Le sous-financement des universités est pire qu’en 2012, soutiennent les recteurs

Les universités québécoises demandent une hausse de financement d’un milliard de dollars par année d’ici cinq ans. 
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Les universités québécoises demandent une hausse de financement d’un milliard de dollars par année d’ici cinq ans. 

Le problème du sous-financement des universités québécoises s’est accru depuis le Printemps érable, au point de nuire à l’accessibilité des études, s’inquiète le président du Bureau de coopération interuniversitaire, Pierre Cossette.

Les recteurs exhortent le gouvernement québécois à réinvestir, d’ici cinq ans, pas moins d’un milliard de dollars par année dans les établissements universitaires, et ce, sans tirer vers le haut la facture étudiante. « Il n’y a pas d’appétit du tout parmi les recteurs de retourner dans la formule des frais de scolarité », souligne Pierre Cossette dans un entretien avec Le Devoir. « C’est un débat qui est clos pour un bon bout de temps », ajoute-t-il.

Le recteur de l’Université de Sherbrooke — et ex-doyen de sa Faculté de médecine et des sciences de la santé (2010-2017) — se rappelle bien le « clivage » entre les sympathisants et les opposants au sujet de la grève générale illimitée contre la hausse des droits de scolarité que préparait le gouvernement Charest en 2012.

Cela dit, la question de l’accessibilité des études supérieures — autour de laquelle des centaines de milliers de Québécois se sont mobilisés il y a 10 ans — se pose toujours, mais différemment, soutient Pierre Cossette. « Les étudiantes et les étudiants qui fréquentent l’université aujourd’hui, c’est un groupe beaucoup plus hétérogène qu’il y a 20 ans et un peu plus hétérogène qu’il y a 10 ans. Il y a beaucoup de personnes qui ont des besoins particuliers [ou qui ont entrepris une démarche] de qualification ou de requalification », et qui nécessitent un « accompagnement plus personnalisé », fait-il remarquer en prévision de la présentation du Budget du Québec 2022-2023.

Financement croissant demandé

 

En clair, les universités demandent une hausse de leur « enveloppe globale » d’un milliard par année d’ici cinq ans, dont 365 millions supplémentaires dès l’année financière 2022-2023.

Elles font écho aux revendications actuelles des associations étudiantes, estime Pierre Cossette. Dix ans après le Printemps érable, les étudiants pressent les directions d’université d’améliorer « la vie étudiante », notamment en soutenant davantage des initiatives en matière de santé mentale, en plus de réduire « la taille des groupes » et de favoriser « des formes de pédagogie plus actives ».

Un « financement croissant, prévisible et pérenne » des établissements universitaires permettra notamment d’« augmenter leur corps professoral et leur personnel spécialisé afin [de renforcer] l’accompagnement effectué auprès des étudiantes et des étudiants et de favoriser leur réussite et leur bonne santé mentale », de « poursuivre le développement et l’adaptation de leur enseignement, notamment au nouvel environnement numérique », ainsi que de « développer les programmes requis pour faire face aux enjeux sociétaux en évolution et offrir aux étudiantes et étudiants davantage de stages et d’expérimentations en milieu de pratique », selon le recteur de l’Université de Sherbrooke.

Le « problème » du sous-financement historique des universités québécoises par rapport à celles du reste du Canada, montré du doigt durant l’hiver, le printemps, l’été et l’automne 2012 par la présidente de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ), Luce Samoisette, a « vraiment empiré » au fil de la dernière décennie, répète Pierre Cossette. « Le Printemps érable a été suivi d’une longue vague de coupes budgétaires » dans les établissements d’enseignement supérieur, rappelle-t-il.

La ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann, a pris bonne note de la demande budgétaire des universités. « On va bien analyser cela », a-t-elle promis dans un échange avec Le Devoir. « On va évidemment tenter le plus possible de les soutenir. »

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