INRS - Des partenariats à l'échelle planétaire

Il serait derrière nous le temps où les chercheurs et les scientifiques travaillaient en vase clos. Désormais, le partage de la connaissance scientifique entre les divers corps de métier, le travail d'équipe, mieux, la convergence du savoir scientifique, s'imposent. Changements climatiques, pollution et santé publique obligent. Entretien avec le directeur général de l'Institut national de la recherche scientifique (INRS), Pierre Lapointe.

«Les défis auxquels nous [à l'INRS] sommes confrontés se situent à l'échelle de la convergence des différents secteurs d'activité de recherche», soutient d'entrée de jeu Pierre Lapointe. Et le champ d'action de l'INRS est vaste.

Université de recherche et de formation de 2e et 3e cycles, l'INRS, une composante du réseau de l'Université du Québec, compte quatre centres de recherche, situés dans les régions de Québec et de Montréal: le Centre eau, terre et environnement (ETS); le Centre énergie, matériaux et télécommunications (EMT), l'INRS-Institut Armand-Frappier voué au secteur biomédical, et le Centre urbanisation, culture et société.

L'INRS compte dans ses rangs 157 professeurs-chercheurs, et ses quelque 570 étudiants ont accès à 21 programmes d'études, 20 chaires de recherche et à plusieurs unités de recherche, soit des laboratoires et autres observatoires qui ne sont pas sans intérêt. Cet institut de haut calibre, dont le centre administratif est situé à Québec, peut compter sur un budget annuel de 108 millions de dollars, dont 52 millions proviennent de fonds de recherche.

Un nouveau lieu

De plus, l'INRS vient d'inaugurer son tout nouveau bâtiment, au coût de 37 millions de dollars, situé dans le quartier Saint-Roch, qui lui permettra de loger, pour la première fois en 35 ans d'histoire, toutes ses équipes de la région de Québec à une même enseigne, soit son administration générale, le centre ETS, l'équipe de Québec du Centre urbanisation, culture et société ainsi que la Commission géologique du Canada et Ressources naturelles Canada.

Revenons à la convergence. «Si on fait une étude prospective dans le monde, on s'aperçoit que le principal champ d'action du secteur de la nanotechnologie se dirige vers le secteur de la santé et celui du biomédical. Ainsi, ce que l'on est en train de faire — et c'est l'un des défis qui se posent à nous — c'est de faire converger le savoir de nos physiciens, chimistes, épidémiologistes, virologues et ainsi de suite, ce qui nous conduit à faire naître un secteur qu'on appelle désormais la nanobiotechnologie», souligne Pierre Lapointe.

Peut-on parler d'une nouvelle approche? «Oui, on peut parler d'une tendance. C'est un défi qui semble simple en apparence, mais chaque secteur intéressé détient son langage propre, sa propre façon d'entamer une recherche. Et le défi, c'est de les mettre à la même table afin d'en arriver à une vision commune de complémentarité, de convergence de leur expertise et de leur capacité.»

Certes, mais les scientifiques n'ont-ils pas la réputation de protéger leurs terres? Un monde qui n'est pas toujours enclin à divulguer ou encore à partager ses connaissances. «On a franchi ce mur-là depuis deux ans. D'ailleurs, en ce moment même, nous avons un groupe du secteur EMT ainsi qu'un groupe de l'Institut Armand-Frappier qui sont en train de préparer une demande conjointe auprès de la Fondation canadienne de l'innovation en ce qui a trait à l'imagerie dynamique. Donc, poursuit M. Lapointe, ces deux secteurs travaillent de pair. C'est de cette façon qu'on réussit à briser les murs autrefois imperméables.»

Environnement

Les changements climatiques et leurs effets néfastes sur la biodiversité, notamment, sont sur toutes les lèvres par les temps qui courent. Qui plus est, même les autorités de la Maison-Blanche osent depuis peu prononcer les mots «climate change»: les ouragans se succèdent à un rythme fou, comme autant de marches vers des dévastations humaines et écosystémiques, des rivières qui sortent de leur lit comme jamais auparavant, l'érosion des berges du Saint-Laurent, la contamination des sols et de l'air due aux émanations de métaux sorties tout droit des fonderies, ce qui n'est pas sans conséquences sur la santé humaine. Et qui nous ramène à la convergence.

«Si on tient compte des différents modèles météorologiques qui s'étendent sur une cinquantaine d'années, on prévoit, dans la région du fleuve Saint-Laurent, des variations assez importantes de température, du niveau d'eau de même que la possibilité que l'eau du lac Saint-Pierre, situé dans la région de Montréal, soit un jour salée [l'eau est déjà saumâtre à la pointe est de l'île d'Orléans]. Par conséquent, poursuit M. Lapointe, cela induit de l'érosion, des changements majeurs au plan des infrastructures urbaines et de tout ce qui touche l'eau potable, notamment.»

Afin de prendre la mesure de la... convergence de ces fléaux, les scientifiques doivent de leur côté travailler de concert. «On parle maintenant de la convergence des géologues, des hydrologues, des hydrogéologues, des démographes, et ainsi de suite.»

International

L'INRS fait également acte de présence à l'échelle internationale. Et les projets ne manquent pas. «Nous avons une entente spécifique avec le Viêtnam, un protocole d'entente avec l'École supérieure des télécommunications en Italie. Nous offrons de la formation au Costa Rica et au Mexique. Je pense, par exemple, à un contrat que nous avons avec la ville de Puebla, au Mexique, qui vise à implanter un système de transport en commun, une ville dont les rues sont très petites», ce qui n'est pas sans difficultés, estime-t-il.

Et au Brésil, «nous sommes en train de négocier avec la province de Goyave un partenariat majeur dans l'élaboration d'un vaccin pour contrer les maladies infectieuses en Amérique du Sud. Et pour ce même type de projet, nous avons rencontré une délégation de l'Angola», dit M. Lapointe.

Et ce n'est pas tout. «Nous sommes à construire un laboratoire laser femtoseconde — en fait, c'est le temps que prend un Boeing 747 pour passer à travers une feuille de papier. Ce projet est rendu possible grâce à la participation financière de la Fondation canadienne pour l'innovation, de l'ordre de 21 millions de dollars», fait-il remarquer.

Localisée au centre ETS à Varennes, cette infrastructure permettra, lit-on dans la documentation, de repousser les frontières de la connaissance en physique et en chimie, en plus d'avoir un impact dans le domaine de la biologie grâce à la conception d'un système laser ultrapuissant qui intègre les plus récents développements de la technologie ultrarapide. Ce projet propose une approche basée sur le tout-optique pour sonder le comportement microscopique de la matière. Les chercheurs utiliseront ces sources laser pour suivre le fonctionnement en temps réel des molécules et de la matière.

Cette avancée scientifique ouvrira la porte, selon la documentation, non seulement à des applications médicales nouvelles en imagerie médicale et en thérapie, notamment pour la détection plus précoce des calcifications cancéreuses et le traitement des tumeurs, mais aussi dans des champs aussi divers que l'électronique, la photonique, le traitement des matériaux, l'environnement et les sciences de la vie.

Cette infrastructure de l'INRS reçoit l'appui d'un consortium international de recherche regroupant 72 chercheurs en provenance de 32 universités canadiennes, des États-Unis, de la France, de l'Autriche, de la Suède, de l'Allemagne, de l'Italie, de la Grèce et du Japon.

Collaborateur du Devoir