Un retour en classe attendu dans les cégeps et les universités

Catherine Couturier
Collaboration spéciale
Les cégeps et universités ont jusqu’au 31 janvier pour reprendre les cours en présentiel.
Photo: iStock Les cégeps et universités ont jusqu’au 31 janvier pour reprendre les cours en présentiel.

Ce texte fait partie du cahier spécial Enseignement supérieur

Après plusieurs semaines d’incertitude, le gouvernement maintient le cap : la session d’hiver 2022 se déroulera en classe dans les établissements d’études postsecondaires. Le milieu pousse un soupir de soulagement.

On baignait dans la confusion, mais le plan de match du gouvernement est maintenant plus clair », confiait Caroline Quesnel, présidente de la FNEEQ-CSN, à la sortie d’une rencontre avec le ministère de l’Éducation le 12 janvier dernier. C’est en effet confirmé : depuis le 17 janvier, les cours en présence au cégep et à l’université sont de retour.

Les établissements ont par ailleurs une certaine flexibilité et ont jusqu’au 31 janvier pour reprendre les cours en présentiel. Les laboratoires de recherche sont fonctionnels depuis le début de la pandémie (outre quelques semaines au printemps 2020), mais de nombreuses adaptations ont été apportées : horaires pour permettre une distanciation, masques N95. « Les expériences en laboratoire doivent se poursuivre, sinon les projets de maîtrise et de doctorat pourraient être en péril », explique Hélène Belleau, directrice du Centre UCS de l’INRS.

Vivre avec le risque

 

S’il est vrai que l’enseignement à distance aurait été la solution la plus stable et la plus prévisible, ce n’était pas le souhait du milieu de l’enseignement, malgré le fait que certains auraient préféré rester à distance. « Pour nous, l’idéal, c’est en présence, ou sinon complètement à distance, mais pas être dans l’entre-deux », explique Mme Belleau. La majorité de son personnel souhaite d’ailleurs un retour aux cours en classe, avec masques : « C’est plus facile, plus humain. Le risque en vaut la peine », croit-elle.

On est déchirés, mais la présence est ce qu’il y a de plus souhaitable pour la réussite des étudiants et la santé psychologique

 

« Il n’y a pas de risque zéro », constate également Mme Quesnel. Plusieurs facteurs favorisent le retour en classe, notamment le très haut taux de vaccination du milieu (93 %) et l’accessibilité à la troisième dose pour tous, même s’il reste « encore beaucoup de questions sur la sécurité des lieux », selon la présidente syndicale. « On est déchirés, mais la présence est ce qu’il y a de plus souhaitable pour la réussite des étudiants et la santé psychologique », mentionne-t-elle.

Lourdeur du virtuel

 

« Les conséquences du basculement en mode non présentiel, parce que c’est différent de la formation à distance, pensée et conçue comme telle, ne sont pas anodines », remarque Mme Quesnel. Détresse psychologique élevée chez les enseignants, temps et travail supplémentaires pour adapter les cours, effacement des frontières entre la vie privée et le travail, sans compter l’isolement et la démotivation pour les étudiants.

Delon Konan, doctorant au Centre ETE de l’INRS et président de la Fédération des étudiants de l’INRS, a fait le choix de ne pas suivre de cours cette session-ci, trop démotivé par l’enseignement en ligne. « Dans les premières semaines, c’est intéressant, on peut se lever et commencer tout de suite à travailler. Mais avec le temps, la concentration devient difficile. C’est fatigant, et on manque de motivation », relate-t-il. L’isolement des étudiants aux cycles supérieurs est accentué. « Il y a un côté social au fait de venir à l’université, au-delà des cours », rappelle Hélène Belleau.

Même si les professeurs ont tout donné pour rendre leurs cours intéressants et aider leurs étudiants à garder le moral, le retour en classe à l’automne dernier a permis d’insuffler de l’énergie aux étudiants et aux professeurs, et de renouer les liens pédagogiques, avance Caroline Quesnel. « Une des choses difficiles pour les enseignants, c’est de parler à des écrans noirs », ajoute-t-elle. Delon Konan appuie cette idée : « La rétroaction en présence est vraiment importante. »

Gérer l’incertitude

Malgré un retour en classe dans les prochaines semaines, tout le monde retient son souffle : impossible en effet de prévoir ce que l’avenir nous réserve, et si la cinquième vague ralentira bel et bien. « L’automne s’est bien passé, il y a peu d’éclosions en enseignement supérieur, mais nous faisons face à un phénomène d’une ampleur inédite en ce moment », rappelle Mme Quesnel. Comment gérer les absences, tant du côté des étudiants que des enseignants ? La présidente syndicale souhaite que des canaux de communication efficaces avec le gouvernement soient mis en place pour mieux prévoir les choses, en concertation avec le terrain. « On doit fournir des conditions les plus sécuritaires possible, avec des outils de dépistage, des cliniques de vaccination, et faire preuve de souplesse », souligne Mme Quesnel.

Les confirmations de dernière minute et les changements multiples sont éreintants pour tous, et le pire des scénarios serait celui du yoyo. « C’est anxiogène pour tout le monde. Mais il ne faut pas sacrifier une génération d’étudiants », conclut Mme Quesnel. « L’idéal, c’est de suivre les cours en présentiel, mais si la situation sanitaire exige les cours à distance, on s’y conformera, sachant que l’on contribue ainsi à lutter contre la pandémie », résume M. Konan.

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