Dénuder les montagnes, une tendance dangereuse

Presque la moitié des «régions montagneuses» d'Afrique ont été dénudées par les humains au cours des derniers millénaires, une tendance que l'Amérique latine est en train d'adopter avec des résultats similaires. C'est ce que révèle un rapport publié avant-hier à Londres et à Nairobi par le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) à deux mois de la fin de l'Année internationale de la montagne. Les activités humaines mises en cause sont l'agriculture et l'élevage.

Si les humains ont déshabillé près de la moitié des «régions» montagneuses, 10 % des montagnes à proprement parler ont été totalement transformées en terres de cultures et 34 % en pâturages.

Cet été, à l'occasion d'un voyage en Afrique du Sud, j'ai pu voir ce spectacle hallucinant de puissantes montagnes dénudées de la base au sommet, à l'échelle de régions entières de plusieurs centaines de kilomètres carrés. Ce déboisement a des effets effarants: les sols se sont tellement appauvris qu'ils sont aujourd'hui tout juste propres à l'élevage. Et encore. Pour contrôler la repousse en herbes comestibles, les paysans brûlent ces prairies de montagne chaque année, libérant dans l'atmosphère tout le carbone que les plantes ont réussi à fixer au cours de l'année précédente... Ces sols n'arrivent donc à peu près jamais à se reconstituer et sont de moins en moins capables de supporter une agriculture de base, d'où plusieurs pénuries alimentaires graves. Mais comme il s'agit de pratiques ancestrales, personne ne les remet en question...

Selon le rapport du PNUE, c'est en Amérique du Nord et en Amérique centrale que les montagnes semblent, pour l'instant, avoir été le plus épargnées car seulement 14 % ont été affectées: 9 % pour les bovins, ovins et autres animaux domestiques, 5 % pour les cultures. L'agriculture n'est pas toujours une menace pour les montagnes car, par exemple, la culture en gradins qu'on pratique en certains endroits permet d'enrayer l'érosion, le cancer des montagnes déboisées. Selon le rapport, les milieux montagneux couvrent le quart de la planète. Aux menaces traditionnelles s'ajoutent maintenant la construction de routes et l'envahissement par les villégiateurs, sans oublier le réchauffement du climat, qui perturbera surtout les montagnes du Groenland.

Chasse urbaine

Petite suite à notre dossier de la semaine dernière.

Plusieurs municipalités auraient besoin de se faire expliquer les effets bénéfiques de la chasse en milieu périurbain, où plusieurs espèces prolifèrent parce que ce milieu regorge de nourriture lorsque les gens ne nourrissent pas eux-mêmes les bêtes, comme les chevreuils.

En moyenne, selon les statistiques de la Société de la faune et des parcs (FAPAQ), les garde-faune déplacent ou éliminent chaque année en milieu périurbain pas moins de 71 ours qui posent problème, une opération dispendieuse et souvent trop tardive. Selon la SAAQ, le nombre d'accidents avec des animaux au Québec est passé d'environ 2800 par an au début des années 90 à plus de 6000 entre 1998-2000. Au cours de cette dernière période, 42 accidents se sont avérés mortels, provoquant 45 décès. Et 288 de ces accidents ont occasionné des blessures graves à 356 personnes, sans oublier le fait que 2026 accidents avec des animaux ont causé des blessures légères.

Le nombre total de collisions, qui n'ont heureusement causé que des dommages matériels, a atteint le chiffre effarant de 50 029 accidents. Une grande partie implique des cerfs: en dix ans, ces collisions sont passées de 184 à 2277 par année. Elles se concentrent principalement dans les régions de l'Estrie, du Centre-du-Québec, de Chaudière-Appalaches, de la Montérégie et de l'Outaouais. Ceux qui pensent que croiser un ours est un danger associé à la forêt devront se raviser: le nombre de collisions sur les routes dépasse de loin les mauvaises rencontres en forêt: ces collisions sont passées de 18 à 77 par année au Québec! Et les accidents impliquant des orignaux, la pire des rencontres possibles, ont fluctué de 161 à 310 par année.

D'autre part, les pertes causées aux récoltes et aux terres agricoles par la sauvagine ont exigé des compensations de cinq millions au cours de la dernière décennie. À peu près toutes les techniques d'effarouchement échouent contre les oiseaux, sauf, encore une fois, la chasse, ce qui a conduit les gouvernements à instituer une chasse printanière pour réduire le troupeau d'oies blanches, menacé par son surnombre. À ce propos, avec un taux de reproduction de seulement 6 % au printemps dernier en raison de conditions climatiques particulièrement ingrates — ce qui explique l'insuccès de la récente saison de chasse, dominée par de vieilles oies trop vigilantes —, on peut imaginer que la chasse printanière sera chose du passé dès le printemps prochain.

La nécessité de préserver les récoltes, voire les potagers, incite de plus en plus les ruraux et les agriculteurs à s'entendre avec des chasseurs pour mieux contrôler ces cheptels. Des maraîchers et des propriétaires de vergers incitent désormais des chasseurs à exploiter en permanence leurs terres. Ces gens se rendent compte que rien ne vaut la présence d'un groupe de chasseurs respectueux de la propriété et des règles de sécurité pour contrôler les animaux sur leur territoire... ainsi que les chasseurs au comportement moins éthique. Ces derniers, en effet, réalisent vite qu'ils perdent leur temps à fréquenter un territoire déjà occupé de façon constante. C'est là cependant qu'interviennent de façon incongrue, inopportune et souvent illégale ces règlements municipaux qui interdisent la chasse ou le recours à des armes de chasse, même sur des propriétés où cette activité est souhaitée, voire nécessaire. Nous en reparlerons.