CPE : Québec s’impatiente devant une grève « terrible pour les parents »

Des travailleurs en CPE manifestent mercredi. 
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Des travailleurs en CPE manifestent mercredi. 

La grève illimitée lancée mercredi dans des centaines de centres de la petite enfance (CPE) dérange la présidente du Conseil du trésor, Sonia LeBel, qui dénonce une méthode « déplorable » à ce stade des négociations.

L’élue de la Coalition avenir Québec s’est présentée visiblement exaspérée devant les journalistes mercredi, quelques heures après le début du débrayage dans 400 établissements du Québec. « Ce que je trouve déplorable, c’est qu’on en soit rendus à une grève générale illimitée qui, naturellement, déséquilibre l’organisation familiale de tous les parents », a-t-elle tonné dans les couloirs de l’Assemblée nationale.

La ministre s’est étonnée mercredi de la position des syndicats à la table des négociations. En procédant par « GGI », ils utilisent « le moyen le plus fort à [leur] disposition », a-t-elle observé. « On n’en est pas là, a-t-elle fait valoir. On a fait des avancées majeures dans ce dossier-là. Le gouvernement a fait trois pas massifs dans les négociations. »

En mêlée de presse à Québec en matinée, le premier ministre, François Legault, a dit trouver cette grève illimitée « terrible pour les parents, aussi pour les enfants ». Mais malgré le recours à la grève, Québec maintient qu’il ne misera pas sur son propre « moyen le plus fort », la loi spéciale, pour ramener les éducatrices dans les CPE. « À ce moment-ci, on n’envisage pas de loi spéciale, a réitéré le premier ministre en matinée. Je veux une entente négociée. » Il n’a pas voulu confirmer s’il l’excluait définitivement.

La grève illimitée, à l’heure actuelle, ne concerne que les CPE dont les travailleuses sont membres de syndicats de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS), affiliée à la CSN.

La Fédération des intervenantes en petite enfance (FIPEQ), affiliée à la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), a écarté l’idée de déclencher une grève illimitée cette semaine, bien que ses membres aient voté en faveur d’un tel mandat.

Le Syndicat québécois des employés de service, affilié à la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), a fait savoir mercredi que ses membres avaient largement appuyé un mandat de grève illimité. Lui non plus n’a pas encore arrêté de date pour son déclenchement. Il préfère donner la chance à la négociation. Il était d’ailleurs assis à la table mercredi.

Et les employées de soutien ?

La ministre LeBel a insisté sur le fait qu’elle offrait jusqu’à 30 $ l’heure, au maximum de l’échelle salariale, aux éducatrices dans les CPE. Cela équivaut à 23 % d’augmentation, a-t-elle souligné.

Mais l’enjeu, maintenant, porte surtout sur le salaire des « autres » travailleuses dans les CPE, à la cuisine, à l’administration et à l’entretien. Là-dessus, la ministre s’est montrée catégorique : « Je ne peux pas faire le même effort pour les autres employés que j’ai fait pour les éducatrices. »

Mercredi, à Québec, les groupes d’opposition ont exhorté le gouvernement à mettre de l’eau dans son vin. Selon la cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade, un « rattrapage » s’impose pour les employés de soutien.

« Le gouvernement est boqué, il n’en discute pas. Puis il y a une solidarité, que voulez-vous, entre les éducatrices et les intervenantes », a ajouté son collègue libéral Marc Tanguay, porte-parole en matière de famille.

Mercredi, en matinée, des élus de Québec solidaire ont retardé leur arrivée au Parlement pour se joindre aux lignes de piquetage devant des CPE de Québec. « Il faut que le même travail ait la même valeur ou à peu près la même valeur, qu’on le fasse dans un CPE ou dans une école », a soutenu le co-porte-parole du parti, Gabriel Nadeau-Dubois, qui participait quant à lui à un point de presse à l’Assemblée nationale.

La ministre LeBel a admis que les « autres » travailleuses en CPE ne gagnaient pas le même salaire que leurs pairs dans le secteur public, mais a affirmé que cela se justifiait par des tâches et un environnement qui sont différents. La FIPEQ souligne que leurs pairs sont mieux payés dans le secteur public dans une proportion de 20 % à 35 %, selon le titre d’emploi.

D’après l’élue péquiste Véronique Hivon, Québec n’a pas le choix de se plier, au moins partiellement, aux mesures proposées par les syndicats en petite enfance. « Les parents sont derrière les travailleuses », a-t-elle dit.

Sonia LeBel se dit toujours « prête à travailler jour et nuit » pour en arriver à une entente. « Mais je le dis : une discussion, ça se fait à deux », a-t-elle insisté mercredi.

Interrogée sur ses intentions d’imposer une date limite aux représentants syndicaux, l’élue n’a pas voulu répondre. « Chaque jour qui passe pour les parents est un jour pénible », s’est-elle contentée de dire.

Avec La Presse canadienne

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