L’amabilité dès le plus jeune âge favoriserait l’entrée au cégep

Jean-François Venne
Collaboration spéciale
Selon l’équipe de chercheurs, la capacité d’un élève à bien s’entendre avec ses camarades et avec les enseignants favoriserait la poursuite de ses études et sa diplomation.
Martin Bureau Agence France-Presse Selon l’équipe de chercheurs, la capacité d’un élève à bien s’entendre avec ses camarades et avec les enseignants favoriserait la poursuite de ses études et sa diplomation.

Ce texte fait partie du cahier spécial Enseignement supérieur

Les habiletés sociales et comportementales jouent un rôle clé dans la réussite scolaire des jeunes issus de milieux défavorisés, révèle une étude menée au Québec, dont les résultats ont été publiés récemment.

Les premiers cégeps ont vu le jour au Québec en 1967. Un peu moins de dix ans plus tard, une équipe de chercheurs de l’Université Concordia a amorcé une étude dans les écoles primaires afin d’analyser les effets des caractéristiques sociocomportementales et des compétences scolaires des enfants dans leur parcours éducatif.

En 1976 et 1978, les chercheurs ont utilisé un échantillon de 4109 élèves âgés de 7 à 13 ans — garçons et filles en parts égales — qui provenaient tous d’établissements francophones publics de Montréal. Ces écoliers ont répondu à plusieurs questions au sujet de leurs camarades, ce qui a permis aux chercheurs d’évaluer trois types de comportements : l’agressivité, le retrait social et les niveaux d’amabilité. Les chercheurs ont aussi mesuré les compétences scolaires d’un certain nombre d’entre eux à l’aide de tests standardisés.

L’importance de l’amabilité

Une équipe de chercheurs de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), de l’Université Concordia et de l’Université d’Ottawa a récemment repris les résultats de ces travaux et y a ajouté des données au sujet du plus haut niveau de scolarité atteint par les participants trois décennies après le début de l’étude.

Les conclusions s’avèrent fascinantes et, à bien des égards, surprenantes. Bien sûr, les compétences purement scolaires constituent un prédicteur important de la réussite éducative future des enfants. « Cependant, l’étude a également démontré que l’amabilité, c’est-à-dire le fait d’être apprécié des autres élèves, était elle aussi un prédicteur constant », note Marie-Hélène Véronneau, chercheuse au Département de psychologie de l’UQAM et coautrice d’un article paru dans le Journal of Youth and Adolescence.

Ainsi, la capacité de bien s’entendre avec ses camarades et avec les enseignants favoriserait la poursuite des études et la diplomation. À l’inverse, les comportements agressifs ou perçus comme tels par les autres élèves représenteraient un facteur de risque majeur. « Cela jouait surtout chez ceux qui n’ont pas terminé le niveau secondaire, souligne la chercheuse. Ce n’est pas vraiment un facteur parmi ceux qui ont terminé leur secondaire, même s’ils n’ont pas continué au cégep par la suite. »

Des différences entre les genres

 

Cette dynamique est différente chez les filles. En effet, celles qui ont fréquenté l’université démontraient plus d’agressivité que celles qui ont arrêté leurs études après le cégep. Cela soulève plusieurs interrogations, puisque ce sont les autres élèves qui qualifiaient ces jeunes filles d’agressives en réponse aux questions des chercheurs. L’agressivité était-elle perçue de manière inégale chez les garçons et les filles ? Se comportaient-elles vraiment agressivement ou prenaient-elles simplement leur place ? Les filles bénéficiaient-elles d’une certaine dose d’agressivité à cette époque pour s’affirmer et tracer leur chemin jusqu’à l’université ?

L’étude montre aussi une différence quant aux effets du niveau de pauvreté ou de défavorisation de la famille en fonction du genre de l’élève. Les garçons issus des milieux plus défavorisés qui ont fréquenté un cégep avaient plus de chances de le terminer. À l’inverse, les étudiantes collégiales provenant de milieux similaires avaient moins de chances d’obtenir leur diplôme. Encore là, on peut se demander si les difficultés économiques de la famille faisaient peser le même type de fardeau ou de stress sur les garçons et sur les filles.

« Nous n’avons pas mesuré les normes de genre, mais de tels résultats laissent penser que le genre peut aussi constituer un facteur déterminant de la réussite dans certaines situations », estime Marie-Hélène Véronneau.

Des compétences à développer

Par ailleurs, dans certains milieux difficiles, les élèves qui socialisaient moins avaient plus de chances de réussir leur parcours scolaire. Un certain degré de retrait social les aurait protégés de différents risques, comme celui de développer de mauvaises fréquentations.

 

Bien sûr, des élèves peuvent combiner plusieurs facteurs de risque. Les jeunes qui viennent de milieux défavorisés et cumulent des résultats scolaires plus faibles, des comportements agressifs et une difficulté à s’entendre avec leurs camarades courent nettement plus de risques d’interrompre rapidement leurs études.

« De tels résultats montrent l’importance qu’on devrait accorder au développement de comportements sociaux adéquats tout au long du parcours des élèves, jusqu’au niveau postsecondaire », croit la chercheuse.

Son équipe a commencé un nouveau projet à partir des mêmes données, pour explorer les parcours atypiques de certains étudiants, par exemple ceux qui ont eu des enfants très tôt, mais sont retournés terminer des études par la suite. Ce projet de recherche amorcé il y a plus de quarante ans continuera donc à donner des fruits.

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