Malgré des gains, la convention collective des cégeps pourrait encore être améliorée

Catherine Couturier
Collaboration spéciale
À l'heure actuelle, près de 40% des enseignants dans le réseau des cégeps ont un statut précaire.
Illustration: iStock À l'heure actuelle, près de 40% des enseignants dans le réseau des cégeps ont un statut précaire.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

Après plusieurs mois de négociation, la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec a signé la convention collective des cégeps le 1er mars dernier. Si plusieurs gains ont été obtenus, la FNEEQ poursuit son travail d’ici les prochaines négociations.

Les négociations, entamées avant la pandémie par la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN), qui représente environ 16 000 enseignants de cégep, portaient sur la convention collective 2020-2023. Plusieurs gains ont été réalisés, dont l’inclusion d’une annexe sur la liberté d’enseignement à la convention collective, pour protéger le droit des professeurs de s’exprimer sur leur établissement, le système éducatif ou le gouvernement, par exemple. Mais déjà, les yeux sont rivés vers la prochaine négociation, qui s’entamera dans moins d’un an.

Plus de parité

 

« Parmi nos objectifs de négociations, on voulait améliorer le sort des chargés de cours à la formation continue. On a quand même réussi », estime Yves de Repentigny, vice-président de la FNEEQ et responsable du regroupement cégep. Ceux-ci sont en effet les parents pauvres de la profession, ajoute-t-il.

Les chargés de cours à la formation continue, même si leurs tâches sont les mêmes que les autres professeurs, gagnaient ainsi en moyenne 50 % du salaire des professeurs du régulier, à scolarité et à expérience égales, en plus de devoir faire plusieurs tâches gratuitement. Les dernières négociations ont permis un rattrapage du point de vue salarial, « mais tout n’est pas réglé », nuance M. de Repentigny. Un comité interronde sous l’égide du Conseil du trésor a d’ailleurs été mis en place pour faire avancer le dossier en attendant les prochaines négociations.

Moins de précarité

 

Près de 40 % des enseignants dans le réseau des cégeps ont un statut précaire. Pour améliorer les conditions de travail et l’accès aux postes, la FNEEQ a obtenu que des postes soient ouverts pour les cours complémentaires et multidisciplinaires. « Certains cours, comme ceux de méthodologie, peuvent être donnés par plusieurs disciplines. Dans plusieurs cégeps, ces cours ne donnent pas accès à un poste », explique M. de Repentigny. Ce gain pour tout le réseau rendra possible l’ouverture de nouveaux postes permanents.

Autre gain important, l’inclusion de modalité de désistement à la convention collective. Dans les régions où l’on retrouve plusieurs cégeps, certains chargés de cours se voient obligés d’accepter des charges à plusieurs endroits ; mais s’ils reviennent sur leur engagement (par exemple parce qu’un autre cégep leur offre du temps complet pour une session), ils étaient alors considérés comme démissionnaires. « Là, il y a des possibilités de désistement, et ça devient une modalité réseau », souligne M. de Repentigny.

Plus de ressources

 

Un autre gain important reste l’inclusion de ressources pour soutenir et encadrer les étudiants en situation de handicap, dont le nombre explose depuis une douzaine d’années. « Il y avait des ressources dans les collèges, mais ce n’était pas dans la convention collective. Nous voulions que ces ressources permettent la création de postes permanents d’encadrement d’étudiants, parce que le nombre d’étudiants en situation de handicap ne diminuera pas », raconte M. de Repentigny.

Des ressources ont aussi été accordées pour la coordination de programmes, notamment pour les stages en soins infirmiers et en santé, de plus en plus lourds à coordonner. « Mais encore là, c’est insuffisant, ça va être à suivre dans la prochaine négociation », note le vice-président.

Les conséquences de la pandémie

 

Un autre comité interronde a été mis en place pour se pencher sur l’enseignement à distance, un sujet qui sera au cœur des prochaines négociations. « La pandémie nous a projetés dans l’enseignement à distance, souvent avec les moyens du bord. On n’est pas contre, mais il faut baliser les conditions de travail », fait remarquer le responsable du regroupement cégep de la FNEEQ. L’enseignement à distance offre une réelle solution pour favoriser l’accessibilité à des étudiants qui ne peuvent pas se déplacer (éloignement, handicap, etc.), mais pose de nombreuses difficultés. Par exemple, si le nombre d’étudiants en classe est limité, il faut également penser à le faire pour les cours en ligne, parce qu’il est impossible d’encadrer et de gérer un nombre infini d’étudiants.

L’inflation galopante viendra également teinter les prochaines négociations. Les enseignants au primaire et au secondaire ont réussi à bonifier leurs structures de rémunération, « mais si on ne fait rien par rapport à l’échelle salariale des professeurs de cégep, certains professeurs du primaire et du secondaire seront mieux rémunérés », souligne M. de Repentigny. Il faudrait que tous les professeurs soient au moins payés autant. « Nous aussi, on commence à avoir un problème d’attraction et de rétention de main-d’œuvre », avertit-il.

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