Récupération des halocarbures - Encore du chemin à faire

Le fréon, les halons et autres gaz font fonctionner les frigos, congélateurs et climatiseurs. Mais une fois libérés dans l’air, ces gaz montent lentement dans l’atmosphère et se logent dans la couche d’ozone, où on calcule qu’ils peuvent re
Photo: Jacques Nadeau Le fréon, les halons et autres gaz font fonctionner les frigos, congélateurs et climatiseurs. Mais une fois libérés dans l’air, ces gaz montent lentement dans l’atmosphère et se logent dans la couche d’ozone, où on calcule qu’ils peuvent re

Vingt ans après la ratification du Protocole de Montréal, la chasse aux CFC, HCFC et autres halons n'est pas encore terminée au Québec. De moins en moins de substances nocives pour la couche d'ozone demeurent en circulation, mais leur récupération n'est pas automatique partout.

Le scénario se répète le 1er juillet de chaque année. Les ruelles de Montréal croulent soudain sous les amas de vieux divans, tables bancales et autres restants d'un appartement récemment quitté. Et bien souvent, parmi ces objets rejetés, trône un vieux frigo de fonte bourré de fréon.

Inoffensif à première vue, ce réfrigérateur échoué a tout le potentiel pour au contraire se révéler bien nocif. Son fréon, produit qui fait partie de la famille des CFC (chlorofluorocarbones) et des HCFC (hydrochlorofluorocarbones) est précisément l'ennemi combattu par le Protocole de Montréal.

Parce que, avec les halons et quelques autres substances liquides, les CFC et HCFC sont en partie responsables de l'amincissement de la couche d'ozone. Ils sont bien utiles, remarquez: ils font fonctionner les frigos, congélateurs et climatiseurs, servent comme gaz propulseur dans les aérosols et les extincteurs, ou encore comme agent gonfleur dans certaines mousses rigides utilisées comme emballages.

Leur utilisation ne pose pas de risques en soi. Mais une fois libérés dans l'air — par exemple, si ce vieux frigo est enfoui sans que ses liquides soient contenus — les gaz montent lentement dans l'atmosphère et se logent dans la couche d'ozone, où on calcule qu'ils peuvent rester près d'un siècle. À faire quoi? Grignoter, ni plus ni moins, l'enveloppe protectrice de la planète.

Le Protocole de Montréal a donc interdit la production des halons (depuis 1994), des CFC (depuis 1996) et des HCFC (moins dommageables, ils devraient avoir disparu d'ici 2020). Tous les frigos et congélateurs vendus depuis une décennie sont ainsi exempts de ces produits. Mais il en reste encore des masses sur le marché de l'usagé et dans les résidences des Québécois.

Nouveau règlement

Pour contrôler la manipulation de ces vieux appareils, le gouvernement Charest a adopté en décembre 2004 le Règlement sur les halocarbures, qui venait bonifier le Règlement sur les substances appauvrissant la couche d'ozone adopté en 1993.

Les halocarbures regroupent l'ensemble des substances appauvrissant la couche d'ozone (SACO) ainsi que leurs substances de remplacement, comme les HFC (hydrofluorocarbures) et PFC (perfluorocarbures). Des substances qui, si elles présentent l'avantage de ne pas nuire à la couche d'ozone, se sont révélées au fil des ans être de puissants gaz à effet de serre (le HFC est d'ailleurs visé par le Protocole de Kyoto).

La nouvelle réglementation vise à réduire les émissions d'halocarbures dans l'atmosphère afin de protéger la couche d'ozone et d'amoindrir l'accroissement de l'effet de serre lié aux émissions d'origine humaine. Plusieurs dispositions sont prévues, entre autres l'interdiction de laisser s'échapper des halocarbures dans l'atmosphère, l'obligation pour les grossistes et les distributeurs de reprendre à leur point de vente les halocarbures usagés rapportés par les clients, ainsi que l'obligation pour tous les réparateurs et manipulateurs de récupérer ces produits.

Cette dernière disposition vient encadrer le travail de tous les travailleurs des secteurs de la réfrigération et de la climatisation, de l'automobile, de l'électroménager et de la protection contre les incendies. Tous ceux, en fait, qui achètent ou qui utilisent des halocarbures ou dont le métier les amène à travailler sur des appareils qui contiennent des halocarbures.

Le Règlement stipule ainsi que «les matières résiduelles contenant des halocarbures et qui sont mises au rebut [réfrigérateurs, congélateurs, climatiseurs domestiques] doivent être vidangées de leurs halocarbures, à l'aide d'un appareil de récupération, avant d'être éliminées ou démantelées».

Jusque-là, la réglementation à cet égard était plutôt laxiste. Au moment de l'adoption du règlement, le directeur général de la Régie de gestion des matières résiduelles de la Mauricie a ainsi avoué au journal Le Nouvelliste que les frigos récupérés au bord des routes dans cette région étaient tout bonnement écrasés par la benne du camion collecteur, après quoi on dirigeait les carcasses vers un ferrailleur. Les CFC, eux, étaient du coup rejetés dans l'air, sans plus de considérations.

Des failles

Sur papier, le principe du règlement est donc clair: quiconque manipule des halocarbures doit être formé pour récupérer sécuritairement ces agents polluants. Et on ne peut plus libérer impunément ceux-ci. Sur le terrain, toutefois, la réalité est autre. Car une disposition importante de la loi n'est pas encore en vigueur: celle qui impose aux «travailleurs de l'halocarbure» d'être formés pour récupérer les gaz.

Un certificat de conformité à ces règles devrait déjà être obligatoire depuis juin, mais le gouvernement a décidé d'en retarder l'exigence jusqu'à l'an prochain, à cause d'un retard dans la préparation des cours de mise à niveau. On estime ainsi que seulement 20 % des 25 000 travailleurs visés sont actuellement formés et sensibilisés aux enjeux liés à une mauvaise manipulation.

«C'est un problème, note Karel Ménard, directeur du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets (FCQGED), mais il y en a plusieurs autres. Quand on met un frigo à la rue, par exemple, on sait qu'un récupérateur de métal va rapidement le ramasser. Mais ce qu'il fait des CFC, ensuite, on n'en a pas d'idée. Les grands vendeurs d'électroménagers font la même chose avec les appareils qu'ils reprennent lors de la livraison des nouveaux: ils contactent un ferrailleur qui récupère tout, mais bien peu vérifient ce qu'on fait des gaz ensuite.»

«Quand on regarde les mesures qui existent actuellement, poursuit-il, on reste avec l'impression qu'un citoyen doit être vraiment motivé pour s'assurer que ses vieux appareils soient efficacement et écologiquement récupérés.»

M. Ménard note la même tendance pour l'ensemble des résidus domestiques dangereux (RDD). «Que ce soit pour les batteries, les téléphones cellulaires, les vieux pots de peinture, les huiles, on se fie beaucoup à la bonne foi de tout le monde.» Pour le FCQGED, la solution passe entre autres par une plus grande responsabilisation des producteurs. «Ils devraient être responsables de leur produit du berceau au tombeau, et donc participer au processus de récupération.»

Chez Recyc-Québec, on mentionne que 90 écocentres répartis à travers le Québec sont là pour recueillir les vieux appareils contenant des CFC, les RDD et les vieux appareils liés aux TIC (technologies de l'information et des communications). En 2004, on estimait qu'environ 22 % des 33 000 tonnes de RDD rejetées annuellement étaient recyclées. On vise un taux de 60 % pour l'an prochain. Quant aux TIC, les dernières statistiques indiquent que 34 % des appareils sont recyclés ou reconditionnés.

À la Ville de Montréal, six écocentres sont responsables de recueillir les vieux frigos et autres électroménagers légués par des citoyens. Les appareils sont accumulés un temps, puis un récupérateur d'halocarbures vient prélever tous les gaz, après quoi l'ensemble de la collecte est envoyée à un ferrailleur. En clair: la récupération et la neutralisation des produits chimiques se font dans les règles... mais il y a toujours des appareils qu'on échappe, et beaucoup de travailleurs non formés pour bien récupérer les matières dangereuses.
1 commentaire
  • Faucher Richard - Inscrit 13 novembre 2007 21 h 13

    Pas facile les halocarbures... qui veut faire sa part pour l'avenir de demain ?

    J'ai démarré une entreprise de service en récupération des halocarbures, et je peux vous dire qu'il y a beaucoup de difficultés, je m'explique :

    Personne ne veut payer pour ce service et personne ne veut avoir à gérer ce réglement. Les municipalités et les MRC laissent le soin aux petits recycleurs de métaux de faire la récupération à leur place, pas assez payant. Ensuite ceux-ci vont vendre les appareils aux gros recycleurs de métaux. Bizarre plus d'halocarbures dans les appareils, envolés comme par magie dans l'environnement.

    Pourquoi ? Simple, le petit veut faire de l'argent et ce au noir (plus le BS) et le gros lui fait de l'argent sur le dos du petit. Il prend l'appareil sans plus. De toute manière, pourquoi s'en faire si personne n'est là pour faire appliquer la loi.

    Il y a beaucoup d'enseignement à faire auprès des municipalités, les MRC, les recycleurs de métaux et surtout auprès de la population. J'oubliais le gouvernement aussi doit faire ses devoirs.

    Il en a fait une partie, mais il se cache derrière un réglement qu'il n'applique pas et qu'il ne sait peut-être même pas comment le faire appliquer ! Pourquoi faire simple quand c'est compliqué, telle est la devise