Former le corps enseignant en français au Ghana

Martine Letarte
Collaboration spéciale
Une vingtaine de formatrices et de formateurs sont actuellement au Ghana pour renforcer les compétences linguistiques et pédagogiques du corps enseignant en français.
Photo: OIF Une vingtaine de formatrices et de formateurs sont actuellement au Ghana pour renforcer les compétences linguistiques et pédagogiques du corps enseignant en français.

Ce texte fait partie du cahier spécial Francophonie

Une vingtaine de formatrices et de formateurs issus de 10 pays sont actuellement au Ghana, grâce à un programme de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), pour renforcer les compétences linguistiques et pédagogiques du corps enseignant en français. Pour la population ghanéenne, l’apprentissage de la langue de Molière ouvre plusieurs portes.

Le Ghana est un pays anglophone d’Afrique de l’Ouest littéralement entouré de pays francophones : la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso et le Togo.

« Il y a un intérêt géopolitique et économique pour les Ghanéens à apprendre le français qui est associé à la réussite professionnelle et permet de trouver du travail aussi dans les pays voisins ou à l’international », explique Nivine Khaled, directrice de la langue française et de la diversité des cultures francophones à l’OIF.

Alors que l’anglais est la langue officielle du Ghana, le français est une matière obligatoire jusqu’au collège, mais seulement 3 % de la population le parle. Pour tenter d’améliorer la situation, le ministère de l’Éducation ghanéen a lancé en 2018 un programme bilingue. Mais ce n’est pas suffisant.

« Le problème est que le français est réellement enseigné seulement lorsqu’il y a du personnel pour le faire », précise Mme Khaled.

3 %
C’est le pourcentage de la population ghanéenne qui parle français.

C’est ce qui a motivé le gouvernement ghanéen à demander à l’OIF de bénéficier du projet Mobilité des enseignantes et enseignants de et en français qui vise à déployer des volontaires pour améliorer la formation du corps enseignant dans l’ensemble des territoires de la francophonie qui en font la demande. Après un appel de candidatures à l’international, 11 hommes et 10 femmes de 45 ans et moins, avec de 5 à 7 ans d’expérience dans le domaine de l’enseignement ou de la formation, ont été choisis par l’OIF et le ministère de l’Éducation du Ghana pour répondre aux besoins.

Ils sont envoyés dans les collèges d’éducation qui forment le corps enseignant et directement dans les centres régionaux d’enseignement du français ainsi que dans les classes bilingues. Les volontaires travaillent notamment à stimuler la créativité et la capacité à innover de leurs pairs, par exemple en créant différents ateliers.

Stratégie nationale

 

La demande du gouvernement ghanéen à l’OIF pour bénéficier du projet s’inscrit dans une stratégie nationale pour enseigner davantage le français, et un français de meilleure qualité.

« Nous venons en appui à ce plan national et l’objectif est qu’il y ait une appropriation du projet par les autorités locales qui pourront graduellement être mieux outillées pour renforcer leur système de formation du corps enseignant en français », indique Mme Khaled.

L’OIF souhaite également voir la langue française rayonner encore plus au pays en créant un environnement francophone qui va au-delà des activités en classe. « Nous souhaitons que l’accompagnement que nous offrons aux enseignants leur permette de créer aussi des activités parascolaires et extrascolaires, par exemple en théâtre, illustre Mme Khaled. Nous voulons montrer qu’il y a tout un plaisir à utiliser la langue française et ainsi, contribuer à la faire aimer encore plus par la population. »

Formation interculturelle

 

Si le projet a comme objectif de renforcer les capacités ghanéennes en matière d’enseignement du français, il permet aussi de développer différentes compétences chez les volontaires envoyés sur place. Les 21 personnes choisies arrivées au Ghana proviennent d’Andorre, du Burundi, du Cameroun, de la République démocratique du Congo, de la France, de la Moldavie, du Rwanda, de la Serbie, du Tchad et du Togo.

« C’est toute une expérience interculturelle que nous leur faisons vivre. Et d’ailleurs, nous leur donnons une formation dans le domaine pour les aider à s’adapter et à s’intégrer », explique Mme Khaled.

Cette formation, donnée en français, est suivie par les volontaires et par les enseignants ghanéens avec qui ils sont jumelés pour favoriser le bon dialogue interculturel et le travail d’équipe. « Nous voulons nous assurer que les codes sont compris d’une culture à une autre et que le français peut bien cohabiter avec l’anglais et les autres langues présentes sur le territoire, précise Mme Khaled. Trouver l’équilibre est important. »

Avec leur contrat d’un an, renouvelable une fois, les volontaires ont ensuite différentes possibilités pour faire évoluer leur carrière. « Ils peuvent devenir des experts de la mobilité des enseignants, ou retourner dans leur pays et devenir un levier pour développer de la formation du corps enseignant », mentionne-t-elle.

En plus de cette équipe au Ghana, le Rwanda accueillera en avril une deuxième cohorte d’enseignants et de formateurs grâce à ce projet de l’OIF. L’objectif est d’étendre l’initiative dans plusieurs pays.

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