementale du Québec.

Avec le transport de plus d’un million de barils par jour dès 2020, Énergie Est fera du territoire du Québec un élément clé dans l’exportation du pétrole albertain. Avec ce projet, le plus important du genre en développement en Amérique du Nord, plus du tiers de la production des sables bitumineux passera en sol québécois d’ici cinq ans.



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