La réforme de la loi 101, ou quand protéger le français au collégial est essentiel

Catherine Couturier
Collaboration spéciale
En novembre 2020, des manifestants s'étaient réunis devant l’hôtel de ville de Montréal pour protester contre le financement accordé aux cégeps publics anglophones.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne En novembre 2020, des manifestants s'étaient réunis devant l’hôtel de ville de Montréal pour protester contre le financement accordé aux cégeps publics anglophones.

Ce texte fait partie du cahier spécial Francophonie

Avec son projet de loi 96, la CAQ propose une réforme de la Charte de la langue française (la fameuse « loi 101 »). Mais des professeurs croient que ça ne va pas assez loin.

C'est en janvier 2021 que quelques professeurs de cégep fondent le regroupement Pour le cégep français. « Avec des collègues témoins des dynamiques linguistiques inquiétantes dans le réseau collégial, nous avons décidé de former ce regroupement de professeurs », raconte Yannick Lacroix, professeur de philosophie au Collège de Maisonneuve.

Depuis les années 2010, plusieurs données indiquent en effet une hausse importante de fréquentation des cégeps anglophones, constate Sébastien Mussi, lui aussi professeur de philosophie à Maisonneuve, et membre du regroupement.

Freiner l’hémorragie

Depuis quelques mois, les membres du regroupement s’activent pour faire en sorte que le plus grand nombre possible de syndicats se prononcent pour étendre la loi 101 aux cégeps. Les membres auraient en effet espéré que le gouvernement profite de la réforme de la Charte de la langue française pour y inclure les cégeps, au même titre que les écoles primaires et secondaires. Cette extension permettrait de continuer de protéger les droits de la communauté anglophone, tout en réduisant l’accès aux francophones et aux allophones aux cégeps anglophones.

« Le projet de loi 96 témoigne d’une prise de conscience, mais ça ne renversera pas la tendance », soutient M. Mussi, qui note que la grande majorité des étudiants qui fréquentent un cégep en anglais poursuivent leurs études universitaires en anglais, et même leur carrière.

« Le français redevient la langue de l’intimité, mais ne sert pas dans les lieux de pouvoir et d’argent », avance-t-il.

« Pour nous, le projet de loi 96 ne suffit pas. Ça ne résout pas le problème à la racine, soit la surfréquentation des cégeps anglophones, particulièrement dans la région de Montréal », constate M. Lacroix.

Au moment où ses lignes étaient écrites, 17 syndicats locaux se sont prononcés en faveur de l’élargissement des clauses scolaires de la Charte de la langue française au niveau collégial, de Montréal à Rimouski, en passant par La Pocatière et Saint-Jérôme. Une dizaine d’autres voteront bientôt. Si les professeurs de la cinquantaine de cégeps québécois s’expriment clairement en faveur d’une réforme plus large, les syndicats devront porter la volonté de leurs membres au gouvernement. « Pour certaines personnes, la loi 101fait peur. Mais il faut comprendre que son application serait progressive, et qu’on ferait tout pour protéger les emplois », précise M. Mussi.

Renforcer le français

 

Même si l’on restreint l’accès aux cégeps anglophones, encore faut-il que les cégeps francophones le restent. « C’est notre deuxième cheval de bataille », explique M. Lacroix. La langue d’enseignement dans les cégeps n’est en effet encadrée par aucune loi. Les établissements ont donc le loisir d’offrir des cours dans la langue qu’ils le désirent pour attirer une « clientèle » friande de cours en anglais. « On doit inscrire dans la loi le caractère francophone des cégeps français », soutient M. Lacroix.

Parce que protéger le français au collégial est essentiel : « Le cégep est un des derniers sanctuaires de la culture en français. C’est là qu’on développe notre relation au monde des idées, qu’on écrit nos premières dissertations. C’est central dans la vitalité du français », conclut-il.

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