L’agriculture mondiale souffre déjà du réchauffement climatique

Un agriculteur plante du riz dans un champ de la banlieue de Manille, aux Philippines. Le riz est l’une des cultures essentielles qui seront de plus en plus affectées par les changements climatiques.
Photo: Agence France-Presse (photo) Jay Directo Un agriculteur plante du riz dans un champ de la banlieue de Manille, aux Philippines. Le riz est l’une des cultures essentielles qui seront de plus en plus affectées par les changements climatiques.

Le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) établit pour la première fois que les changements climatiques posent une sérieuse menace sur notre capacité à nourrir l’humanité. Dans un nouveau rapport publié lundi, l’organe onusien estime en outre que le monde est très mal préparé aux conséquences des bouleversements du climat, un message reçu comme un appel à une action internationale rapide afin d’infléchir la tendance actuelle.

 

« Les changements climatiques touchent déjà l’agriculture, la santé, les écosystèmes terrestres et océaniques, l’approvisionnement en eau et les moyens de subsistance de certaines populations », souligne le GIEC dans le rapport Changement climatique 2014: impacts, adaptation et vulnérabilité.

 

« Ce qui est frappant dans les incidences observées de ces changements, c’est qu’ils se produisent depuis les tropiques jusqu’aux pôles, depuis les petites îles jusqu’aux grands continents, et depuis les pays les plus riches jusqu’aux plus pauvres. »

 

Mais ce ne sera vraisemblablement que le début, si la communauté internationale ne parvient pas à s’entendre sur un plan de lutte contre les bouleversements climatiques. « La probabilité d’impacts graves, étendus et irréversibles s’accroît avec l’intensification du réchauffement », préviennent d’ailleurs les scientifiques qui ont rédigé ce document, qui constitue la plus importante synthèse de connaissances sur la science du climat depuis 2007.

 

Impacts sur l’agriculture

 

Contrairement au précédent rapport, publié en 2007, celui-ci aborde directement des craintes de reculs marqués de la productivité agricole. Plusieurs cultures alimentaires essentielles, comme le riz, le blé et le maïs, seront d’ailleurs de plus en plus affectées au cours des prochaines années. La baisse pourrait être de l’ordre de 2 % par décennie, alors que la demande risque de bondir de 14 % d’ici à 2050. D’après le rapport, ce phénomène aura un effet sur les prix des aliments. L’augmentation des prix des aliments devrait varier de 3 % à 84 % d’ici 2050.

 

Le document ajoute que le réchauffement se fera sentir dans certaines régions productrices de café. La quantité et la qualité du vin produit en Europe, aux États-Unis et en Australie seront aussi réduites. Les pêcheries mondiales risquent aussi d’encaisser des reculs significatifs.

 

Même si les impacts économiques globaux « sont difficiles à estimer », le GIEC estime que le changement climatique va « ralentir la croissance […] et créer de nouvelles poches de pauvreté ». Une aggravation des événements climatiques extrêmes devrait par ailleurs engendrer des déplacements de population, soulignent les scientifiques. « Moins d’eau et de ressources alimentaires, des migrations accrues, tout cela va indirectement augmenter les risques de conflits violents », met en garde le GIEC.

 

En Amérique du Nord, le GIEC note que « la baisse attendue de la productivité [agricole] pourrait nuire à la sécurité alimentaire mondiale ». Outre cet aspect critique, le document précise que les ressources en eau et les infrastructures sont très sensibles aux variations du climat. « La plupart des infrastructures nord-américaines sont vulnérables aux événements météorologiques extrêmes et, à moins qu’on y investisse pour les renforcer, elles seront plus vulnérables aux changements climatiques. » C’est le cas notamment pour le Canada.

 

Les scientifiques prévoient aussi que la santé des Nord-Américains subira les impacts de la hausse du thermomètre mondial, avec la propagation plus importante de certaines maladies. Sans oublier un accroissement attendu des événements météorologiques comme les vagues de chaleur et les inondations.

 

Si les impacts appréhendés se précisent encore davantage avec ce nouveau rapport, un fait demeure, selon Vicente Barros, coprésident du Groupe de travail qui l’a rédigé. « Dans de nombreux cas, nous ne sommes pas préparés aux risques climatologiques auxquels nous faisons déjà face. » Une situation d’autant plus inquiétante que « vu le réchauffement considérable dû à l’augmentation continue des émissions de gaz à effet de serre, les risques vont être difficiles à gérer et même des investissements importants et soutenus dans l’adaptation auront leurs limites ».

 

Objectif: Paris 2015

 

Selon Hugo Séguin, spécialiste de la question et participant au cycle de négociations internationales sur le climat, ce nouveau constat de la catastrophe à venir « devrait aider le monde à sortir de la torpeur dans laquelle il se trouve ». Il juge essentiel que la communauté internationale « se redonne un élan » dans le but de parvenir à Paris, en 2015, à adopter un accord ambitieux de lutte contre les bouleversements climatiques. Surtout que depuis le Sommet tenu en 2009, pratiquement rien n’a progressé.

 

« On ne peut pas faire l’économie d’une réaction concertée pour faire face aux changements climatiques, a insisté M. Séguin lundi. Le dossier est clair, il est accablant et il est de moins en moins contesté. » Il estime d’ailleurs qu’au cours des prochains mois, la pression devrait s’accentuer sur le gouvernement canadien pour qu’Ottawa se présente à Paris « en mode “solution” et non plus en mode “blocage” ».

 

Les travaux du GIEC doivent servir à l’élaboration d’un accord mondial de lutte contre les changements climatiques. L’objectif de la communauté internationale est de parvenir, lors de la Conférence des Nations unies qui se tiendra à Paris, à un accord contraignant permettant de contenir le réchauffement à 2 °C d’ici 2100. Au-delà de ce seuil, les scientifiques estiment que des conséquences dramatiques seront inévitables. Actuellement, la trajectoire climatique place la terre sur un réchauffement de 4 °C à 5 °C.
 

7 commentaires
  • Denise Lauzon - Inscrite 1 avril 2014 01 h 29

    Une autre alerte qui sera ignorée des gouvernements

    La nouvelle est alarmante. Cependant, les élus politiques à travers le monde vont continuer à encourager les entrepreneurs à développer de nouveaux chantiers, à inciter les citoyens à consommer, aux entreprises à produire davantage, aux forestières de poursuivre le défrichement, aux cies pétrolières et gazières à expandre leurs activités.

    Y a peu d'espoir de s'en sortir.

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 1 avril 2014 06 h 59

      Je suis malheureusement d'accord avec vous.

    • Daniel Bérubé - Abonné 1 avril 2014 10 h 03

      Quand vous dites: "Y a peu d'espoir de s'en sortir" , je ne peux qu'être d'accord avec vous, mais j'ai pour ma part délaissé ma confiance en l'homme, comme étant celui pouvant résoudre ces problèmes, lui même en étant la cause, et ce, presque volontairement, sachant les impacts à moyens et long terme de ces choix de vie.

      Ce que je crains le plus, c'est la division de classe, faisant en sorte que de la nourriture bio de qualité et de haux prix sera disponible pour les riches, et une autre nourriture, produite de manière "industro-capitaliste" et donc de basse qualité et aussi à bas prix, pour les classes inférieures.... et reconnaissons que la chose est déjà commencé d'ailleurs...

  • Jean Richard - Abonné 1 avril 2014 10 h 46

    Détournement de l'agriculture

    Le catastrophisme ne devrait pas détourner notre attention sur certaines pratiques discutables qu'on aurait avantage à faire disparaître.

    Ainsi, comment peut-on dire que l'agriculture pourrait ne plus suffire à nourrir la population mondiale quand :

    - une partie non négligeable de la production céréalière est détournée de l'alimentation vers la production de biocarburants (sous la pression des lobbies des producteurs de céréales, les provinces canadiennes mettent en place les unes derrières les autres des politiques de contenu minimal d'éthanol dans le carburant automobile) ;

    - une partie importante du territoire agricole est détournée vers la culture intensive d'espèces à haut rendement destinées à la production de biocarburants, en utilisant des modes de rendement qui détruisent la terre (désertification artificielle) ;

    - il y a encore, chaînes américaines de restauration rapide aidant, une surconsommation de viande de bovins dans certaines partie du monde, sachant qu'il s'agit de l'espèce ayant le plus faible rendement en protéines ;

    - on détruit chaque année des milliers de tonne de nourriture, des céréales surtout, pour éviter que des surplus fassent chuter les prix sur le marché ;

    - la philosophie des bas prix qui ont comme effet pervers d'encourager la production à très haut rendement (au détriment de l'appauvrissement des sols) et de contribuer à une culture du gaspillage (quand ça ne coûte pas cher, on gaspille) ; c'est bien connu, dans certaines régions riches occidentales, on met jusqu'à 40 % de nourriture comestible à la poubelle...

    Bref, la faim dans le monde, ce n'est pas qu'une question de changements climatiques, et bien que la population humaine de la Terre soit une source de préoccupation, il n'est peut-être pas exact de penser que la planète n'a pas les ressources suffisantes pour nourrir tout le monde. Si cette population venait à doubler, soit ! Mais nous n'en sommes pas encore là.

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 1 avril 2014 12 h 10

      À travers l'histoire, il y a eu des périodes d'épidémie, de sécheresse, de famine, des moissons ravagées par la vermine, par la grêle, par le froid, les ouragans, tsunamis, par les incendies, par la guerre, etc. L'agriculture est directement affectées par les quatre éléments, la pollution et les activités des hommes. Mais, à l'heure actuelle, ce sont effectivement les changements climatiques, ou la force de la nature, qui détermineront de notre capacité de nous nourrir, et cela entraînera une réaction en chaîne d'autres problèmes. Non seulement nous ne nous y préparons pas du tout, mais une majorité de personnes est convaincue que cela n'est qu'une lointaine hypothèse. Ma principale préoccupation : que fait-on pour préparer la jeune génération à un avenir totalement différent d'aujourd'hui, tant au niveau économique que social.

  • Denise Lauzon - Inscrite 1 avril 2014 13 h 44

    Le pire est à craindre si des changements majeurs ne sont pas apportés

    Premièrement, je dois dire que nous sommes dans le pétrin, en grande partie parce que tout fonctionne sur notre planète sur des bases de compétition. Cela s'observe partout: à l'école, dans les milieux de travail, entre les entreprises et entre les pays.

    On aurait besoin d'une autorité suprême qui mettrait en place des règles strictes que tous les citoyens et tous les pays devraient respecter. Cette autorité pourrait exiger que tous les pays adoptent des politiques de contrôle de naissances, que d'ici l'an X, tous les pays doivent avoir opté pour une culture biologique, que tous les pays doivent mettre fin à l'utilisation du charbon et des énergies fossiles d'ici l'an X, etc. etc. Il faudrait aussi remplacer notre système capitaliste par un système axé sur la simplicité volontaire. Il est vrai que out ça semble utopique comme l'idée que la vie sur terre pourrait prendre fin et pourtant c'est bel et bien ce qui nous guette.

  • Louise Lefebvre - Inscrite 4 avril 2014 20 h 25

    Le mur n'est pas loin...

    Votons QS c'est le seul parti qui se préoccupe de l'environnement!!!
    Il faut que les gouvernements bougent et qu'ils cessent de dire que c'est par des petits gestes qu'ont va y arriver...c'est un grand coup de barre qu'il faut donner et il faut repenser notre système économique ce qui automatiquement se réflétera dans notre façon de vivre et nous ramènera aux valeurs essentielles...